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Jadis et quelque part

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Jadis, il y a très, très longtemps un chevalier, barbu, taiseux traversait une montagne perdue, il était triste, triste. Soudain un chat ébouriffé comme une forêt, ricanant comme un chacal, noir comme un corbeau se mit au milieu de son chemin. Le cheval à l’allure fatigué s’arrêtant devant ce personnage hirsute.
- « Holà voyageur, tu t’aventures dans un pays neuf, qui es tu, que fais-tu ? » s’exclama la bestiole mal coiffé. Pour toute réponse, il eu un hennissement de la part de la monture déglinguée. A cela chaque arbre frémit et émit comme une onde. L’étranger dérangeait, il portait un malheur en lui. Il reprit sa route sous le regard scrutateur du félin devin. Plus loin, les sabots résonnèrent quand le cavalier s’engagea dans les gorges du Diable, lieu sombre et sonore, ou un torrent tortueux abritait des tortues outrancières, heureusement muettes. Leur extravagance consistait à courir comme des lièvres dans tous les sens dans ce monde aveugle et humide où il y a de quoi devenir dingue. Par un hasard inexplicable notre noble imperturbable parvint à sortir d’ici, guidé par sa jument grise. Il arriva au mont du Soleil, dans une clairière ou un air enchanteur vous ensorcelait. Là, une corneille perchée sur un pin, charbonneuse comme un matou, silencieuse comme la mort vivait comme une statue. Après l’avoir contemplé infiniment notre héros s’en détacha. Un platane insolite attirait le regard myope du solitaire. Il mit pied à terre et déterra quelque chose prés des racines : C’était une main terreuse squelettique ornée de cinq bagues. C’était les rêves perdus de l’enfance. Il avait accompli le périple des souffrances, l’errance des bancales, pour retrouver le feu du Bengale, le régal des missions impossibles.
Quelque part, quelqu’un s’en va déjà, reste une trace. Quelqu’un fuit sa vitesse d’exécution dans l’abandon. Quelqu’un, quelque part s’électrocute machinalement dans une contraction bleue. Quelqu’un a peau neuve de ses rêves. Quelque part le temps s’arrête mélancolique de son déroulement. Quelqu’un croît de nouveau à l’ouest. Quelqu’un perd raison dans la cohue sous les néons des rues de nuit. Quelque part un char manœuvre obscur dans des poussières de tonnerre. Quelqu’un salive dans la bastide dans une époque de plastique plombé. Quelque part, sous des remparts épais quelqu’un joue durant le jour. Quelqu’un d’à part fait un avec le monde quelque part. Quelqu’un fait croisière de ses aventures lyriques, bien que quelque part cynique. Quelqu’un s’épilogue au cygne noir, en un monologue de théâtre. Quelque part, des faire-part annoncent ce qui se sait sans se dire. Quelqu’un aujourd’hui s’évade d’hier pour quelque part. Demain, quelque part, quelqu’un. Quelqu’un, quelque part s’accommode d’alcool. Quelqu’un humblement brûle des herbes prisées. Quelque part le hasard rend malin le destin de quelqu’un. Souverainement quelqu’un s’accomplit sous l’augure d’un ciel étoilé. Magistral, quelque part vois-tu, l’ivrogne titube sans fin. Quelqu’un sur la route parle beaucoup, quelque part il est ailleurs. Quelqu’un s’étonne de rancune une fois quelque part. Quelqu’un a dit qui a la chiasse tire souvent la chasse, quelque part c’est vrai. Quelqu’un s’empare d’une bonne part du gâteau, quelque part cela arrive parfois. Quelqu’un savamment se déchausse pour une danse sacrée. Quelque part le soleil se chauffe de nous, quelqu’un à genoux a dû le penser. Ecrire quelque part sert à quelqu’un.