
Comme toute gloire digne d’un carnivore je dévore les phacochères,
Se cachant dans Paname sous les gouttières et portes cochères,
Avec leurs yeux en gougères illuminant les belles balconnières
Comme les phares après minuit dans les déserts nombreux ports.
J’avance avec une fiole de souvenirs d’idoles noyées dans l’éther
A l’allure d’une démarche empruntée à la plus indigne des coliques
En espérant que sera là une vespasienne me servant d’Amérique.
Je roule, si grossier, des mécaniques et dans le désordre ma démarche
Se déambule avec un pied devant l’autre pour en premier le dernier
Admettre que jamais le premier est présent pour fermer la marche.
Je suis un homme et je le sais mais quand on est un homme
On savoure le jus de la vie jusqu’au trognon comme une pomme.
En sautant depuis les velux tâchés de pluies, de sperme, de sang,
Je déchiquette ces grands crucifix accrochés sur les repentants
Grinçant des dents quand ils découvrent que leur vie est ensevelit
Sous des décombres entre milles feuilles de vers servant de lit.
Les grands poètes et même morts s’en serviront pour bercer la nuit
Alors que les autres iront danser au bal avec une foule d’anéantis.
Je tape sur le coin de la gueule d’un tonneau le cul prêt de la rivière
Posé pour se rendre admirable d’habiter entre des sauvages fougères
Servant de balais pour dégager la poussière et redonner des couleurs
Aux murs crasseux suintant dans leur époque d’un crépit filandreux.
Je suis une histoire et je le sais mais quand on est une histoire
On savoure le jus de l’art jusqu’au trognon comme une poire.
Avec une horloge dans la tête je pèse sur ma balance de Roberval
Les appliques tenant en place mes optiques datant de Neandertal,
Mes engrenages sont rouillés alors je cherche de quoi les mouiller
Comme le sont les grottes ouvertes en partouse ou les fins de soirée.
Tellement découvert je me plais et me complet à être seul déguisé
En as de pique en tenant à la main un trèfle fané pour au carreau
D’un cœur en carton poinçonner la tendresse que c’est en caveau
Que je trouverais le corps d’un radiateur pour me tenir au chaud.
Les astres m’observent avec les loups bavant dansant sur les galets
En attendant que dans un repli et coincé je me mette à transpirer.
Je suis une femme et je le sais mais quand on est une femme
On savoure le jus de la vie jusqu’au trognon comme une âme.
Triste rockeur à mes heures dans leurs sabots j’ai mes guitares
En secret se mettant à éjaculer des flots de pluie et, d’humidité,
Se font de pire en pire terre d’asile pour installer ces fourmis
Me rendant dingue le ticket gagnant et sa peau qui déjà rougit.
Planète folklore dans l’ardu silence des absents m’entend-tu venir,
Me vois-tu me cloitrer dans une cage à lion pour me laisser à tord
M’évaporer avec cette mèche me servant d’épée pour me consumer.
Les gens le sentent car du bout du museau je ne fais que les polluer
Alors pourquoi toute proche la rue de l’avenir me laisse avec un fer
Aimanté pour me retenir prisonnier dans mon infernal souvenir.
Je suis un enfant et je le sais mais quand on est un enfant
On savoure le vent de la vie jusqu’au gland comme on lui ment.
Ludovic Auboeuf, le 04/06/2011.
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