quand les mots s'éteignent
comme l'esprit se vide
quand la fatigue est là
avec ses heures pleines
de travail, de partage
d'efforts tant acceptés
quand le monde se rétrécit
aux fenêtres électriques
qu'on va ouvrir au petit bonheur
en cliquant avec ses doigts
qui la télécommande
qui sa souris
qui son clavier
quand on se perd
dans ces déserts électroniques
où les livres sont morts
sauf anaïs qui m'attend encore
marcovaldo qui s'est caché par là
et quoi j'ai dans la poche
cette lettre à un otage
de saint-ex
de l'antoine
et stendhal
et dosto
et tant d'autres balzac
on se contente désormais du philtre des images
des émissions artificielles
comme du sperme sur la gueule
serait la seule façon d'aimer
on échange ses profils
on a tout devant soi
du moindre recoin de mars à celui du soudan
tout ce petit village
mac luhan est vivant
comme le début d'une nouvelle culture
presque la fin du futur
on vit la vie des autres
cette crudité malsaine
quelle création dans le voyeurisme
quelle émotion
sinon celle factice du premier degré
il n'y a plus de vision
qu'un gloubi-boulga d'images
d'histoires crues du réel
où sont donc passés
le temps du récit
celui de l'analyse
et de la digestion
et de la connaissance
platon
les présocratiques
et toute la cohorte des philosophes
te rappelles-tu
pourquoi le hasard et la nécessité
sais-tu encore
la valeur
la beauté des mots
du théâtre d'anouilh
à sacha guitry
de louis jouvet
qui dit ça mieux qu'à la messe
oh oui bien sur le cinéma
italien de la haute époque
et tout ce noir et blanc
qui en grésille encore à nos oreilles
à la manière d'un grammophone
d'un indien inconnu
à l'audiard
le jacques ou le michel
d'un super héros
qui nous redira le monde
à la manière des anciens dieux
oh
je laisse juste le crayon courir
sur cette page déjà moins blanche
il n'y a là pas de vertige
juste la fatigue
qui fait lacher la digue
à la manière d'un torrent
je relirai très peu ce texte
comme juste essuyer le tour d'une assiette
avant que de la servir
et il faut bien que je dise
aimer l'idée de donner
ces mots qui s'écoulent
comme la liberté
se prend quand elle se donne
ne faudrait-il pas juste l'idée d'aimer
parce qu'aussi
j'aime Florence la nuit
une vieille maison
un paysage
la lune qui luit
après les nuages
et j'aime la raison
et j'aime la folie
et j'aime l'amour
et j'aime la nuit
aussi la pluie d'avant l'orage
comme les pleurs d'avant le bonheur
j'apprends juste à écrire
ma muse m'accompagne
d'autres se dessinent
alors pourquoi non
Pages