Le village de persil sur le Gange ne
dort plus depuis lundi, ce coin jadis paisible, inconnu environné
de forêts et desservi par une route communale suivant un tracé
datant du quaternaire s'est découvert un cadavre intranquille.
Le village troublé par ce phénomène
inconvenant somnole difficilement dans la torpeur des après midi
ensoleillées propices à la fermentation des viandes laissées à
l'air libre et dépourvues d'une vie propre et unique que certains
vont jusqu'à nommer âme.
Alors que les morts locaux ont la
prévenance de passer de vie à trépas avec des manières les
portant finalement dans un cimetière désert depuis des habitudes
acquises depuis des lustres, un cadavre s'est plu à flotter
librement, navrement dans une nuée de mouches éprises de puanteurs,
chacun ayant ses vices nous pouvons comprendre cela, mais dans ce
monde reculé ce cadavre flottant affiche une insolence de
comportement qui crée un trouble malsain pour des gens nourris de
bibles et de bibines, l'une rendant plus digeste l'autre.
Ce cadavre dérangeant navigue presque
par décomposition dans la douve du domaine de la Vilaine sur Belette
réputé jusqu'ici pour son château presque beau qui abrite
incongrûment dans ses oubliettes réduites une race de crapauds
venimeux unique en Europe.
Le corps humain quoique fort gonflé et
bien verdâtre est celui d'une octogénaire originaire du cru, la
Duchesse de La valette sur Chanvre remarquée pour son absence depuis
dix jours de la maison de retraite Éternité pourtant dotée d'un
personnel et d'un standing réjouissant rendant plus que suspect
cette disparition inexpliquée.
C'est un professeur de mathématique,
monsieur Dupuis qui œuvre à l'école des Ursulines en fleurs prés
de Quimper qui découvre l'infâme affaire, l'esprit dégagé des
enchevêtrements algébriques, car occupé à promener son chien, un
dalmatien fort blanc et tout moucheté de noir, conduit d'une laisse
couleur bleu d'Auvergne qui ne dépare pas avec la majorité du ton
abordé par la flottaison putride.
Le chien natif du Bigorre a su du fait
de sa distinction détecter le pittoresque dépassant le train train
de ces journées de bête domestique. Il a vu la différence.
Cette nappe de chairs fondues étalée
comme une fleur de lotus hésitante entre l'envol vers l'air pur et
l'enfoncement dans cette tiédeur liquide composée essentiellement
d'une eau de pluie maintenant salies de miasmes et garnies de furieux
microbes faisait visiblement tâche dans le bucolique champêtre du
lieu.
La morte par elle-même n'avait plus
vraiment figure humaine, elle avait égaré un œil dans son exercice
de natation, mais quand on sait que de son vivant sa vue était
basse, elle serait en vie que cela ne la dérangerait pas plus, on
voyait aussi que sa gorge était une béance horrible mais là aussi
ceux qui l'ont connu disent qu'elle toussait pas mal et que donc un
trou ici même de son vivant l'aurait sûrement était d'un réconfort
respiratoire, quant à ses seins mazette pour difformes qu'ils soient
ils avaient pris un volume affolant qui aurait fait la joie de cette
pauvre Valette, dont la poitrine de son vif était menue, menue...
Finalement élégante à faire la
planche, pourvu qu'on veuille bien voir le beau qu'apporte parfois la
mort dans une métamorphose jugée arbitrairement affreuse, il
restait à déplorer l’absence de vie de cette Duchesse qui tout de
même lui enlevé pas mal d'attractivité, il faut le reconnaître.
Que s'est-il donc passé ?
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