Dans la torpeur du voyage, les paysages défilaient, en lambeaux colorés de terres verdoyantes. La plaine infinie de poussières mélancoliques endormait dans le compartiment les personnes postées fixement sur les banquettes vieillottes du wagon lit bleu nuit.
Le train tirait à sa fin un cortège métallique, grinçant et avançant vers le bout du monde.
Et l’attente pesait de jour en jour ; La nuit à l’aide d’une lampe poche, j’écrivais d’un stylo plaqué or mes impressions depuis le début de cette péripétie, et sur l’entourage mystérieux, taiseux, sombre et grotesque jusqu’à la politesse.
Cela dure et à chaque éveil, le bercement rocailleux des traverses dépassées rappelle l’embarquement de cette aventure depuis une gare charpentée, monumentale d’une ville civilisée pour partir ainsi, vers l’inconnu dans la dimension tremblante de perdition.
J’ai en face de moi, une blonde chapeautée de noir qui tient un chapelet de gros grain qu’elle utilise continuellement entre ses doigts carmins tandis que ses yeux de porcelaine croisent les miens parfois sans égards particuliers : Elle a un grand sac à main, jaune qui ressort sur son manteau noir et il est rempli, je le sais mais ne sais de quoi.
A ma droite, un ouvrier fort et rouge qui tient l’alcool comme d’autres tiennent à leurs vies, de toute sa jeunesse agacée. Il ne dit rien mais gargouille quelque fois avec des airs d’écoeurements et devient presque bleu vainement, alors il verdit et finit par vomir convenablement tout ce qu’il peut rendre en liquide orangé et fumant.
Et son vis-à-vis reste stoïque, il est gris vêtu, avec un chapeau melon et un parapluie élégant et sobre à la fois.
Il passe son temps à annoter d’un court crayon un livre usagers d’un poète disparu au talent certain autant que fut éphémère son existence.
Et d’autres gens hantent les couloirs où des contrôleurs chamarrés passent trois par trois avec des casquettes à visière et des airs d’avoir tout vu. Blasés et indolents, on dirait qu’ils marchent pour ne pas mourir d’un excès d’immobilisme. Une rage d’incertitude les conduit à se déplacer sans rien demander d’un point à l’autre de l’ensemble de toutes les cabines : Ils ressemblent à des fantômes peinés de ne rien effrayer ; Certains passagers pris de considérations pour ces êtres dérangés leur demandent du feu ; Ils rendent ce service de bonne grâce tout en transpirant beaucoup car il est interdit de fumer dans cette dimension-ci ; Et leur briquets d’or s’allument dans leurs regards épuisés sans plus de conséquences.
Et les embarqués satisfaits, fumée au bec rentrent respectueusement dans le local indiqué sur leurs billets religieusement compostés il y a onze jours et dix nuits déjà.
Dans la partie restaurant du convoi, des verres vides multiples et abandonnés prennent le soleil par les vitres qui filtrent la chaleur qui se plaque sur tout.
La soif étanchée se ranime de plus belle comme un désir vite oublié revient à la conscience
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