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Une fête égarée

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La
lune scintille autour du fond bleu soiré du ciel d'étoiles, à
l’hôtel perdu dans le rural, maison à étages, toute rouge d'un
bois d'époque, elle est sombre de cette sobre robe de ligne de
flottaison où baigne l'humanité océane.

Celle
qui divague entre vides et vies cristallines.

« Les
Chevilles Ensoleillées » tel est le nom de cette grande
poussée sise dans un arrière chemin de San Francisco, la
distinguée.

L'hôtel
s'honore d'une forêt pour jardin, des méticuleux arbres grands 
comme des géants prennent leur allures de branches chercheuses dans
l'air clinquant de la nature forte.

Le
maître de maison écrivain blasé, élégant de mollesses
doucereuses a l'air d'un désabusé judicieux, plein de compassion
pour la vie qui l'entoure et le pourrit doucement dans son vécu de
taverneux attardé.

Décati,
vieilli dans le sirotage de boissons savantes collectées dans mille
bars borgnes, plaisants troquets cyclopes, où une flore interlope
s'y perd pour trouver combustion.

Les
belles réceptions en terre reculée l'occupe d'une fonction de
phares de fêtes égarées, un peu comateuses, un peu graveleuses.

Dans
la soirée bien entamée qu'elle est presque finie et que c'est la
nuit de fond qui vient prendre ombre, des tables longues comme de
maigres cargos s'allongent et s'encombrent de plats et de convives
insolites apparemment dans le sauvage puissant entourant cet îlot
construit.

Une
faune désuète tant sa vie est marquée de soubresauts insignifiant
vient creuser son absence de fiertés dans les décombres des sens.

Des
humains habillés de dimanches bariolés s'agitent de mots, faisant
brouhaha vert dans la nuitée liquoreuse qui distille le cosmos, des
énergies transparentes et surprenantes.

S'affablent
sur les tables rectangles la contingence de buveurs parrainés,
saoulant de mots leur digestions pour enivrer les oreilles si
serviles de mondanités des voisins attablés pour la noyade
léthargique.

Tout
autour, une clique, une marée noirâtre criquettent l'espace de
stridences assourdies de distance, c'est les insectes en joie de la
nuit céleste qui les pousse aux chants.

Tout
ça se répond et répand une universelle adhésion au caquètement
d'être.

Les
lumières faibles des lanternes passées au lustre d'antan accrochent
guère que des coins d'ébauches, refuges clairs où la morosité
prend pied.

La
maison grande est confondante de nuits.

Ici
et là, avertissements et signes distinctifs, des rires se font et se
perdent.

Les
gens s'amusent dans le dehors courtisant de sourires, leur paraître
somptueux sophistiqués de creux leur donne un ressort gourmand.

Ils
se goûtent d'être si vain et va nu pied du cerveau.


« Je
suis coupable de tout » s'exclame un évadé de cette enclave,
il pousse des soupirs de soupières surchauffées. Ce costumé de
blanc, ayant vidé du rosé, s'empourpre de mots dinguement dits.

Autour,
les gens sans râles ne peuvent que s'esclaffer tant cela prend
allure d'impossible cette affichage de baveux qui se fait loque de
propos surannés pour la mode d'ici, qui ne veulent que surdités à
l'étrange maléfice d'une plainte exprimée.

Ils
en font des yeux gros, on dirait qu'ils ont que ça qui puisse
frapper dans la contingence des entrelaceurs.

Soudain
perce une cloche, elle claque de vibrances l'oscillation des vies
chavirées. Pour cette heure indécise c'est la venue du dessert
qu'elle annonce solennelle dans sa percussion. Les appétits ne sont
pas petits. La vie goinfre des ripailles est longue à s'achever.

Après
les côtes de veau rôtis aux morilles qu'ont avalé des brochettes
d'affamés de luxe, c'est le tour de gâteaux remplis de faire le
tour de ce lupanar allégé où festoient dans la nuée des
sans-soucis précieux de légèretés.

Ils
ont des allures, volubiles avec des prestances de klaxons, d'enfants
chamailleurs dans ces clairières serrées par la nuit.

Des
exclamations partent des alentours comme des gamineries de cantine
quand une troupe scolaire s'enflamme de bruit à l'annonce de rabs de
conserves marinées, huileuses et spongieuses.

Toutefois
la propreté dans leur manière d' emboucher à la volée, les
champignons découpés et dorés les classe dans le maintien du
monde.

Au
déroulement des festoiements s'ajoute des chats épais et souples
sortis des cachettes de nuit tels des lynx locaux, bandits
chapardeurs, ils piquent dans les plats auprès desquels ils
tournoient un instant avec la suffisance de princes abusifs dans la
grossièreté des habitués, privilèges des êtres griffus et
ondoyants.

Le
dispersement ventilé de la nourriture s’accroît, aux chats se
servant, vient la bonhomie secourable de prêter songe à la
maestria, les gens dans un automatisme de bonté mettent à terre des
morceaux de viandes que seuls des chats un peu peureux n'osant se
planter sur la table s'accaparent dans la vélocité.

Profitent
de cette manne des rat noirauds à peine visible en trace d'ombres
fugitives parcourant dans le bas, la quintessence des ripailles.

Les
chats dédaigneux de ces rongeurs si modestes se prélassent nombreux
sur les tables maintenant dégagés. La curée ayant été faites.

Grouillant
de miaulements et avides de caresses, ils minaudent et mollement
prennent corps somptueux dans des plats tout vides.

« Alléluia »
dit un gargantua de salon frappé d'imagination. Il a l'air de rien
sous sa force d'outre pleine et cela lui va bien. Il titube sans
bouger tant la grâce le démonte de son ennui outrecuidant. Seuls
ses yeux sans fixité l'accompagnent dans son voyage. On dirait qu'il
voit la fantomatique du monde.

La
glace de l'air se chauffe des vapeurs des vins.

Cette
fraîcheur est annonciatrice d'éveils même si tous semblent vivre
dans des fûts tant l'ivresse des joyeux les adoucit d'un moelleux
côtelé. Ils semblent doux et solides.

Anatole
de l'Arcole, le roi de ce lieu automnale se fait baladin, il
chantonne un peu à l'écart dans la dispersion la chanson du moteur
qui pistonne, le vice ensevelissant et la courtoisie retrouvée,
celle des égarés tous polis en demandant le chemin introuvable dans
le pays d'ornières à l'oiseau amical perché sur une ronce.

Des
vieux roucoulent, les yeux larmoyant, avec des mimes d' hiboux
enchantés tout près d'un arbre qui les prend d'une grâce, bénis
de branches, ils oscillent dans une plénitude.

Dans
une autre mesure à quelques pas feutrés, assise et bouleversée
crie une blonde bien jeune :

« Je
veux vivre »

Elle
est habillée de blanc et d'un peu de jaune, elle joue la pâlotte,
tout un trémolo cingle un son drôle !

Elle
sait sa vie d'un coup et y prend, émue et liquéfiée un couac
magistral.

Un
homme mystère, broussailleux et ombreux se dessine à l'orée d'une
table qu'il visite d'une diablerie disant de sa face tache :

« Elles
sont bonnes, toutes bonnes » en parlant des chenilles qu'il
gobe ou  qu'il croque c'est selon sa fantaisie de solitaire
patibulaire.

Je
sens la poussière dit la maison pleine de monde et de raisons, le
bois la  fait sortir par moment, sciure infime, crime du temps, elle
se délabre, un peu vermoulu.

La
lune est toujours bienvenue quand le ciel la dégage des cachottiers
d'altitudes dans les soirs d'aisances.

Elle
fait petit soleil dans la blancheur des esprits.

Le
vent commence à me pousser dit la girouette corbeau hélice
silhouette en haut du toit qui ne s'envole jamais et tourne souvent.

Dans
cette nuit pieuse de silences guerriers, elle tait la mort des
anciens.

Ceux
dont des totems ont flambés il y a un long siècle de conquêtes.

En
bas le brouhaha bat un rythme iconoclaste de bravaches désoulant.

Des
danseurs s'enchevêtrent aux coups des élancements d'un accordéon
étiré dont la musique rebondit dans les coins, effets de fièvres
et de fatigues pleines.

Dans
la forestière étendue le taciturne se mitonne des frayeurs
d'animaux.

Dans
l'embarquement de l'hôtel les yeux chauffent des rêves évadés.

Les
arbres multiples et prenant jettent des présences aux humains
sensibles.

Le
réel dévoyé se plaît dans la cacophonie circulaire.

Des
moucherons s'éparpillent dans les flots courts des lumières basses.

Éparpillés
de transes, grappillés de sens, les gens disparaissent.

Dans
ce qui s'abîme du nouveau se découvre.



« Bonjour »
dit une fillette, rapide aux airs gras des écoles sages, la nuit est
un autre jour qui luit dans un tour doré dans les prunelles
enfantines qui clignent pleines de fleurs folles.

Dans
la maison à l'allure coloniale flotte un empire de formes dans des
essences bizarres, c'est vieux comme la coque d'abandon sur le rivage
d'à côté, s'y frotte la ronde des poissons clous dans une
transparence d'eau.

A
chaque hivers les gens tiennent ici dans un état de liens et de
temps.

Les
regains morts laissent la noirceur du coin intacte.

Parler
dans l'ailleurs est un sort de rencontres.