Sur la table napée se trouvent quatre assiettes,
huit verres, quatre serviettes et autant de couverts.
Arrivent quatre hommes, certainement pas des mauviettes :
ils ne porteraient jamais leur cravate de travers.
Leurs costumes alourdis par l'odeur du bitume
ont la taille de ceux qui travaillent très dur.
Ils représentent à eux-seuls une enclume
où ma tête vient cogner, contre le futur.
Ils ont tout l'attirail des soldats sans batailles,
l'un d'entre-eux portent des cartouches dans les yeux.
Ils sont là pour goûter à toutes les victuailles
promises en échange de leur travail précieux.
Écoutons-les qui parlent de leurs grandes affaires
pendant que les serveurs autour d'eux s'affairent,
l'un d'eux criant victoire pour l'achat au rabais
qu'il aura fait sur le dos d'un vendeur trop niais
tandis qu'un autre, vert, et piqué au défi
lève son poing en l'air, arguant que ce midi
la bourse et ses arcanes se sont grandes ouvertes
pour lui lécher les bottes, et mener à leur perte
un paquet de toquards ayant parié sur lui
en feignant d'ignorer qu'il les roulait sans bruit.
Les rires qui s'élèvent sont comme des crécelles
dont les sons qui s'envolent percutent la cervelle.
Les entrées arrivées ils se mettent à manger.
Le restaurant retrouve de son harmonie
où devant mon couvert je reste à rechercher
ce qu'il reste de sain dans leur belle euphorie.
Quand ils en viennent au plat ce n'est donc pas sans joie
que je vois le quatrième se lever et partir.
Il laisse ses acolytes au repas de leur proie
et en guise d'au-revoir, tend le doigt du désir.
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