Édito du 19 novembre 2006

MON GROS POINT GODWIN *

Les joies d'Internet.
Le media de la démocratie pour tous, la liberté de parole, d'édition, de création, l'accès à la culture, l'information en flux tendu. Un paradis.
Le paradis des fabriquants de hardware, de software, des F.A.I et des publicitaires.
Le lieu ou chacun a les mêmes chances ?
Mais où la masse fait remonter la masse, laminant dans le néant toute différence, comme partout ailleurs. Les sites les plus visités resteront eternellement les premiers à l'être puisqu'ils apparaissent en premier sur la réponse Google. Et tout Internet fonctionne sur cette même mécanique. Le net n'est qu'un immense Top 5O. L'internaute moyen, curieux comme une pierre, et n'ayant pas non plus toute la journée pour ça, ne fonctionne et ne navigue pratiquement qu'en fonction de liens reçus par mails et moultes fora. La masse attire la masse.

Ces derniers temps la masse s'attire sur YouTube et DailyMotion. C'est la course à l'image. Le scoop. Tout le monde s'y précipite, moi le premier pour y mettre mon clip. En quelques semaines ces sites se sont transformés en une énorme embuscade mondiale, guettant n'importe qui, n'importe où, afin de le détruire. Et tout le monde adore ça. Le net la nouvelle arène avec un milliard de tigres dedans. Ségolène Royale, Sarkosy, Dieudonné, JF KHAN, viennent tous d'en faire les frais rien que dans ces dix derniers jours.
Peut importe qui sont ces gens et ce qu'ils ont pu dire ou faire. Nous avons en face de nous une véritable curée, une exposition froide et accusatrice, une chasse aux sorcières digne d'une inquisition, invisible mais omniprésente sur le réseau. Media du peuple, media populiste.

C'est sur ce média aussi, crée par l'armée et récupéré par les industriels du tout numérique, qu'à propos de l'industrie du disque tout à coup tout un chacun se drape d'un furieux anti-capitalisme primaire, qu'on ne sait trop s'il est d'extrême gauche ou d'extrême droite. Car il repose surtout sur la stigmatisation de certaines catégories sociales telles «les majors», «les artistes nantis».
Pascal Nègre peut se vanter d'avoir à lui tout seul effacé dans la tête des gens les centaines de travailleurs des maisons de disques, bien malgré lui j' imagine. Expliquer que ce type à tout fait pour ça, ne change rien au faits.
L'artiste se voit élevé au rang d'Être pur. A ce titre il se doit un désintéressement total envers l'argent. A défaut de ça il sera aussitôt jeté dans la fosse commune du respect, et pourra donner lieu à pillage. Le bon artiste donnera d'abord, et l'internaute payera si ça lui plaît. La manche mondiale, des Êtres purs.
Sinon il n'est qu'un «parasite» au service du «lobby industriel.»

Surveillance de chacun, anti-capitalisme primaire, stigmatisation de catégories sociales, recherche de pureté dans un monde dévoyé. Tous les ingrédients du totalitarisme sont réunis.
C'est effrayant.

Ajoutons à ça l'attitude de toutes les associations présentes sur la liste info-KO social, qui à mes propositions, moulte fois répétées de s'unir artistes et associations pour fonder un pôle de parole internet en vue de peser dans la campagne des présidentielles, n'ont fait ni chaud ni froid à par quelques «c'est intéressant on va en discuter en réunion»... et nous sommes en droit de se demander si internet est vraiment l'instrument de notre liberté, ou juste celui de milliard de petites chapelles dans leur coin qui n'en ont rien à foutre du clocher des autres.
Internet est mort. Vive internet?


Mano.

*(le "point Godwin" dit, qu'en gros, quand un interlocuteur traite l'autre de fasciste c'est qu'il est a court d'argument et que la conversation ne peut que dévier sur n'importe quoi.)


Édito d'octobre 2006

QUI EST VRAIMENT GÈNÉ PAR LE DROIT D'AUTEUR?

On essaye par tous les moyens de vous faire croire que c'est vous, c'est quelques-uns d'entre vous qu'on attaque en justice pour l'exemple. Mais qui à besoin de que vous ayez tant soif de «culture» ?
Les FAI, les fabricants de matériel numérique, les médias, les téléphonistes.
Eux sont déjà dans le marché idéal. Tu peux maintenant accéder à leur publicité, où que tu sois, quand tu veux. La musique n'est plus qu'un produit d'appel. Bientôt elle y sera entre-coupée de spots de pub.
La pub fait vivre les médias, papier, hertziens, le net, et la télé. Avoir la télé dans sa poche c'est avoir la pub avec. Un journal comme libé ne survivrait pas sans les récurrents dossier «consommation» qui ne sont que du publireportage pour le dernier Mac, le dernier jeux, la dernière console...
Les médias ont besoin de la pub de l'industrie, l'industrie a besoin de la pub que lui fait les médias. Ce qui explique la désinformation permanente sur le sujet des droits d'auteurs et de l'économie du disque. Car le disque est voué à disparaître. On vous fais porter le chapeau alors que c'est une politique commerciale, on dénonce l'internaute, alors que tout est planifié.
Le disque il fait chier, c'est toute une lourde chaîne de production, de fabrication, et de distribution. Alors qu'un mp3 se passe de tout ça et que finalement on le vend au même prix quasiment ! Et qu'en divx ou mp3 il devient un formidable produit d'appel pour vendre des platines de salon, des téléviseurs de voiture, des baladeurs avec 12 milliards de gigas, des téléphones-télévision, etc. Les FAI, eux, vous promettent des débits monstrueux pourquoi faire ? Tenir un blog ? Certainement pas, tout simplement pour télécharger tranquilles.
Tous ont besoin de contenu. Mais comme ils n'ont jamais respecté la valeur artistique et que pour l'industrie le disque est un produit comme un autre tu enlève le produit alors que reste-t-il à payer ? Ils ne comprennent pas qu'il faut payer quand même. Comme ils ne veulent pas payer, ou si peu, ils font la politique de l'autruche, vous laissant essuyer les plâtres en terme de retombées juridiques.
Ils laissent pourrir la situation, pendant que le tout numérique pénètre les esprits. Vous devenez les premiers ambassadeurs de leur volonté. Les habitudes se prennent et vous oubliez complètement l'ancien système, qui parait déjà d'un autre monde. La pub nous dis emportez dix mille chanson dans votre poche ? Imaginons ça au prix du téléchargement légal, à 99 cents le mp3 ça nous fais 9 900 euros. L'Ipod devient un lingot d'or dont si on s'est pas pris la tête à en faire des sauvegardes (sur un autre support vendu par les mêmes), on n'a pas intérêt à perdre ou qu'il tombe en panne ! Mais sachant que c'est la jeunesse qui utilise le plus ce genre de produit, pensez vous sérieusement qu'ils ont 9 900 euros pour avoir la pleine jouissance de leur appareil ?

«C'est le progrès...»

Un progrès qui casse toute une industrie et qui encore une fois, permet de fonder d'immenses empires financiers, avec de moins en moins de logistique et de personnel. Du capitalisme pur et dur, du libéralisme sans pitié. Le disque n'est plus concurrentiel, il crève. Point.

Les majors pourront toujours produire du mp3 mais apres un dégraissage intérieur, c'est toute la filière de distribution qui disparaît, distributeurs, transports et magasins. Des milliers de chômeurs qui disent merci au «progrès» offert aux consommateurs.

Dans le même temps émergent les portails officiels de téléchargement légal. On assiste à la vente d'un produit inférieur en qualité, bourré de restrictions, vendu au même prix. Ces portail n'ont aucune rédaction, mais seulement un service commercial. Ils ne suivent donc que des politiques commerciales. Nous y trouverons alors mis en avant toujours les même artistes, car ces plates-formes dealent directement avec les majors. Je ne vois aucun lien sur ITunes qui me dit dépose ta production ici.
En aucun cas la diversité n'y gagne. Les gros en avant et quelques petits derrière. Tous présentés platement, figés là jusqu'à leur prochain album.
Une fois par an la presse exulte sur une découverte internet, et nous promet la généralisation du phénomène , en omettant bien de souligner sa rareté, et parallèlement la diversité du marché du disque.
De plus le bouche à oreille à toujours existé, bien avant internet et ce n'est pas contrôlable par qui que ce soit.

S'ACCROCHER AU SUPPORT DISQUE POURQUOI ?

Et parce que l'artiste en à besoin pour qu'un lien existe entre lui et celui qui a fait l'acte de l'acheter. Et que l'objet lui permet encore une fois de s'exprimer à travers l'image et le texte. Parce que pour l'artiste c'est un manifeste et pas un bout de papier collé sur une gouttière avec des petits bouts à déchirer pour embaucher une femme de ménage. Le disque fait partie de l'identité de l'artiste. Une borne. C'est douze chansons qui forment un ensemble, qui forment un paysage et non pas qu'une fenêtre. C'est quelque chose qu'il peut offrir autour de lui, c'est quelque chose que vous pouvez offrir autour de vous, c'est quelque chose qui se collectionne, c'est souvent un support sentimental. Tout ce que ne remplacera pas le mp3.

Abandonner le disque c'est amputer les artistes, fabriquer des chômeurs, amputer la diversité et s'amputer de bien des plaisirs.

Le public n'est pas conscient de son manque de curiosité. Il n'a pas vraiment conscience que 99% de ce qu'il écoute est produit par les majors. Et que sans une réelle promotion, peu seraient arrivés jusqu'à lui. On assiste dans la musique au même syndrome que partout sur le danger zéro. La sécurité, l'achat sécurisé dans ce qu'on attend de lui. Le public ne paye plus pour voir, il paye pour ce qu'il connaît. Comme il n'est pas curieux, il ne connaît que ce qu'on lui surine. La boucle est bouclée. Sans promo, tu n'existe pas. C'est pareil pour la scène, les petites salles où on débute sont menacées de faillite en permanence du fait d'un abandon total du public.
Jamais la télé n'invite quelqu'un qui n'a pas quelque chose à vendre, si tu ne vends pas tu n'existes pas. Pour le public comme pour les médias.
Tout ce qui se construit sur internet, se construit exactement sur ce même modèle. Ni plus, ni moins.

Quelques réseaux de distribution alternatifs donnent l'impression qu'une nouvelle filière est en train de naître, à travers des sites ouverts au public comme MySpace le visiteur à l'impression qu'il va pénétrer un monde nouveau. Mais on y retrouve le dictât du "le plus vu, remonte en avant" Sachant que l'internaute est pressé il ne va pas aller loin dans sa soif de découverte, au mieux il en fera une par an, il contactera peut-être l'auteur à qui il va acheter un mp3, et ça lui fera une belle jambe.

LE PUBLIC PEUT FAIRE LE CHOIX DE L'ÉXISTENCE DU DISQUE

Le P2P n'est pas l'ennemi, s'il se place comme objet de découverte et pas comme lieu de consommation. Mais c''est impossible de l'imposer aux gens.
Le public doit comprendre où est son intérêt, la facilité tout de suite, ou la diversité demain. Mais on aura pas les deux. Paradoxalement, soutenir le disque d'où qu'il vienne, même des majors, c'est contrecarrer le libéralisme. C'est comprendre que l'on vit dans une société d'interactions qui font que tout le monde bouffe, et que l'on ne peut pas couper tout un pan d'industrie sans ravages humains.
Acheter un disque aujourd'hui c'est conforter l'artiste, perdu dans la tourmente du tout numérique, c'est lui donner un rôle social à travers l'activité qu'il déclenche, c'est donner les moyens à la production, major et labels confondus de faire emmerger la diversité, c'est participer à maintenir l'emploi de travailleurs de toute une filière, et c'est redonner de la valeur à ce qu'il y a dedans.
Acheter un disque n'est plus anodin. Cela devient un acte véritable de soutien à une société qui ne se base pas sur l'individualisme et le libéralisme.

QUOI FAIRE D'INTERNET ?

Internet ne tiens ses promesses que du coté des fabricants du tout-numerique, mais pas du coté humain. Ce formidable outil fédérateur est complètement laissé à l'abandon par le public qui ne cherche en rien à s'organiser. Des foras de milliers de gens vont discuter et pester pendant des années sans jamais se rendre compte qu'ensemble ils sont une force constructive qui peut générer bien des choses. Depuis des années les internautes bavent et chient sur les majors, mais à six millions en France, ils n'ont toujours pas monté une boite de prod...
Tous les discours soit-disant gauchistes et anticapitalistes qui servent d'argument aux pros-téléchargement sauvage et à la «culture pour tous», n'ont fait que s'opposer éternellement à ce qui existe sans jamais construire quoi que ce soit, alors qu'ils en ont le pouvoir.
Être de gauche c'est agir, ensemble, pour le bien de tous, considérant que chaque travail mérite salaire et respect. Ce n'est pas léser un artiste «parce que Pascal Negre est un connard».
Promouvoir le téléchargement à des fins de consommation c'est promouvoir le mépris.
Et le net en est plein. Le net c'est Voici et Gala puissance dix mille. Le royaume du commérage de beaufs et des lieux communs sur les gens connus. Un monde où chacun après avoir bavé, dénigré les célébrités, et volé les artistes, te demande d'être poli avec lui, de le «respecter». Où chacun est contre tout sans jamais argumenter vraiment, où chacun aime tout aussi, sans jamais argumenter plus. On aime pas, on aime, point Un monde d'intox et de transformation de la parole, un monde qui fait toujours remonter les trucs les plus nuls et les plus cons comme ce singe qui se pisse dans la bouche que j'ai du recevoir 453 fois. Un monde de rumeurs, de désinformation.
Le public ne fait rien du net, il se laisse faire, comme il en a pris l'habitude avec les autres médias. Les vidéos les plus vues sur les portails Daylymotion et Youtube sont des programmes de télé, posés là par les internautes. Il met sur le nouveau média ce qu'il avait sur les anciens, parce que c'est ça qu'il veut voir, ce qu'il connaît.
Le pire c'est que chaque internaute va te dire que c'est le portrait d'un autre que je trace, qu'il n'a rien a voir avec cette consommation stupide, que lui il est pas comme ceci et comme cela. A tel point qu'on se demande où et qui sont les gens qui font le net dès qu'on s'y connecte. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.
Il est bien sûr des gens pour avoir une utilité du net qui ne soit pas stérile, mais il s'agit d'une infime minorité.
Alors quoi faire du net ? Ne pas le laisser aux mains des multinationales et du beaufisme, se rendre compte que le public a aujourd'hui les moyens de s'offrir la nouveauté qu'il veut, en la générant lui-même sur des pôles associatifs à l'échelle nationale. Le public peut créer d'un coté, l'emploi qui se perd de l'autre, il lui suffit de créer des caisses communes, de s'organiser autour, définir des choix artistiques et les financer au lieu d'attendre que chaque débutant se mette en danger financier afin de produire un mp3, vite noyé sur le net.

Ce n'est pas aux artistes de faire la manche, mais au public de lui ouvrir des portes. Il en a les moyens.
Quand va-t-il le comprendre?

Mano..