La voiture file, l'autoroute tire une
ligne.
Nous arrivons longuement, la
correspondance n'est pas simple.
Nous arrivons infiniment, une brume
s'occupe des arbres et des monts alentours.
Nous avons raté la sortie vers
Manosque, sans doute mal indiquée où nous trop distraits.
Enfin nous débarquons, voyons des gens
sur des tréteaux, un décor théâtral en trompe œil.
Une troupe toute jeune, pure scolaire
dit, un metteur en scène au milieu joue avec eux.
Cela s'applique.
Étant en phase d’atterrissage, le
voyage m'ayant secoué, je récupère plus que je n'écoute et les
mots tombent très vite dans du vide...
Du monde vont et viennent sur la scène,
à un moment deux écrivains sont là heureux, aimable et lisses
comme des produits traités, il y a eu des traits d'humour plus
réussi du côté du descendant de la Rochefoucauld lorsque des
extraits de leur livres ont été donné.
Ensuite apéro avec du jus de pomme et
autres, mais encore fatigué, je n'ai point pris soin de noter la
variété des boissons disponibles, le jus de pomme j'en ai pris
voilà pourquoi je parle de sa présence, ainsi j'ai vu aussi des
vielles dames passer au milieu de nous avec de bonnes choses à
foison faites maison disposées dans des boites à biscuit toutes en
fer et de fermeté.
Ces grand-mère conviviales passent et
repassent jusqu'à ce que les mains des convives en plein air fassent
moisson de cette manne bénévole.
Depuis toute à l'heure deux types sans
doute le père et le fils habillés de blanc et de noir et disposant
chacun d'une liseuse tournent autour du monde qui regarde.
Ce sont des agents d'un ordre
discutable qui font métier.
Dans l’après midi une femme cultivée
aux allures d'ancien ministre et un homme un peu fatigué à la
beauté d'un président autoritaire syrien ont mis leur savoir dire
au service de La poste pour faire un dictionnaire de quatre vingts
mots avec quatre définitions par mot, et le tout bien balancé au
milieu d'une articulation de verbes nombreux et variés tournant
autour de l'activité générée par la postale entreprise, c'est
bien fait, plaisant, historique mais sans mordant.
Ayant pu descendre dans une salle
catacombe nous vîmes une lecture musicale où une femme écrivain
dit en rythmes trouvés des extraits de son roman dernier bien prenant
d'intrigues et un pianiste précède ou joue en bienfait un
accompagnement réussi.
A mes côtés, deux mégères aux verts
propos dégomment plus malicieuses que méchantes le dispositif, la
première phrase est époustouflante quand au bout de quelques
minutes de musique, une dit « mais il va donc s'arrêter ! »
et puis de se plaindre de la chaleur (naturelle pour une salle
fermée, sans fenêtre et pleine de monde) et des odeurs (c'est l'été
indien) heureusement derrières leur paroles critiques elles apprécient ce
qu'elles entendent de l'histoire : « elle dit bien ».
Sinon marrant de voir que dans tous les
lieux ce sont les mêmes livres des auteurs et autours des activités
qui se trouvent en nombre sur des étalages ici et là autant dire
partout !
Heureusement Camus étant à l'honneur,
il décore beaucoup et de façon apaisante toutes les devantures
livresques.
J'ai vu des livres plaisants, ouvrant à
la curiosité...
et pour finir alors que le soleil
toujours chaud caresse les promeneurs chercheurs en écoutes
nous vîmes deux écrivains jeunes
parler de leur premier livre annoncés en roman, alors que tout fait
feu dans leur attitude pour être plutôt de la marque d'un récit.
Un décrit une sortie d'addiction,
l'autre l'étrange vécu d'une maladie paralysante et toutes les
sensations venant à l'esprit pour survivre à cela, les deux
écrivains à leur manière m'ont l'air bien naufragé de la
profondeur de leur vécu et font échos en contrechamps à la
légèreté trop futile des matinaux écrivains vus le matin même
au même lieu.
Voilà ce passage m'a fait du bien et
je suis rentré riche de fatigues, d'usures et d'échanges.
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