Un éléphant de la Savane
Avait écrit au Père Noël
Afin d'avoir une cabane
Et d'y ranger tout son bordel.
Il avait trempé ses défenses
À l'encre de quelques ruisseaux
Et trouvé une écorce immense
Pour y poser ces mots pâteaux :
"À toi le fou d'Patagonie,
Toi qui fait voler ton traîneau,
Sache qu'ici, quand je m'ennuie,
J'essaie de construire un bateau.
Je suis l'éléphant Sidonie,
Et je n'ai pas d'éléphantaux
Alors évidemment ma vie
Cherche toujours pour un radeau.
Si tu pouvais, toi, le messie,
M'envoyer un de tes cadeaux
Jusqu'en terre d'Africanie,
Ça allègerait tous mes maux.
Si tu pouvais, dans ta Clémence,
M'envoyer comme un gros hangar,
Ça serait vraiment une chance....
J'attends ta réponse ce soir."
Et Sidonie, toute contente,
Avait jeté ces mots dans l'eau
Avant de descendre la pente
Où était monté son cerveau.
Tous les éléphants de la troupe,
Habitués à ses ronds dans l'eau,
Ne l'avaient pas sortie du groupe,
Mais tous la trouvaient bien marteau.
Mais Sidonie n'en avait cure,
Elle avait le plan du bateau,
Ne lui manquait qu'une masure
Afin de se mettre au boulot.
Mais à ce moment de l'histoire,
Il faut que vous soyez conscients
Que Sidonie n'était pas poire,
Qu'elle n'attendait pas vraiment.
Pourtant un jour, dans la savane,
Alors que Sidonie rêvait,
Partit un jet de sarbacane
Qui vint se planter dans son pied.
Qu'elle ne fut par surprise,
Quand en cherchant d'où ça venait,
Elle vit, porté par la bise,
Un entrepôt tout frais payés.
Elle en ouvrit grand les pupilles,
Se pouvait-il que ce soit ça ?
La trompe alerte et l'oeil qui brille,
Sidonie enfin s'approcha.
Les vieux éléphants de la troupe
Virent bien ses yeux de gaga,
Mais habitués à ses chaloupes,
Ils ne la contrarièrent pas.
Et même à l'heure de la route,
Sonnant le signal du départ,
Le chef ne remit pas en doute
L'existence du vieux hangar.
Sidonie resta donc sur place,
Faisant à tous son au revoir,
Elle avait dans l'âme un espace
Où enfin était né l'espoir.
Évidemment, c'est dans sa tête
Qu'elle a construit son beau bateau...
Mais elle mourut satisfaite,
Son corps emporté par les flots.
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