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La mer

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C'était
en septembre d'une année lointaine, les nuages défilaient dans un
souffle rauque, des oiseaux agglutinés prés d'un blockhaus
s'abritaient, des herbes drus se secouaient, sur la plage au manteau
sombre des rouleaux d'eaux grises montaient en écumant ;
fasciné, je voyais la mer pour la première fois, enfant engoncé
dans un imper, j'étais descendu de la 2 CV de mon oncle maugréant,
lui avait une veste noire et un air rouge que son chapeau beige
accentuait.

L’océan
Atlantique pestait et des vagues carnages massaient le sable dans des
remugles trublions.

Mon
oncle acclimaté au temps et à l'air marin fumait doucement des
cigarettes que le vent s'amusait à griller plus vite que lui.

Des
conserves ouvertes rouillantes à demi-ensablés et des couvercles
plantés dans la zone d'abandon cerclé comme des miettes de fer le
blockhaus ensommeillé depuis la guerre.

Le
ciel courant au-dessus de la mer comme une vapeur volcanique se
démenait, la mer au teint boueux se plaisait en claquant ses vagues
à faire plus sale que le gris élégant du ciel en fuite qui
noircissait quelque peu par endroit mais refusait toute clarté qui
l'aurait banni des forces obscures.

La
mer n'était jamais noire mais produisait un son fantasque bien plus
lugubre en troubles que le tambour sourd du tonnerre dans l'horizon
bouclé d'éclairs.

L'oncle
devenait taiseux, signe de pluies.

Alors
que sa démarche sur le chemin malencontreux tenait plus du pas
précautionneux que d'une marche de promenade.

La
mer flaque démesurée hérissait ses vagues en trombes pour noyer la
terre  et la ronger insidieusement de son sel mordant.

Le
blockhaus éventré, gauche et incliné marinait dans le saumâtre
temps du déclin.

J'étais
alors, persuadé de la noyade générale du monde venant.

Trop
d'histoires galvanisantes me rendaient certain d' un nouveau déluge
où même Noé serait noyé !