Malik est mort au Sénégal il y a quelques jours... Mais qui était Malik me diriez vous ? Ben c'était un être humain avant tout, un jeune père de deux fillettes en sus, un professeur en sociologie à l'Université de Dakar et, enfin, un pote un vrai. En somme c'était un mec vraiment bien, vraiment vrai, un de ceux dont Mano aurait été fier, un de ceux qu'on ne voit pas partir de l'autre côté de la frontière sans ressentir une perte lourde, immense et un sentiment d'injustice qui laissera des traces dans l'âme de tous ses amis.
Parce que si Malik était né dans notre "si belle civilisation", aujourd'hui, il jouerait encore avec ses fillettes et continuerait d'insuffler la vie et la confiance en soi à tous ceux qu'il aimait.
Malik avait un cancer, un de ceux dont on guérit chez nous mais dont on meurt ailleurs. A Dakar par exemple... Tombé malade il y a trois ans, il avait obtenu un visa et s'était fait soigner à Saint-Antoine, Paris XII. Courageusement, il avait enduré toutes les épreuves impliquées par le traitement occidental et, fier de ce combat, il était reparti chez lui. Sa première tumeur avait cédé à nos techniques "civilisées" et tous nous avions fêté ça sans savoir que plusieurs mois plus tard, une rechute surviendrait. Sans savoir non plus que cette fois-ci toutes nos démarches pour l'aider à venir se faire soigner chez nous échoueraient, que l'administration dirait arbitrairement Non là où elle avait dit Oui et que finalement il mourrait, loin de nous et nous éloignant encore un peu plus de chez nous.
Malik est mort mes amis. Et pour tous les Maliks du monde ayons une pensée de révolte. Ce monde tourne à l'envers au grès des caprices de nos peuples réfractaires à toute idée humaniste.
Et qu'on ne me dise pas que la France ne peut pas financer tous les traitements du monde ! A chaque Malik qui disparait, ce sont peut être deux fillettes qui prendront les armes un jour. Et vous voulez savoir : si elles les prennent moi personnellement je n'aurais rien à opposer à leur colère, rien que mes remords d'occidentale prise en otage d'un monde de plus en plus injuste, de plus en plus barbare.
Ca m'rappelle un délire de Mano, caché à la fin de son double album live enregistré au Tourtour. Quand il parle du speaker spiqué, Mouna (le sage des temps modernes...) Dans la voix de Mano il y avait cette émotion qui m'étreint aujourd'hui, la même que celle qui m'a sautée à la gueule ce 10 janvier 2010.
Il y a des pertes, comme ça, qui ne s'efface pas et qui vous donne envie d'un combat sanglant, un combat sans fin...
Un combat peut-être fait de l'amour universel d'Aguigui, mais un combat quand même !
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