
Par la fenêtre ouverte sous la pleine lune je regarde la terre tourner
Avec mes oiseaux faisant du sur place pour dessiner à ailes levées un ciel étoilé.
Désemparé et chargé d’une forte complexité j’allume l’ultime cigarette
Comme si ma vie ne tenait désormais plus qu’à une souffrante allumette.
Je transpire comme un gosse faisant de son désert sa propre nuit de noce
Avec, aux frontières, des fils barbelés et les litres de sang qui s’amassent
Pour nourrir les plus féroces déjà rassasier de ronger de mon existence l’os.
J’attends la clef de contact capable de souffler ma dernière bougie
Comme si pour ma survie mon prochain printemps était mon dernier sursit.
De mes tourments seuls seront survivants les colporteurs de l’incident.
Avec le bocal emmagasiné d’électricité et de défaites durant la journée
Tel un poisson rouge je voyage en rond en espérant tomber dans l’escalier.
Le transistor de la seconde guerre pousse une langoureuse chansonnette
Et, du haut de son petit haut parleur, dans la démesure craque la mesure
Comme si, aux alentours de la périphérie, les usines à cercueils du samedi soir
Étaient un tapis sourd de solitaires sur un triste fond sonore de bal musette
Dont chaque cul sec serait un clou pour fixer le couvercle de la date butoir.
J’attends un aviateur, respectueux du rendez-vous avec ma dernière heure,
Se faisant aspirateur pour m’avaler jusqu’au dernier grain de poussière.
De mes tourments seuls seront survivants les colporteurs de l’incident.
Les satellites me surplombant surveillent ma bulle féérique en acrylique
Aux finitions en plastique imprimé coton couleur chat angora boulimique.
D’après le tableau du circuit lunaire j’ai pensé que ma terre était blonde
Mais dans le miroir j’observe le reflet de ce qu’elle a fait de plus sombre.
Ce rejet je l’aurais jusqu’à mon arrivée devant le pied de ma propre tombe,
D’une épitaphe sans nom, alors donne-moi la main avant que je ne tombe
Dans l’hécatombe de mon profond sommeil déjà malgré-moi en décombres.
Si je prends un air menaçant c’est pour laisser passer les plus hésitants
Car le spectacle avec en bonus l’option pendaison est offert aux insistants.
De mes tourments seuls seront survivants les colporteurs de l’incident.
Médicinale herbacée absorbe mes pleurs pour que me transmute ton bonheur
En fougère arrosée par l’arrosoir, pour moi, de la quintessence de ton amour
Comme si l’essence de ma somnolence était la transparence de ta présence.
Pour enfin t’ouvrir mon cœur j’échangerais ma vérole contre une chignole
Histoire d’à la bonne heure me rappeler du bon vieux temps quand on rigole.
Je t’ai marqué d’un coup de craie cet endroit complexe pour me retrouver
Alors si tu veux encore me sauver prends un parachute pour éviter de chuter.
Si je prends pour un défouloir les accoudoirs de cet avion long courrier
C’est surement qu’une fois à destination je regretterais de t’avoir laissé.
De mes tourments seuls seront survivants les colporteurs de l’incident.
Ludovic Auboeuf, le 14/07/2011.
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