FAN-CLUB


RENTRER AU PORT

Whaou, nouvel album, nouvelle gueule pour le site.
Rentrer au port. Bin c'est comme dab, c'est pas un énieme disque histoire d'en sortir un, c'est un bout de vie, un bout de journalisme

d'une époque à travers mon existence, ses joies, ses peines.
Le single qui a plu a tout le monde c'est les chevaux d'Aubervillier, mais j'ai quand même appelé l'album Rentrer au port. Parce que cette chanson a déclenché l'album. Nous sortions de In The Garden et il fallait se remettre à composer, nous avons en premier lieu cherché à déglinguer notre musique mais ça donnait du manierisme un peu incongru, pas si déglingué que ça, et finalement nous avons étés rattrapés par nous même, par notre musicalité, celle que nous avons ensemble et qui murit chaque jour un peu plus. Rentrer au port est la première nouvelle chanson qui nous donnait grand plaisir à jouer et qui nous a donné confiance pour la suite.
C'est drole parce que rentrer au port est une chanson terrible ou le personnage justement se demande s'il existe encore un port pour lui, un endroit qui ne soit pas calciné d'avance.
C'est comme si nous nous étions acharné à lui donner, ce port, en treize chansons. Ce ne fut pas réflechis, mais ça s'est passé comme ça.
Et ces treize chanson sont effectivement un voyage à travers la dureté des vérités de la vie, et comme toujours, pour les détruire, les éffacer, les combatre et en sortir vainqueur. Alors sans le vouloir et inconsciement, petit à petit en vivant avec lui nous avons sorti notre personnage de ses rues de feux, pour lui construire un havre de paix, de repos et de tendresse.
Je l'aime bien cet album, encore une fois on ne l'a pas fait expres, mais c'est presque un album-concept tellement on peut y lire un voyage entier.

Je vous raconte tout ça parce qu'ici on est dans la partie fan-club du site, un endroit où je me propose de discuter avec vous de ma musique, mes paroles et tout ce qui tourne autour. J'en viens là parce que je me suis apperçu qu'en interview je parlais toujours d'autre chose, tellement aussi la presse a du mal à parler de musique qu'elle te branche surtout sur les racontard des autres journalistes...
Ce nouveau site est encore en construction mais d'ici quelques jours vous aurez déjà tous les textes de RENTRER AU PORT avec les dessins du livret en ligne ici, pour alimenter vos commentaires qui je l'espere deviendront conversations.

Mano..

SACEM : Hommage à Mano Solo, disparu le 10 janvier 2010

©MC©MC C’est avec une profonde émotion que nous avons appris la disparition de Mano Solo, dont la carrière et le caractère, aussi entiers qu’intègres, forçaient le respect, et donnaient à son œuvre cette différence, cette singularité qu’induisait dès le départ son nom d’artiste : il savait être personnel à travers un discours universel, unique en même temps que « collectif » (cf. ses fameux Chihuahuas des débuts), poétique en même temps que populaire. Emblématique de son époque sans jamais être à la mode, « noblesse du calendrier » comme eût dit Léo Ferré.

*

Pour tous ceux qui l’avaient entendu, vu, approché au moins une fois, Mano était d’abord un regard qui vous transperçait de sa gravité, une voix qui vous écorchait, un cri qui vous réveillait et vous remuait jusqu’aux tripes, vous mettait à la fois à nu et à l’aise, comme on retrouverait une vieille connaissance, on reprendrait une conversation de toujours, nocturne de préférence. Comme on écrirait la suite de l’histoire, tant il n’est de chants que vécus. Un homme sans masque dans un métier qui consiste à en porter souvent, en perpétuel bras de fer avec la société, la famille, les institutions, la mort, et pourtant bien plus solidaire que solitaire, qui vous ramenait toujours à l’essentiel, vous renvoyait à votre part d’humanité et rompait d’un regard ou d’un mot avec tous les codes de nos professions, faisant par exemple de chaque interview une rencontre et de chaque concert une fête, non feinte.

MC
©MC

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Un homme de conviction qui savait défendre ses droits de créateur face aux dangers contemporains du piratage, sans pour autant faillir à ses engagements politiques, affronter ses démons sans jamais les exploiter, se remettre en cause à chaque enregistrement –jamais plus beaux qu’en public, comme on dirait en famille- au risque de se tromper, jamais de se trahir. En quelque 20 ans de carrière, brillant encore de ses trois disques d’or, ses Olympias, Francofolies et autres retours au Tourtour, il fut l’un des artistes les plus vivants –littéralement « live »- de la scène française, interprétant chaque chanson comme si c’était la dernière, interpelant chaque spectateur comme on s’adresserait à un frère, pour lui dire le prix du temps et la force des sentiments. L’urgence absolue de vivre sa vie, toutes ses vies, de saisir jours et nuits à pleines dents, ici et maintenant.

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©MC
Homme d’image autant que de chansons, toujours en quête d’expériences nouvelles à bord de sa « Marmaille nue », il n’avait peur ni des mots ni des musiques, qu’il mélangeait, confrontait, passant du rock alternatif au punk et au musette, de l’Afrique à l’Amérique, avec la même flamme, vivant son art en résistant. Si écrire est par définition une lutte contre le temps, un rêve d’éternité, c’était chez lui un défi, un pari permanent contre son ennemi intérieur. Contre toute apparence, il n’est pas sûr qu’il l’ait perdu, et l’on réécoutera avec passion –la même qu’il mit à l’écrire et l’enregistrer- son dernier album tout chaud, brûlant, « Rentrer au port », en sachant que ce n’est pas parce que le navire a disparu à l’horizon qu’il n’existe plus. Mano est juste en route pour une aventure plus large, une histoire à sa dimension, et les dictionnaires de chanson peuvent écrire à la place qui lui revient : artiste complet, authentique et inspiré dont les doutes nous parlaient autant que les certitudes et dont les chansons nous raccompagnaient longtemps, longtemps après que ses spectacle se soient tus. Auquel nous ne saurons jamais penser qu’au présent, et au superlatif.

Claude Lemesle
Président du Conseil d'administration

Bernard Miyet
Président du Directoire

Les Enfants d'Solo chantent Mano le 1 décembre

Rubriques: 

Les Enfants d'Solo c'est le regroupement sur scène de nombreux artistes de la chanson française afin de nous faire revivre, le temps d'une soirée, l'oeuvre de Mano Solo.

Depuis sa disparition en janvier 2010, rares ont été les hommages faits au chanteur à la voix si charismatique.

Alors, comme une pensée pour le grand artiste qu'il était, la jolie famille de la chanson française se mobilise sur la scène du Cabaret Sauvage pour nous offrir un concert exceptionnel autour des titres phares de Mano Solo

Se réuniront pour l’événement, Karpatt, les Ogres de Barback, Thomas Pitiot, Yannick KerzanetSoan, Fanch, Monsieur Melon, mais aussi Le Pied de la Pompe, les filles de Face à la Mer, quelques unes des étoiles montantes de la chanson française telles que Les Yeux d'la Tête, Maltosch, PPFC, Pierrot Panse, Nicolas Joseph ou encore Bob et Hercule. Le public y découvrira également des artistes amateurs tels que Réba, Les Pieds du Mur, Valentin and the Free Cool Cats etc..

De nombreux invités seront également attendus... Et parce que l'oeuvre de Mano Solo ne s'étendait pas qu'au domaine de la chanson, une dizaine de comédiens interpréteront des poèmes et des écrits de l'artiste tout au long de la soirée

- Horaire : 19h30 - Tarifs: 25 euros sur place / 22 euros en prevente - Location : Fnac - Digitick & points de vente habituels

 

ps: à cette occasion, un stand sera à disposition pour des ventes de tee shirts, affiches etc... au profit de Fazasoma.

MAILING LIST MANO SOLO

Je n'ai aucune régularité dans mes courriers, cette liste est comme moi, elle vit au jour le jour et y'a des jours ou on a rien à dire :)
Mais je m'en sert souvent, rassurez vous! Et inscrivez-vous!


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MELL M'INVITE ce soir mercredi 7 octobre

PARLONS DU DIABLE INTERNET

Il est évident que le débat autour d'internet et de la musique s'invite dans la plupart des commentaires, alors plutôt que de se disperser et de polluer d'autres sujets pas moins interressants, c'est ici que je vous invite à en parler!
Le telechargement, la production musicale, le travail des labels et majors, les droits d'auteurs, la scene, etc... Je suis bien placé pour en parler, vous informer de ce que vis un artiste au milieu de tout ça. Je ne détiens pas de vérité politique, mais simplement une vingtaine d'années d'éxperience qui font que je peux au moins parler d'un vecu, et non fabuler à répéter ce que l'on peut lire sur le net...
J'ai l'habitude de ce dialogue. Vous allez vous vexer parce que je vais vous generaliser alors que vous pensez avoir une attitude propre à vous dans tout ça. Sauf que moi depuis des années de dialogue sur le net, je lis quasiemment partout et tous les jours les mêmes choses. Alors ne vous vexez pas si je répond a tout le monde quand je m'en prend à vous, je suis tout seul, moi, et vous êtes des milliers.

REVUE DE PRESSE

La presse c'est comme tout, ça sert à rien de généraliser, le mieux c'est de la lire, la critiquer, la surveiller, et veiller à pouvoir de temps en temps rétablir des vérités.

Je suis fils de journalistes, ce qui fait que j'ai plutôt une bonne opinions de la presse en général, mais la presse qui parle de musique, celle que je dois dire je subit plus qu'autre chose, y'a souvent de quoi rigoler.
Rigoler à force d'être atterré, rigoler à force de découragement, de lassitude devant ce spectacle d'incompétence, d'inculture, et de jemenfoutisme professionnel.
On m'a taillé un costard de type qui crache du sida depuis 20 ans,sans se lasser, sans se poser la question de si même c'était possible.
Ce qui m étonne le plus en fait c'est que mon public ne se sente pas insulté à travers ça. Quel public aurait envie de subir ça, à part un public de masos? Vous écouteriez donc un type hurlant à la mort depuis des années sans vous lasser, en y prenant même plaisir? Vous êtes donc de sordides voyeurs, ou pires des sadiques qui attendent la fin? Ou êtes vous tous des déprimés se shootant de mes chansons pour supporter l'attente de mourir?
En fait tant qu'on me colle le sida à la peau, bin on vous le colle aussi, vous qui m'appréciez...
Mais il n'y a heureusement pas que ça, il y a aussi des bons journalistes qui ne recopient pas leur voisin, ils sont plus rares, j'espère en coller autant que des mauvais ici, mais ce sont eux qui décideront en fait...

Mano..

20 MINUTES

20 MINUTES - 28/09/09
Mano en avait marre d'évoluer en Solo
Vaille que vaille, Mano Solo trace son sillon. Son nouvel album, Rentrer au port, ne décevra pas les adeptes de sa poésie urbaine. « J'ai commencé ce disque à reculons parce que je vivais la fin d'une histoire d'amour, raconte le chanteur. J'étais triste, mais je n'avais plus envie d'histoires tristes. J'en avais marre de ce personnage de Mano Solo. » Voilà pourquoi il travaille avec le même groupe de trois musiciens depuis deux albums. « On s'éclate parce qu'une vraie symbiose est née entre nous. » Et ça s'entend. Moins de pathos, plus de musique. Mano Solo, toujours, mais en mieux. « Je crois que je fais des progrès... Mes chansons sont moins adolescentes. Ça m'a plu à une époque ce côté Céline, avec que des phrases qui donnent envie de se flinguer. Maintenant, je laisse plus de place à la musicalité. » Bien sûr, Mano Solo raconte encore des histoires d'amour qui ne coulent pas de source, mais il dit aussi la joie, nichée même au creux du désespoir. « Ma vie a changé, je suis souvent heureux. J'ai bientôt 50 ans, c'est mortel ! J'aurai jamais pensé arriver jusque-là. » W

ADDICTIF-ZINE.COM

Mano Solo

Au moment où paraît son nouvel album Rentrer Au Port, rencontre avec un des derniers francs-tireurs de la chanson française. Mano Solo l’écorché vif, entier, sensible, exigeant, et qu’on découvre tout simplement humain et heureux. Rendez-vous au Théâtre équestre Zingaro, sous le soleil d’Aubervilliers.
Quel bilan tires-tu de l’autoproduction de In the Garden, ton précédent album ?
Mano Solo : Le bilan que j’en avais prévu, à savoir que la viabilité d’une autoproduction est un leurre… Au stade où j’en suis, après quatre ou cinq disques d’or, l’autoproduction c’est continuer à travailler dans les mêmes conditions qu’avant. C’est-à-dire en enregistrant dans un studio de qualité, avec des musiciens professionnels, un vrai budget de promotion, et en étant visible dans tous les magasins. Et j’ai donc prouvé que c’était voué à l’échec, puisque j’ai juste pu rembourser les 130000 euros que la banque m’avait prêtés en échange de l’hypothèque de ma baraque… Donc, quand on me sort que les majors sont des enculés, si c’est pour filer de la thune aux banquiers, qui sont eux de notoriété publique de vrais enculés, je ne vois pas l’intérêt… Ce que j’ai voulu démontrer, et que personne n’a voulu relayer dans la presse, c’est que le MP3 est l’outil du libéralisme. C’est grâce au MP3 que Virgin ou Warner mettent 30 ou 40 % de leur personnel au chômage. Et c’est totalement faux et démago de dire qu’internet propose un autre modèle de production que les maisons de disques… c’est ça le débat que je voulais lancer : ok on se débarrasse des majors, mais on fait quoi à la place ? Et vous le public, êtes-vous prêts à nous suivre ? Je suis passé de 150000 à 30000 ventes, c’est bien la preuve que le public n’était pas prêt à me suivre… On s’acharne sur les majors, mais en fait le problème est que les gens ne veulent plus payer et que n’importe quelle excuse sera bonne pour télécharger sans payer !

J’ai d’ailleurs lu que tu considérais les gens qui téléchargent illégalement comme des petits patrons exploiteurs qui profitent du travail des autres sans les rémunérer ?
Effectivement, pour moi ce sont de petits patrons libéraux… au même titre que le public qui, sous prétexte d’avoir acheté son ticket, se permet de te dire comment tu aurais dû être pendant ton concert, que tu n’aurais pas dû dire ça, qu’ils ne sont pas venus pour que tu leur parles de Sarkozy, etc… Quand j’étais gamin j’allais piquer des disques à la Fnac, mais au moins on avait des couilles, on se déplaçait, on prenait des risques… De toute façon, ce n’est pas le gamin qui télécharge ou qui pique des disques qui me dérange. Je m’adresse aux gens qui travaillent, qu’ils comprennent que personne ne travaille tout seul, surtout pas les artistes, et que tout travail mérite salaire. Moi je suis socialiste, et télécharger ce n’est pas l’accès à la culture, ni lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Au contraire, c’est mettre des prolos au chômage, toujours au profit des mêmes enculés. Donc c’est ambigu, je me retrouve à défendre des gens (les majors) que je méprise. Le problème, c’est que pour l’instant il n’existe pas d’autres moyens de production professionnelle. Et surtout pas Internet, tout ça c’est de la démagogie et de la désinformation !

Rentrer Au Port est le deuxième album que tu fais en petite formation (Daniel Jamet à la guitare, Régis Gizavo à l’accordéon et Fabrice Gratien au piano). Est-ce la formule idéale pour toi ?
Ça fait quatre ans qu’on joue ensemble et on a acquis une aisance formidable, c’est devenu aussi simple que de discuter… C’est le premier groupe que j’ai, où chacun apporte son truc, sans compter ni réfléchir. La musique naît sur place quand on joue ensemble chez moi. À tel point que deux tiers des paroles sont arrivées en même temps que la musique. Ce groupe c’est le plus beau jouet que j’ai jamais eu… Mais je ne pense pas que ça ait un grand intérêt pour le public de faire un troisième album comme ça. Donc, en ce moment je leur prends la tête pour qu’on évolue… je ne sais pas encore comment… Je veux garder ce noyau parce que ce sont mes potes, mais en intégrant quelqu’un d’autre. En fait, j’aimerais trouver un DJ qui me révolutionne tout et repartir sur un nouveau répertoire à explorer.

En 1995, à l’arrivée de Chirac au pouvoir, tu as fait un album punk-rock avec Les Frères Misère, ne penses-tu pas qu’avec Sarkozy comme président il est temps d’en refaire un autre ?
En fait, ça fait un an qu’on bosse dessus avec Daniel Jamet, en faisant des maquettes. Pour l’instant, on a un peu mis ça en stand-by, mais on a déjà un petit répertoire qu’on a commencé à répéter avec Hervé le bassiste de Karpatt, David le batteur de Maximum Kouette et Benamor qui jouait de la guitare avec Luke. Ce sera un peu plus pop que l’album des Frères Misère.

Quels étaient tes disques de chevet quand tu étais punk ?
J’adorais les disques de Génération X, le premier groupe de Billy Idol… Tous les trucs avec des chœurs un peu “teenage”, les Buzzcocks, 999, Stiff Little Fingers et puis The Ruts et Ultravox.

Peux-tu nous expliquer le titre du nouvel album Rentrer Au Port ?
Cet album, c’est un voyage entre deux états d’âme. Quand j’ai commencé à l’écrire, j’étais complètement détruit par une séparation… Peut être la plus belle déprime de ma vie… Finalement, quand j’ai réussi à relever la tête, que j’ai fait le choix de sortir de cette déprime, j’ai fait ce que j’ai toujours fait : mettre des mots sur ce qui m’arrivait, en faire des chansons pour évacuer la douleur, les jouer avec mes potes, pour que du coup ça devienne autre chose : un objet qui ne m’appartient plus. Rentrer Au Port, c’est un voyage sentimental qui part d’une désespérance totale et qui arrive à une nouvelle rencontre, une nouvelle histoire : la vie redémarre ! Je suis parti d’un grand malheur et en ce moment je suis extrêmement heureux… C’est pour ça aussi que j’aime cet album, ce ne sont que des extrêmes, c’est une bonne caricature de ma gueule… En fait tous mes albums sont des voyages sentimentaux, toutes mes chansons ne me viennent que de mon rapport aux femmes. J’aime aussi cet album parce que je me sens plus libre que sur tous les autres et qu’en sortant de ce voyage là, je me sens beaucoup mieux.

Chacun de tes albums semble être un nouveau combat, contre qui ?
Contre l’adversité avec les femmes, toujours. Chaque fois que je parle d’autre chose c’est parce que j’en ai marre, alors je déplace les sentiments, je fais un rideau de fumée… Quand j’ai fait Au Creux de Ton Bras, ça faisait longtemps que je ne prenais plus de came, je m’en foutais. C’était parce que j’en avais marre de dire à une femme que je l’aimais… C’était pour lui dire que j’étais en manque d’elle… Je ne sais écrire que sur ce qui me détruit, ce qui me fout la haine, je ne suis qu’un mec en réaction, pas un poète.

L’amour est-il toujours déçu ou malheureux ?
Non, pas nécessairement… La preuve en est qu’en ce moment je suis heureux et que ça m’est arrivé plein d’autre fois dans ma vie. Je ne suis pas fataliste, mais le problème c’est que l’amour n’est pas éternel, il est fragile… Tout dépend de toi, de ce que tu en fais… En vieillissant tu comprends qu’au lieu de reprocher des choses aux autres, tu devrais arrêter de répéter toujours les mêmes schémas et de te prendre la tête avec des choses inutiles…

Es-tu un homme en colère ?
Oui, et c’est ce que je dis depuis le début, je ne fais rien d’autre qu’être en colère.

Pourquoi ?
C’est ce qui me sauve la vie, car je ne peux pas concevoir ce qui peut me détruire tellement je suis prétentieux. C’est ça ma philosophie de la vie, tout ce qui m’énerve, qui me rend jaloux, je le transforme avec mes petits moyens pour en faire quelque chose d’autre. Mais je suis un jaloux positif, si je vois un dessin que je trouve beau, ça me fout en rogne et ça me pousse à essayer de faire mieux !

A l’heure des chanteurs consensuels et politiquement corrects (comme Bénabar, M et consorts), toi, tu as plutôt l’air exigeant avec ton public, pourquoi ?
Parce que pour moi “le public” ça n’existe pas, c’est un concept. Je m’adresse à des gens, des individualités qui m’écoutent… ou pas d’ailleurs. Le public c’est chaque personne qui décidera qu’il se sent concerné par ce que je fais. C’est leur choix de venir me voir en concert ou d’acheter mes disques, je n’ai pas de contrat avec eux, et je ne les considère pas comme des clients. Après, le respect ce n’est qu’un truc de façade… Quand je lis sur internet que je suis un sale con caractériel, il faudrait que je sois gentil avec ces gens-là ?

D’ailleurs tu n’hésites pas à virer des gens du forum de ton site internet ?
Oui, parce que pour moi c’est comme si je les avais invités chez moi et qu’ils venaient me faire chier… Et après je passe pour un facho, c’est délirant ! Je serais censé être un curé, tendre la joue gauche sous prétexte qu’ils ont acheté mes disques ? Internet est sûrement le média le plus populiste.

Qu’est-ce qu’un artiste pour toi ?
C’est celui qui se lève le matin avec une obsession et qui toute la journée va lui donner corps, quelque soit son moyen d’expression… Pour moi, l’artiste c’est quelqu’un qui sait qu’il doit répondre à une question, mais qui ne la connaît pas … Alors il cherche les réponses qui vont l’amener à cette question. Ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qu’on a en soi, une façon d’exister, de réagir, de respirer… c’est une névrose, un caractère particulier.

Et le rôle social de l’artiste ?
C’est de faire avancer la conscience humaine pour tous ceux qui n’en ont pas le temps. C’est transformer la société en proposant un exemple de beauté qui, quand il aura fait son chemin dans la tête des gens, sera décliné dans toute la société. L’art, c’est comme un nouveau monde qui s’ouvre à chaque tableau. C’est pour ça qu’on en a besoin… Sans les artistes, la vie deviendrait de plus en plus moche et terne. L’artiste nourrit la civilisation, il la représente, il réfléchit…c’est le seul qui a le temps de le faire, il est payé pour ça.

Quels sont les artistes qui t’ont donné envie d’écrire et de faire des chansons ?
Gamin, j’adorais les albums BBH 75 et Irradié d’Higelin, et je connaissais Charles Trenet par cœur, c’était ça, ma chanson française. Plus tard, j’ai flashé sur Blaise Cendrars, c’est lui qui m’a donné envie d’écrire des textes. Puis, j’ai découvert Eric Lareine par hasard à Toulouse et j’ai pris une énorme tarte ! Ses textes étaient super bien, il hurlait, il chantait et il bougeait comme il était, sans se prendre la tête, ça m’a épaté… En rentrant chez moi, je me suis dit qu’il avait raison et je me suis mis à bosser mes textes pour en faire des chansons. C’est vraiment le seul français qui m’a influencé.

Quelle est ta définition du bonheur ?
C’est peut être d’arrêter de réfléchir cinq minutes, d’arrêter d’avancer… Faire une pause avant de repartir au combat. C’est de savoir que quand tu pars, tu vas revenir et qu’il y aura quelqu’un que tu seras content de retrouver. C’est Rentrer Au Port. C’est aussi faire les choses qu’on aime, avec les gens qu’on aime et pour les gens qu’on aime… Donc moi, je suis plutôt heureux.

Donc à l’inverse de l’image que les médias donnent souvent de toi ?
Oui, et c’est ce qui m’énerve. Je ne suis pas quelqu’un de désespéré. Au contraire, j’ai tellement de chance et de raisons de ne pas me plaindre que ce serait un luxe inouï d’être déprimé. Mais je vis dans cette ambiguïté depuis le début car le message que j’envoie n’est pas très clair ; je brouille trop les pistes. Et les gens prennent mes chansons au premier degré. Mais ce n’est pas ma responsabilité. En fait, je fais des chansons sur ce qui vient contrarier mon bonheur, pour me débarrasser du problème, un peu comme une psychanalyse… Et ça me réussit. C’est ma façon de me battre contre l’adversité, en en faisant quelque chose de beau… et c’est tout ce que je sais faire.

Interview par Stef Chanmar
Mano Solo

Au moment où paraît son nouvel album Rentrer Au Port, rencontre avec un des derniers francs-tireurs de la chanson française. Mano Solo l’écorché vif, entier, sensible, exigeant, et qu’on découvre tout simplement humain et heureux. Rendez-vous au Théâtre équestre Zingaro, sous le soleil d’Aubervilliers.
Quel bilan tires-tu de l’autoproduction de In the Garden, ton précédent album ?
Mano Solo : Le bilan que j’en avais prévu, à savoir que la viabilité d’une autoproduction est un leurre… Au stade où j’en suis, après quatre ou cinq disques d’or, l’autoproduction c’est continuer à travailler dans les mêmes conditions qu’avant. C’est-à-dire en enregistrant dans un studio de qualité, avec des musiciens professionnels, un vrai budget de promotion, et en étant visible dans tous les magasins. Et j’ai donc prouvé que c’était voué à l’échec, puisque j’ai juste pu rembourser les 130000 euros que la banque m’avait prêtés en échange de l’hypothèque de ma baraque… Donc, quand on me sort que les majors sont des enculés, si c’est pour filer de la thune aux banquiers, qui sont eux de notoriété publique de vrais enculés, je ne vois pas l’intérêt… Ce que j’ai voulu démontrer, et que personne n’a voulu relayer dans la presse, c’est que le MP3 est l’outil du libéralisme. C’est grâce au MP3 que Virgin ou Warner mettent 30 ou 40 % de leur personnel au chômage. Et c’est totalement faux et démago de dire qu’internet propose un autre modèle de production que les maisons de disques… c’est ça le débat que je voulais lancer : ok on se débarrasse des majors, mais on fait quoi à la place ? Et vous le public, êtes-vous prêts à nous suivre ? Je suis passé de 150000 à 30000 ventes, c’est bien la preuve que le public n’était pas prêt à me suivre… On s’acharne sur les majors, mais en fait le problème est que les gens ne veulent plus payer et que n’importe quelle excuse sera bonne pour télécharger sans payer !

J’ai d’ailleurs lu que tu considérais les gens qui téléchargent illégalement comme des petits patrons exploiteurs qui profitent du travail des autres sans les rémunérer ?
Effectivement, pour moi ce sont de petits patrons libéraux… au même titre que le public qui, sous prétexte d’avoir acheté son ticket, se permet de te dire comment tu aurais dû être pendant ton concert, que tu n’aurais pas dû dire ça, qu’ils ne sont pas venus pour que tu leur parles de Sarkozy, etc… Quand j’étais gamin j’allais piquer des disques à la Fnac, mais au moins on avait des couilles, on se déplaçait, on prenait des risques… De toute façon, ce n’est pas le gamin qui télécharge ou qui pique des disques qui me dérange. Je m’adresse aux gens qui travaillent, qu’ils comprennent que personne ne travaille tout seul, surtout pas les artistes, et que tout travail mérite salaire. Moi je suis socialiste, et télécharger ce n’est pas l’accès à la culture, ni lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Au contraire, c’est mettre des prolos au chômage, toujours au profit des mêmes enculés. Donc c’est ambigu, je me retrouve à défendre des gens (les majors) que je méprise. Le problème, c’est que pour l’instant il n’existe pas d’autres moyens de production professionnelle. Et surtout pas Internet, tout ça c’est de la démagogie et de la désinformation !

Rentrer Au Port est le deuxième album que tu fais en petite formation (Daniel Jamet à la guitare, Régis Gizavo à l’accordéon et Fabrice Gratien au piano). Est-ce la formule idéale pour toi ?
Ça fait quatre ans qu’on joue ensemble et on a acquis une aisance formidable, c’est devenu aussi simple que de discuter… C’est le premier groupe que j’ai, où chacun apporte son truc, sans compter ni réfléchir. La musique naît sur place quand on joue ensemble chez moi. À tel point que deux tiers des paroles sont arrivées en même temps que la musique. Ce groupe c’est le plus beau jouet que j’ai jamais eu… Mais je ne pense pas que ça ait un grand intérêt pour le public de faire un troisième album comme ça. Donc, en ce moment je leur prends la tête pour qu’on évolue… je ne sais pas encore comment… Je veux garder ce noyau parce que ce sont mes potes, mais en intégrant quelqu’un d’autre. En fait, j’aimerais trouver un DJ qui me révolutionne tout et repartir sur un nouveau répertoire à explorer.

En 1995, à l’arrivée de Chirac au pouvoir, tu as fait un album punk-rock avec Les Frères Misère, ne penses-tu pas qu’avec Sarkozy comme président il est temps d’en refaire un autre ?
En fait, ça fait un an qu’on bosse dessus avec Daniel Jamet, en faisant des maquettes. Pour l’instant, on a un peu mis ça en stand-by, mais on a déjà un petit répertoire qu’on a commencé à répéter avec Hervé le bassiste de Karpatt, David le batteur de Maximum Kouette et Benamor qui jouait de la guitare avec Luke. Ce sera un peu plus pop que l’album des Frères Misère.

Quels étaient tes disques de chevet quand tu étais punk ?
J’adorais les disques de Génération X, le premier groupe de Billy Idol… Tous les trucs avec des chœurs un peu “teenage”, les Buzzcocks, 999, Stiff Little Fingers et puis The Ruts et Ultravox.

Peux-tu nous expliquer le titre du nouvel album Rentrer Au Port ?
Cet album, c’est un voyage entre deux états d’âme. Quand j’ai commencé à l’écrire, j’étais complètement détruit par une séparation… Peut être la plus belle déprime de ma vie… Finalement, quand j’ai réussi à relever la tête, que j’ai fait le choix de sortir de cette déprime, j’ai fait ce que j’ai toujours fait : mettre des mots sur ce qui m’arrivait, en faire des chansons pour évacuer la douleur, les jouer avec mes potes, pour que du coup ça devienne autre chose : un objet qui ne m’appartient plus. Rentrer Au Port, c’est un voyage sentimental qui part d’une désespérance totale et qui arrive à une nouvelle rencontre, une nouvelle histoire : la vie redémarre ! Je suis parti d’un grand malheur et en ce moment je suis extrêmement heureux… C’est pour ça aussi que j’aime cet album, ce ne sont que des extrêmes, c’est une bonne caricature de ma gueule… En fait tous mes albums sont des voyages sentimentaux, toutes mes chansons ne me viennent que de mon rapport aux femmes. J’aime aussi cet album parce que je me sens plus libre que sur tous les autres et qu’en sortant de ce voyage là, je me sens beaucoup mieux.

Chacun de tes albums semble être un nouveau combat, contre qui ?
Contre l’adversité avec les femmes, toujours. Chaque fois que je parle d’autre chose c’est parce que j’en ai marre, alors je déplace les sentiments, je fais un rideau de fumée… Quand j’ai fait Au Creux de Ton Bras, ça faisait longtemps que je ne prenais plus de came, je m’en foutais. C’était parce que j’en avais marre de dire à une femme que je l’aimais… C’était pour lui dire que j’étais en manque d’elle… Je ne sais écrire que sur ce qui me détruit, ce qui me fout la haine, je ne suis qu’un mec en réaction, pas un poète.

L’amour est-il toujours déçu ou malheureux ?
Non, pas nécessairement… La preuve en est qu’en ce moment je suis heureux et que ça m’est arrivé plein d’autre fois dans ma vie. Je ne suis pas fataliste, mais le problème c’est que l’amour n’est pas éternel, il est fragile… Tout dépend de toi, de ce que tu en fais… En vieillissant tu comprends qu’au lieu de reprocher des choses aux autres, tu devrais arrêter de répéter toujours les mêmes schémas et de te prendre la tête avec des choses inutiles…

Es-tu un homme en colère ?
Oui, et c’est ce que je dis depuis le début, je ne fais rien d’autre qu’être en colère.

Pourquoi ?
C’est ce qui me sauve la vie, car je ne peux pas concevoir ce qui peut me détruire tellement je suis prétentieux. C’est ça ma philosophie de la vie, tout ce qui m’énerve, qui me rend jaloux, je le transforme avec mes petits moyens pour en faire quelque chose d’autre. Mais je suis un jaloux positif, si je vois un dessin que je trouve beau, ça me fout en rogne et ça me pousse à essayer de faire mieux !

A l’heure des chanteurs consensuels et politiquement corrects (comme Bénabar, M et consorts), toi, tu as plutôt l’air exigeant avec ton public, pourquoi ?
Parce que pour moi “le public” ça n’existe pas, c’est un concept. Je m’adresse à des gens, des individualités qui m’écoutent… ou pas d’ailleurs. Le public c’est chaque personne qui décidera qu’il se sent concerné par ce que je fais. C’est leur choix de venir me voir en concert ou d’acheter mes disques, je n’ai pas de contrat avec eux, et je ne les considère pas comme des clients. Après, le respect ce n’est qu’un truc de façade… Quand je lis sur internet que je suis un sale con caractériel, il faudrait que je sois gentil avec ces gens-là ?

D’ailleurs tu n’hésites pas à virer des gens du forum de ton site internet ?
Oui, parce que pour moi c’est comme si je les avais invités chez moi et qu’ils venaient me faire chier… Et après je passe pour un facho, c’est délirant ! Je serais censé être un curé, tendre la joue gauche sous prétexte qu’ils ont acheté mes disques ? Internet est sûrement le média le plus populiste.

Qu’est-ce qu’un artiste pour toi ?
C’est celui qui se lève le matin avec une obsession et qui toute la journée va lui donner corps, quelque soit son moyen d’expression… Pour moi, l’artiste c’est quelqu’un qui sait qu’il doit répondre à une question, mais qui ne la connaît pas … Alors il cherche les réponses qui vont l’amener à cette question. Ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qu’on a en soi, une façon d’exister, de réagir, de respirer… c’est une névrose, un caractère particulier.

Et le rôle social de l’artiste ?
C’est de faire avancer la conscience humaine pour tous ceux qui n’en ont pas le temps. C’est transformer la société en proposant un exemple de beauté qui, quand il aura fait son chemin dans la tête des gens, sera décliné dans toute la société. L’art, c’est comme un nouveau monde qui s’ouvre à chaque tableau. C’est pour ça qu’on en a besoin… Sans les artistes, la vie deviendrait de plus en plus moche et terne. L’artiste nourrit la civilisation, il la représente, il réfléchit…c’est le seul qui a le temps de le faire, il est payé pour ça.

Quels sont les artistes qui t’ont donné envie d’écrire et de faire des chansons ?
Gamin, j’adorais les albums BBH 75 et Irradié d’Higelin, et je connaissais Charles Trenet par cœur, c’était ça, ma chanson française. Plus tard, j’ai flashé sur Blaise Cendrars, c’est lui qui m’a donné envie d’écrire des textes. Puis, j’ai découvert Eric Lareine par hasard à Toulouse et j’ai pris une énorme tarte ! Ses textes étaient super bien, il hurlait, il chantait et il bougeait comme il était, sans se prendre la tête, ça m’a épaté… En rentrant chez moi, je me suis dit qu’il avait raison et je me suis mis à bosser mes textes pour en faire des chansons. C’est vraiment le seul français qui m’a influencé.

Quelle est ta définition du bonheur ?
C’est peut être d’arrêter de réfléchir cinq minutes, d’arrêter d’avancer… Faire une pause avant de repartir au combat. C’est de savoir que quand tu pars, tu vas revenir et qu’il y aura quelqu’un que tu seras content de retrouver. C’est Rentrer Au Port. C’est aussi faire les choses qu’on aime, avec les gens qu’on aime et pour les gens qu’on aime… Donc moi, je suis plutôt heureux.

Donc à l’inverse de l’image que les médias donnent souvent de toi ?
Oui, et c’est ce qui m’énerve. Je ne suis pas quelqu’un de désespéré. Au contraire, j’ai tellement de chance et de raisons de ne pas me plaindre que ce serait un luxe inouï d’être déprimé. Mais je vis dans cette ambiguïté depuis le début car le message que j’envoie n’est pas très clair ; je brouille trop les pistes. Et les gens prennent mes chansons au premier degré. Mais ce n’est pas ma responsabilité. En fait, je fais des chansons sur ce qui vient contrarier mon bonheur, pour me débarrasser du problème, un peu comme une psychanalyse… Et ça me réussit. C’est ma façon de me battre contre l’adversité, en en faisant quelque chose de beau… et c’est tout ce que je sais faire.

Interview par Stef Chanmar
Mano Solo

Au moment où paraît son nouvel album Rentrer Au Port, rencontre avec un des derniers francs-tireurs de la chanson française. Mano Solo l’écorché vif, entier, sensible, exigeant, et qu’on découvre tout simplement humain et heureux. Rendez-vous au Théâtre équestre Zingaro, sous le soleil d’Aubervilliers.
Quel bilan tires-tu de l’autoproduction de In the Garden, ton précédent album ?
Mano Solo : Le bilan que j’en avais prévu, à savoir que la viabilité d’une autoproduction est un leurre… Au stade où j’en suis, après quatre ou cinq disques d’or, l’autoproduction c’est continuer à travailler dans les mêmes conditions qu’avant. C’est-à-dire en enregistrant dans un studio de qualité, avec des musiciens professionnels, un vrai budget de promotion, et en étant visible dans tous les magasins. Et j’ai donc prouvé que c’était voué à l’échec, puisque j’ai juste pu rembourser les 130000 euros que la banque m’avait prêtés en échange de l’hypothèque de ma baraque… Donc, quand on me sort que les majors sont des enculés, si c’est pour filer de la thune aux banquiers, qui sont eux de notoriété publique de vrais enculés, je ne vois pas l’intérêt… Ce que j’ai voulu démontrer, et que personne n’a voulu relayer dans la presse, c’est que le MP3 est l’outil du libéralisme. C’est grâce au MP3 que Virgin ou Warner mettent 30 ou 40 % de leur personnel au chômage. Et c’est totalement faux et démago de dire qu’internet propose un autre modèle de production que les maisons de disques… c’est ça le débat que je voulais lancer : ok on se débarrasse des majors, mais on fait quoi à la place ? Et vous le public, êtes-vous prêts à nous suivre ? Je suis passé de 150000 à 30000 ventes, c’est bien la preuve que le public n’était pas prêt à me suivre… On s’acharne sur les majors, mais en fait le problème est que les gens ne veulent plus payer et que n’importe quelle excuse sera bonne pour télécharger sans payer !

J’ai d’ailleurs lu que tu considérais les gens qui téléchargent illégalement comme des petits patrons exploiteurs qui profitent du travail des autres sans les rémunérer ?
Effectivement, pour moi ce sont de petits patrons libéraux… au même titre que le public qui, sous prétexte d’avoir acheté son ticket, se permet de te dire comment tu aurais dû être pendant ton concert, que tu n’aurais pas dû dire ça, qu’ils ne sont pas venus pour que tu leur parles de Sarkozy, etc… Quand j’étais gamin j’allais piquer des disques à la Fnac, mais au moins on avait des couilles, on se déplaçait, on prenait des risques… De toute façon, ce n’est pas le gamin qui télécharge ou qui pique des disques qui me dérange. Je m’adresse aux gens qui travaillent, qu’ils comprennent que personne ne travaille tout seul, surtout pas les artistes, et que tout travail mérite salaire. Moi je suis socialiste, et télécharger ce n’est pas l’accès à la culture, ni lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Au contraire, c’est mettre des prolos au chômage, toujours au profit des mêmes enculés. Donc c’est ambigu, je me retrouve à défendre des gens (les majors) que je méprise. Le problème, c’est que pour l’instant il n’existe pas d’autres moyens de production professionnelle. Et surtout pas Internet, tout ça c’est de la démagogie et de la désinformation !

Rentrer Au Port est le deuxième album que tu fais en petite formation (Daniel Jamet à la guitare, Régis Gizavo à l’accordéon et Fabrice Gratien au piano). Est-ce la formule idéale pour toi ?
Ça fait quatre ans qu’on joue ensemble et on a acquis une aisance formidable, c’est devenu aussi simple que de discuter… C’est le premier groupe que j’ai, où chacun apporte son truc, sans compter ni réfléchir. La musique naît sur place quand on joue ensemble chez moi. À tel point que deux tiers des paroles sont arrivées en même temps que la musique. Ce groupe c’est le plus beau jouet que j’ai jamais eu… Mais je ne pense pas que ça ait un grand intérêt pour le public de faire un troisième album comme ça. Donc, en ce moment je leur prends la tête pour qu’on évolue… je ne sais pas encore comment… Je veux garder ce noyau parce que ce sont mes potes, mais en intégrant quelqu’un d’autre. En fait, j’aimerais trouver un DJ qui me révolutionne tout et repartir sur un nouveau répertoire à explorer.

En 1995, à l’arrivée de Chirac au pouvoir, tu as fait un album punk-rock avec Les Frères Misère, ne penses-tu pas qu’avec Sarkozy comme président il est temps d’en refaire un autre ?
En fait, ça fait un an qu’on bosse dessus avec Daniel Jamet, en faisant des maquettes. Pour l’instant, on a un peu mis ça en stand-by, mais on a déjà un petit répertoire qu’on a commencé à répéter avec Hervé le bassiste de Karpatt, David le batteur de Maximum Kouette et Benamor qui jouait de la guitare avec Luke. Ce sera un peu plus pop que l’album des Frères Misère.

Quels étaient tes disques de chevet quand tu étais punk ?
J’adorais les disques de Génération X, le premier groupe de Billy Idol… Tous les trucs avec des chœurs un peu “teenage”, les Buzzcocks, 999, Stiff Little Fingers et puis The Ruts et Ultravox.

Peux-tu nous expliquer le titre du nouvel album Rentrer Au Port ?
Cet album, c’est un voyage entre deux états d’âme. Quand j’ai commencé à l’écrire, j’étais complètement détruit par une séparation… Peut être la plus belle déprime de ma vie… Finalement, quand j’ai réussi à relever la tête, que j’ai fait le choix de sortir de cette déprime, j’ai fait ce que j’ai toujours fait : mettre des mots sur ce qui m’arrivait, en faire des chansons pour évacuer la douleur, les jouer avec mes potes, pour que du coup ça devienne autre chose : un objet qui ne m’appartient plus. Rentrer Au Port, c’est un voyage sentimental qui part d’une désespérance totale et qui arrive à une nouvelle rencontre, une nouvelle histoire : la vie redémarre ! Je suis parti d’un grand malheur et en ce moment je suis extrêmement heureux… C’est pour ça aussi que j’aime cet album, ce ne sont que des extrêmes, c’est une bonne caricature de ma gueule… En fait tous mes albums sont des voyages sentimentaux, toutes mes chansons ne me viennent que de mon rapport aux femmes. J’aime aussi cet album parce que je me sens plus libre que sur tous les autres et qu’en sortant de ce voyage là, je me sens beaucoup mieux.

Chacun de tes albums semble être un nouveau combat, contre qui ?
Contre l’adversité avec les femmes, toujours. Chaque fois que je parle d’autre chose c’est parce que j’en ai marre, alors je déplace les sentiments, je fais un rideau de fumée… Quand j’ai fait Au Creux de Ton Bras, ça faisait longtemps que je ne prenais plus de came, je m’en foutais. C’était parce que j’en avais marre de dire à une femme que je l’aimais… C’était pour lui dire que j’étais en manque d’elle… Je ne sais écrire que sur ce qui me détruit, ce qui me fout la haine, je ne suis qu’un mec en réaction, pas un poète.

L’amour est-il toujours déçu ou malheureux ?
Non, pas nécessairement… La preuve en est qu’en ce moment je suis heureux et que ça m’est arrivé plein d’autre fois dans ma vie. Je ne suis pas fataliste, mais le problème c’est que l’amour n’est pas éternel, il est fragile… Tout dépend de toi, de ce que tu en fais… En vieillissant tu comprends qu’au lieu de reprocher des choses aux autres, tu devrais arrêter de répéter toujours les mêmes schémas et de te prendre la tête avec des choses inutiles…

Es-tu un homme en colère ?
Oui, et c’est ce que je dis depuis le début, je ne fais rien d’autre qu’être en colère.

Pourquoi ?
C’est ce qui me sauve la vie, car je ne peux pas concevoir ce qui peut me détruire tellement je suis prétentieux. C’est ça ma philosophie de la vie, tout ce qui m’énerve, qui me rend jaloux, je le transforme avec mes petits moyens pour en faire quelque chose d’autre. Mais je suis un jaloux positif, si je vois un dessin que je trouve beau, ça me fout en rogne et ça me pousse à essayer de faire mieux !

A l’heure des chanteurs consensuels et politiquement corrects (comme Bénabar, M et consorts), toi, tu as plutôt l’air exigeant avec ton public, pourquoi ?
Parce que pour moi “le public” ça n’existe pas, c’est un concept. Je m’adresse à des gens, des individualités qui m’écoutent… ou pas d’ailleurs. Le public c’est chaque personne qui décidera qu’il se sent concerné par ce que je fais. C’est leur choix de venir me voir en concert ou d’acheter mes disques, je n’ai pas de contrat avec eux, et je ne les considère pas comme des clients. Après, le respect ce n’est qu’un truc de façade… Quand je lis sur internet que je suis un sale con caractériel, il faudrait que je sois gentil avec ces gens-là ?

D’ailleurs tu n’hésites pas à virer des gens du forum de ton site internet ?
Oui, parce que pour moi c’est comme si je les avais invités chez moi et qu’ils venaient me faire chier… Et après je passe pour un facho, c’est délirant ! Je serais censé être un curé, tendre la joue gauche sous prétexte qu’ils ont acheté mes disques ? Internet est sûrement le média le plus populiste.

Qu’est-ce qu’un artiste pour toi ?
C’est celui qui se lève le matin avec une obsession et qui toute la journée va lui donner corps, quelque soit son moyen d’expression… Pour moi, l’artiste c’est quelqu’un qui sait qu’il doit répondre à une question, mais qui ne la connaît pas … Alors il cherche les réponses qui vont l’amener à cette question. Ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qu’on a en soi, une façon d’exister, de réagir, de respirer… c’est une névrose, un caractère particulier.

Et le rôle social de l’artiste ?
C’est de faire avancer la conscience humaine pour tous ceux qui n’en ont pas le temps. C’est transformer la société en proposant un exemple de beauté qui, quand il aura fait son chemin dans la tête des gens, sera décliné dans toute la société. L’art, c’est comme un nouveau monde qui s’ouvre à chaque tableau. C’est pour ça qu’on en a besoin… Sans les artistes, la vie deviendrait de plus en plus moche et terne. L’artiste nourrit la civilisation, il la représente, il réfléchit…c’est le seul qui a le temps de le faire, il est payé pour ça.

Quels sont les artistes qui t’ont donné envie d’écrire et de faire des chansons ?
Gamin, j’adorais les albums BBH 75 et Irradié d’Higelin, et je connaissais Charles Trenet par cœur, c’était ça, ma chanson française. Plus tard, j’ai flashé sur Blaise Cendrars, c’est lui qui m’a donné envie d’écrire des textes. Puis, j’ai découvert Eric Lareine par hasard à Toulouse et j’ai pris une énorme tarte ! Ses textes étaient super bien, il hurlait, il chantait et il bougeait comme il était, sans se prendre la tête, ça m’a épaté… En rentrant chez moi, je me suis dit qu’il avait raison et je me suis mis à bosser mes textes pour en faire des chansons. C’est vraiment le seul français qui m’a influencé.

Quelle est ta définition du bonheur ?
C’est peut être d’arrêter de réfléchir cinq minutes, d’arrêter d’avancer… Faire une pause avant de repartir au combat. C’est de savoir que quand tu pars, tu vas revenir et qu’il y aura quelqu’un que tu seras content de retrouver. C’est Rentrer Au Port. C’est aussi faire les choses qu’on aime, avec les gens qu’on aime et pour les gens qu’on aime… Donc moi, je suis plutôt heureux.

Donc à l’inverse de l’image que les médias donnent souvent de toi ?
Oui, et c’est ce qui m’énerve. Je ne suis pas quelqu’un de désespéré. Au contraire, j’ai tellement de chance et de raisons de ne pas me plaindre que ce serait un luxe inouï d’être déprimé. Mais je vis dans cette ambiguïté depuis le début car le message que j’envoie n’est pas très clair ; je brouille trop les pistes. Et les gens prennent mes chansons au premier degré. Mais ce n’est pas ma responsabilité. En fait, je fais des chansons sur ce qui vient contrarier mon bonheur, pour me débarrasser du problème, un peu comme une psychanalyse… Et ça me réussit. C’est ma façon de me battre contre l’adversité, en en faisant quelque chose de beau… et c’est tout ce que je sais faire.

Interview par Stef Chanmar
Mano Solo

Au moment où paraît son nouvel album Rentrer Au Port, rencontre avec un des derniers francs-tireurs de la chanson française. Mano Solo l’écorché vif, entier, sensible, exigeant, et qu’on découvre tout simplement humain et heureux. Rendez-vous au Théâtre équestre Zingaro, sous le soleil d’Aubervilliers.
Quel bilan tires-tu de l’autoproduction de In the Garden, ton précédent album ?
Mano Solo : Le bilan que j’en avais prévu, à savoir que la viabilité d’une autoproduction est un leurre… Au stade où j’en suis, après quatre ou cinq disques d’or, l’autoproduction c’est continuer à travailler dans les mêmes conditions qu’avant. C’est-à-dire en enregistrant dans un studio de qualité, avec des musiciens professionnels, un vrai budget de promotion, et en étant visible dans tous les magasins. Et j’ai donc prouvé que c’était voué à l’échec, puisque j’ai juste pu rembourser les 130000 euros que la banque m’avait prêtés en échange de l’hypothèque de ma baraque… Donc, quand on me sort que les majors sont des enculés, si c’est pour filer de la thune aux banquiers, qui sont eux de notoriété publique de vrais enculés, je ne vois pas l’intérêt… Ce que j’ai voulu démontrer, et que personne n’a voulu relayer dans la presse, c’est que le MP3 est l’outil du libéralisme. C’est grâce au MP3 que Virgin ou Warner mettent 30 ou 40 % de leur personnel au chômage. Et c’est totalement faux et démago de dire qu’internet propose un autre modèle de production que les maisons de disques… c’est ça le débat que je voulais lancer : ok on se débarrasse des majors, mais on fait quoi à la place ? Et vous le public, êtes-vous prêts à nous suivre ? Je suis passé de 150000 à 30000 ventes, c’est bien la preuve que le public n’était pas prêt à me suivre… On s’acharne sur les majors, mais en fait le problème est que les gens ne veulent plus payer et que n’importe quelle excuse sera bonne pour télécharger sans payer !

J’ai d’ailleurs lu que tu considérais les gens qui téléchargent illégalement comme des petits patrons exploiteurs qui profitent du travail des autres sans les rémunérer ?
Effectivement, pour moi ce sont de petits patrons libéraux… au même titre que le public qui, sous prétexte d’avoir acheté son ticket, se permet de te dire comment tu aurais dû être pendant ton concert, que tu n’aurais pas dû dire ça, qu’ils ne sont pas venus pour que tu leur parles de Sarkozy, etc… Quand j’étais gamin j’allais piquer des disques à la Fnac, mais au moins on avait des couilles, on se déplaçait, on prenait des risques… De toute façon, ce n’est pas le gamin qui télécharge ou qui pique des disques qui me dérange. Je m’adresse aux gens qui travaillent, qu’ils comprennent que personne ne travaille tout seul, surtout pas les artistes, et que tout travail mérite salaire. Moi je suis socialiste, et télécharger ce n’est pas l’accès à la culture, ni lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Au contraire, c’est mettre des prolos au chômage, toujours au profit des mêmes enculés. Donc c’est ambigu, je me retrouve à défendre des gens (les majors) que je méprise. Le problème, c’est que pour l’instant il n’existe pas d’autres moyens de production professionnelle. Et surtout pas Internet, tout ça c’est de la démagogie et de la désinformation !

Rentrer Au Port est le deuxième album que tu fais en petite formation (Daniel Jamet à la guitare, Régis Gizavo à l’accordéon et Fabrice Gratien au piano). Est-ce la formule idéale pour toi ?
Ça fait quatre ans qu’on joue ensemble et on a acquis une aisance formidable, c’est devenu aussi simple que de discuter… C’est le premier groupe que j’ai, où chacun apporte son truc, sans compter ni réfléchir. La musique naît sur place quand on joue ensemble chez moi. À tel point que deux tiers des paroles sont arrivées en même temps que la musique. Ce groupe c’est le plus beau jouet que j’ai jamais eu… Mais je ne pense pas que ça ait un grand intérêt pour le public de faire un troisième album comme ça. Donc, en ce moment je leur prends la tête pour qu’on évolue… je ne sais pas encore comment… Je veux garder ce noyau parce que ce sont mes potes, mais en intégrant quelqu’un d’autre. En fait, j’aimerais trouver un DJ qui me révolutionne tout et repartir sur un nouveau répertoire à explorer.

En 1995, à l’arrivée de Chirac au pouvoir, tu as fait un album punk-rock avec Les Frères Misère, ne penses-tu pas qu’avec Sarkozy comme président il est temps d’en refaire un autre ?
En fait, ça fait un an qu’on bosse dessus avec Daniel Jamet, en faisant des maquettes. Pour l’instant, on a un peu mis ça en stand-by, mais on a déjà un petit répertoire qu’on a commencé à répéter avec Hervé le bassiste de Karpatt, David le batteur de Maximum Kouette et Benamor qui jouait de la guitare avec Luke. Ce sera un peu plus pop que l’album des Frères Misère.

Quels étaient tes disques de chevet quand tu étais punk ?
J’adorais les disques de Génération X, le premier groupe de Billy Idol… Tous les trucs avec des chœurs un peu “teenage”, les Buzzcocks, 999, Stiff Little Fingers et puis The Ruts et Ultravox.

Peux-tu nous expliquer le titre du nouvel album Rentrer Au Port ?
Cet album, c’est un voyage entre deux états d’âme. Quand j’ai commencé à l’écrire, j’étais complètement détruit par une séparation… Peut être la plus belle déprime de ma vie… Finalement, quand j’ai réussi à relever la tête, que j’ai fait le choix de sortir de cette déprime, j’ai fait ce que j’ai toujours fait : mettre des mots sur ce qui m’arrivait, en faire des chansons pour évacuer la douleur, les jouer avec mes potes, pour que du coup ça devienne autre chose : un objet qui ne m’appartient plus. Rentrer Au Port, c’est un voyage sentimental qui part d’une désespérance totale et qui arrive à une nouvelle rencontre, une nouvelle histoire : la vie redémarre ! Je suis parti d’un grand malheur et en ce moment je suis extrêmement heureux… C’est pour ça aussi que j’aime cet album, ce ne sont que des extrêmes, c’est une bonne caricature de ma gueule… En fait tous mes albums sont des voyages sentimentaux, toutes mes chansons ne me viennent que de mon rapport aux femmes. J’aime aussi cet album parce que je me sens plus libre que sur tous les autres et qu’en sortant de ce voyage là, je me sens beaucoup mieux.

Chacun de tes albums semble être un nouveau combat, contre qui ?
Contre l’adversité avec les femmes, toujours. Chaque fois que je parle d’autre chose c’est parce que j’en ai marre, alors je déplace les sentiments, je fais un rideau de fumée… Quand j’ai fait Au Creux de Ton Bras, ça faisait longtemps que je ne prenais plus de came, je m’en foutais. C’était parce que j’en avais marre de dire à une femme que je l’aimais… C’était pour lui dire que j’étais en manque d’elle… Je ne sais écrire que sur ce qui me détruit, ce qui me fout la haine, je ne suis qu’un mec en réaction, pas un poète.

L’amour est-il toujours déçu ou malheureux ?
Non, pas nécessairement… La preuve en est qu’en ce moment je suis heureux et que ça m’est arrivé plein d’autre fois dans ma vie. Je ne suis pas fataliste, mais le problème c’est que l’amour n’est pas éternel, il est fragile… Tout dépend de toi, de ce que tu en fais… En vieillissant tu comprends qu’au lieu de reprocher des choses aux autres, tu devrais arrêter de répéter toujours les mêmes schémas et de te prendre la tête avec des choses inutiles…

Es-tu un homme en colère ?
Oui, et c’est ce que je dis depuis le début, je ne fais rien d’autre qu’être en colère.

Pourquoi ?
C’est ce qui me sauve la vie, car je ne peux pas concevoir ce qui peut me détruire tellement je suis prétentieux. C’est ça ma philosophie de la vie, tout ce qui m’énerve, qui me rend jaloux, je le transforme avec mes petits moyens pour en faire quelque chose d’autre. Mais je suis un jaloux positif, si je vois un dessin que je trouve beau, ça me fout en rogne et ça me pousse à essayer de faire mieux !

A l’heure des chanteurs consensuels et politiquement corrects (comme Bénabar, M et consorts), toi, tu as plutôt l’air exigeant avec ton public, pourquoi ?
Parce que pour moi “le public” ça n’existe pas, c’est un concept. Je m’adresse à des gens, des individualités qui m’écoutent… ou pas d’ailleurs. Le public c’est chaque personne qui décidera qu’il se sent concerné par ce que je fais. C’est leur choix de venir me voir en concert ou d’acheter mes disques, je n’ai pas de contrat avec eux, et je ne les considère pas comme des clients. Après, le respect ce n’est qu’un truc de façade… Quand je lis sur internet que je suis un sale con caractériel, il faudrait que je sois gentil avec ces gens-là ?

D’ailleurs tu n’hésites pas à virer des gens du forum de ton site internet ?
Oui, parce que pour moi c’est comme si je les avais invités chez moi et qu’ils venaient me faire chier… Et après je passe pour un facho, c’est délirant ! Je serais censé être un curé, tendre la joue gauche sous prétexte qu’ils ont acheté mes disques ? Internet est sûrement le média le plus populiste.

Qu’est-ce qu’un artiste pour toi ?
C’est celui qui se lève le matin avec une obsession et qui toute la journée va lui donner corps, quelque soit son moyen d’expression… Pour moi, l’artiste c’est quelqu’un qui sait qu’il doit répondre à une question, mais qui ne la connaît pas … Alors il cherche les réponses qui vont l’amener à cette question. Ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qu’on a en soi, une façon d’exister, de réagir, de respirer… c’est une névrose, un caractère particulier.

Et le rôle social de l’artiste ?
C’est de faire avancer la conscience humaine pour tous ceux qui n’en ont pas le temps. C’est transformer la société en proposant un exemple de beauté qui, quand il aura fait son chemin dans la tête des gens, sera décliné dans toute la société. L’art, c’est comme un nouveau monde qui s’ouvre à chaque tableau. C’est pour ça qu’on en a besoin… Sans les artistes, la vie deviendrait de plus en plus moche et terne. L’artiste nourrit la civilisation, il la représente, il réfléchit…c’est le seul qui a le temps de le faire, il est payé pour ça.

Quels sont les artistes qui t’ont donné envie d’écrire et de faire des chansons ?
Gamin, j’adorais les albums BBH 75 et Irradié d’Higelin, et je connaissais Charles Trenet par cœur, c’était ça, ma chanson française. Plus tard, j’ai flashé sur Blaise Cendrars, c’est lui qui m’a donné envie d’écrire des textes. Puis, j’ai découvert Eric Lareine par hasard à Toulouse et j’ai pris une énorme tarte ! Ses textes étaient super bien, il hurlait, il chantait et il bougeait comme il était, sans se prendre la tête, ça m’a épaté… En rentrant chez moi, je me suis dit qu’il avait raison et je me suis mis à bosser mes textes pour en faire des chansons. C’est vraiment le seul français qui m’a influencé.

Quelle est ta définition du bonheur ?
C’est peut être d’arrêter de réfléchir cinq minutes, d’arrêter d’avancer… Faire une pause avant de repartir au combat. C’est de savoir que quand tu pars, tu vas revenir et qu’il y aura quelqu’un que tu seras content de retrouver. C’est Rentrer Au Port. C’est aussi faire les choses qu’on aime, avec les gens qu’on aime et pour les gens qu’on aime… Donc moi, je suis plutôt heureux.

Donc à l’inverse de l’image que les médias donnent souvent de toi ?
Oui, et c’est ce qui m’énerve. Je ne suis pas quelqu’un de désespéré. Au contraire, j’ai tellement de chance et de raisons de ne pas me plaindre que ce serait un luxe inouï d’être déprimé. Mais je vis dans cette ambiguïté depuis le début car le message que j’envoie n’est pas très clair ; je brouille trop les pistes. Et les gens prennent mes chansons au premier degré. Mais ce n’est pas ma responsabilité. En fait, je fais des chansons sur ce qui vient contrarier mon bonheur, pour me débarrasser du problème, un peu comme une psychanalyse… Et ça me réussit. C’est ma façon de me battre contre l’adversité, en en faisant quelque chose de beau… et c’est tout ce que je sais faire.

Interview par Stef Chanmar
http://www.addictif-zine.com/interviews/lire/691/interview-mano-solo

ALLOMUSIC

« -Boutique de la chanson française, bonjour.

-Bonjour, excusez moi de vous déranger, je cherche un artiste qui ne serait ni influencé par les grands noms de la chanson Française, ni par le rock anglais. Un artiste qui ne ressemblerait à rien d’autre. Un poète en quelque sorte mais qui chanterait en Français. Vous avez ça ?

Pfff…Ne quittez pas je vais voir ce que je peux faire pour vous…. Gérard ! Y a un fou qui me demande un chanteur français qui ne serait ni un descendant direct de Brassens ni un fan des Beatles. Un poète genre…Qu’est ce que je lui réponds ? Vous voulez pas un poney tant que vous y êtes ? C’est bien ça, non comme réponse ?

-C’est bien. Mais répond lui plutôt Mano Solo. Ça collera mieux ».

Mano Solo, donc. Un pseudo qui va parfaitement à Emmanuel Cabut (né Hémar en 1963. Son père le dessinateur Cabu ne le reconnaitra qu’à l’âge de neuf ans) tant il occupe une place à part dans la chanson française. Adolescent, rebelle et volontaire, il quitte l’école à quinze ans et intègre, deux ans plus tard, le groupe Punk Chihuahuas. Il en sera viré à sa majorité révolue parce qu’il n’était pas assez bon guitariste. Puisque la musique ne veut pas de lui Mano se lance alors dans la peinture. Il échoue au concours d’entrée aux beaux-arts mais persiste et finit par intégrer le groupe de peintres Puissance Populaire. Il vend quelques toiles à la criée, s’installe sur une péniche à Toulouse, fait une expo puis, finalement, remonte sur Paris. La ville et les mots lui manquent. Alors, en 1991 il fonde un groupe, La marmaille nue, avec qui il chante dans les bars et sur la petite scène du Tourtour. En 94, le groupe n’existe plus mais le premier album sort. Mano Solo l’appelle La marmaille nue en souvenir de ses camarades. Les paroles sont crues, violentes, dures, belles, poétiques, sincères. Les mélodies aussi. Guitares, harmonica, violons : le mélange est étrange, mais il est divin. Le premier single s’appelle Au creux de ton bras et il parle des toxicomanes. Mano raconte aujourd’hui que le patron d’NRJ voulait le passer sur les ondes, mais il demandait au chanteur de changer un mot. Enculé ne passait pas. Mano a réfléchi. Enfoiré ? Ça ne marchait pas. Il a gardé avec sa seule petite gueule d’enculé… et le disque s’est quand même vendu à 100 000 exemplaires dès la première année. Et il reste, aujourd’hui encore, un disque référence pour tous ses admirateurs.

Le deuxième album, un an plus tard, ne ressemble pas au premier. Mais il faudra s’y faire : à chaque disque Mano évolue. Il ne change pas de registre, il l’élargit. Là, Les années sombres porte très bien son nom. Le disque est noir. Très dur. Les mélodies sont moins entraînantes que sur La marmaille nue. L’énergie n’est plus la même. Mais le disque est malgré tout sublime. Puissant de poésie et de sentiments. Il se retrouve lui aussi disque d’or.

Puis c’est le silence et le malentendu. Parce que Mano a parlé dans une chanson (C’est pas du gâteau sur La marmaille nue) de sa maladie, parce qu’il parle de la mort dans son deuxième album, on fait de lui un chanteur triste, ou pire encore un chanteur mort. Des rumeurs circulent en effet sur son décès ou son désir d’arrêter la chanson. Il les nourrit en sortant 1995 Je suis là un recueil de poèmes et Joseph sous la pluie, un roman en 96. Il les fera taire en sortant en 1996 un projet à part, Les frères misères en compagnie de quelques anciens Chihuahas. L’album aux sonorités plus punk et aux textes plus engagés est une récréation pour Mano. Un disque qui lui donne envie d’un nouvel album en live. En 1997 il sort Je ne sais pas trop composé exclusivement de nouvelles chansons enregistrées en public . De Janvier à Novembre, le disque ne porte pas vraiment à la gaité. Même si le cafard de Mano Solo est toujours transporté en énergie positive, on ne peut pas parler d’espoir en écoutant les chansons. Ce n’est pas grave, c’est beau et surtout, c’est le dernier album du genre.

En 2001, juste après avoir sorti un album live, L’international du shalalala, Mano Solo réapparait avec Dehors. L’album est comme une fenêtre ouverte sur le monde. Il donne l’impression que Mano ouvre les volets et laisse entrer la lumière. Comme il le chante, il a laissé là bas, dans les remous d’une hélice, le dégoût et la haine…. Même la pochette, comme toujours peinte par lui, est plus colorée, plus lumineuse. C’est une renaissance. En 2004, après un deuxième disque live, La marche, il sort Les animals. On y retrouve des chansons écrites pour Juliette Gréco (envoyées trop tard, elles n’ont pas été retenues par la chanteuse), des textes plus sociaux et une reprise de…lui-même. Le disque est encore une fois un succès. A l’heure où des artistes se font virer de leur maison de disque parce qu’ils ne vendent pas assez, Mano Solo décide pourtant de s’offrir le luxe de s’autoproduire. Il démarche les banques, hypothèque sa maison, demande aux internautes de l’aider (pour la promo pas pour la fabrication de l’album) et sort In the Garden en 2007. Les ventes lui permettent juste de se rembourser. Son but est atteint.

Avec ce disque, le chanteur voulait dénoncer l’hypocrisie générale qui fait des Majors les grands méchants de l’affaire. En réussissant tout juste à rentrer dans ses frais malgré son nom et sa carrière, il a cherché à prouver l’importance et la nécessité des maisons de disques. Tout simplement. En 2009, il rejoint donc Wagram, en licence, pour Rentrer au port. Un disque né d’une rupture, d’un cafard. Un disque magnifique, vivant debout, héroïque. Un disque qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît déjà mais où l’on reconnaît quand même la touche Mano Solo. Cette façon de refuser la fatalité ou la tristesse, cette envie de poétiser la vie, ce cristal cassé au fond de sa voix.

Le mot de la fin ? On le lui laisse volontiers. Le plus compliqué étant de choisir. Mais peut-être qu’une des phrases qui le résume et l’explique le mieux se trouve dans le disque Les animals. La preuve : « je n’y peux rien, j’aime tant la vie que chaque jour elle recommence… »

CULTUROFIL

Mano Solo – Un accomplissement. Comme toujours.
Par Thomas Sinaeve • jeu 10 sept 2009 • Categorie: Musique
Sortie le 29 septembre 2009
http://culturofil.net/2009/09/10/mano-solo-rentrer-au-port/

Le retour de Mano Solo est toujours un moment particulier. Pour votre serviteur bien sûr, qui nourrit pour lui une admiration sans bornes depuis environ 1994 et a eu l’impression, modestement, d’avoir grandi à ses côtés. Mais aussi dans l’absolu. Mano Solo est unique, et ce qui est une lapalissade accolé à n’importe quel artiste prend tout son sens avec lui.
Il y a toujours une émotion particulière à poser un nouvel album de Mano1 sur la platine. D’abord bien sûr parce qu’ils se font rares (celui-ci n’est que le septième), et que tout ce qui est rare… vous connaissez la suite. Surtout il y a chaque fois cette sensation de retrouver un vieil ami qu’on n’aurait pas vu depuis un bail, de prendre de ses nouvelles en vidant quelques verres2. Un disque de Mano Solo, c’est toujours plus que de la musique et des chansons, et c’est sans doute ce qui explique aussi bien son côté marginal sur la scène française que la fidélité quasi indéfectible de son public. Un public protéiforme, bigarré, pas forcément composé d’inconditionnels de chanson française et transversal comme la musique de Mano – c’est-à-dire dépassant les genres et les chapelles. Voilà bien longtemps dans le fond qu’on a renoncé à rêver de le voir vendre des palettes d’albums, de même qu’on n’essaie plus vraiment de le comparer à une concurrence inexistante ; seul sur le créneau des porteurs du flambeau ferréien3, Mano Solo est devenu au fil des années un de ces artistes cultes dont on se passe les disques entre amis proches, que les médias feignent d’ignorer parce qu’à vrai dire ils ignorent comment en parler et que l’on écoute religieusement avec ce sentiment rare qu’il s’adresse directement à nous – rien qu’à nous.

On l’avait laissé il y a deux ans et demi en pleine tentative de coproduction avec son public, luttant dans une belle entreprise sans doute trop en avance sur son temps. C’était In the Garden, album étrange aux airs de somme qui le montrait s’acoquinant avec l’ex-Mano Negra Daniel Jamet et qui assurément aurait mérité meilleur accueil que celui qu’il reçut alors. C’est que le bon côté des artistes dont l’art et la vie sont intrinsèquement liés, c’est que leur dernier album est toujours leur plus personnel et leur plus abouti. Pas de grande surprise, donc, au moment de découvrir Rentrer au port : on reste dans la même lignée, celle d’un Mano semblant renouer progressivement avec une certaine chanson réaliste dont il avait paru se lasser un peu il y a une dizaine d’années. S’il serait assurément injuste de le réduire à cela, reconnaissons toutefois que Rentrer au port est sans doute de tous les albums récents de son auteur celui qui se rapproche le plus de ce qu’il produisait à ses débuts.
Sans doute un poil plus monochrome que les précédents, il s’ouvre sur trois chansons exceptionnelles : J’avance (comme un écho lointain au Je taille ma route d’antan), Rentrer au port (qui brode une complainte fascinante sur une structure reggae) et Des années entières (une de ces ballades poignantes dont seul Mano détient le secret). Le ton est donné4. Si l’on peut avoir à la première écoute la sensation que Rentrer au port est un peu plus austère qu’In the Garden ou Les Animals, renforcée qui plus est par l’absence de morceau aussi « tubesques » qu’un Du vent ou un Aimer d’amour… c’est une impression qui se dissipe assez rapidement – et l’album de révéler au fil des écoutes l’étendue de sa richesse. C’est ici un accordéon tourbillonnant en parfaite harmonie avec la voix (Les Enfants des autres), là un break jazz inopiné (Pantin), ici encore un blues déguisé en chanson française (Tu m’as vu)… le résultat est paradoxal : à la première écoute on se dit que le texte a plus que jamais pris le pas sur les musiques ; dix passages plus tard on a acquis la conviction exactement inverse – rarement album de Mano Solo aura semblé si travaillé et soigné dans les arrangements ou l’orchestration. Et rarement (voire jamais) la musique aura à ce point été si fluide, si évidente. Soutenu pour la première fois depuis longtemps par un véritable groupe dont la part est loin d’être négligeable tant le piano de Fabrice Gratien ou l’accordéon de Régis Gizavo occupent l’espace sonore, Mano parvient même à redessiner son univers en se découvrant une nouvelle patte tout à fait personnelle et illustrée par l’utilisation subtile des guitares de Jamet (c’est frappant sur Les Enfants païens ou Les Chevaux d’Aubervilliers, morceaux semblant réellement creuser un sillon ouvert en 2007 par un titre comme Les Endurants).
Et si plutôt qu’une somme In the Garden avait été il y a deux ans le prologue à un nouveau chapitre ? En en livrant avec Rentrer au port une version encore plus cohérente et aboutie, c’est l’impression que donne un Mano Solo qu’on a rarement vu (entendu) aussi à l’aise dans un registre. Un instant se profile la tentation de parler d’« accomplissement » – tentation immédiatement balayée d’un revers de main ; avec Mano Solo comme avec certains des plus grands artistes anglo-saxons5, chaque album est de toute façon un accomplissement.

Rentrer au port, de Mano Solo, édité chez Wagram
Crédit photo : Mano Solo

1. Aucun de ses fans n’aurait l’idée saugrenue d’écrire son patronyme entier – encore moins juste son nom comme il convient parfois de le faire dans les chroniques. [↩]
2. Le premier truc que j’ai fait lorsque j’ai reçu l’album c’est aller m’acheter une bonne bouteille… je vous jure que c’est vrai. [↩]
3. Plus encore depuis que Philippe Léotard nous a quitté… [↩]
4. Notez qu’il l’était déjà un peu par la pochette, comme souvent chez Mano Solo. [↩]
5. Dylan, Nick Cave… [↩]

FRANCOFANS

Rentrer au port', dans les bacs le 28 septembre, marque la rentrée musicale : Mano Solo y démontre sa sincérité, et une plume à la fois touchante et révoltée. Ce nouvel opus oscille entre ces deux vagues. Dans l'intervalle, il frappe juste.

Interprète prolifique, multipliant les projets, Mano Solo n'en est pas moins prolixe en interview. Difficile ainsi de garder les meilleurs passages des deux heures d'entretien qu'il nous a accordées, tant sa façon de détailler ses méthodes d'écriture et les thèmes qui l'habitent attestent de sa transparence et donnent envie de l'écouter encore. Face au tourbillon de la promotion, l'artiste témoigne "en vrai" des qualités humaines qui font la beauté de ses oeuvres, et de sa volonté de ne pas faire de concession. Florilège.


Lire la critique de 'Rentrer au port'


Sur la chanson 'Rentrer au port', vous dites qu'il n'y a "rien à dire, rien à vivre". Pourtant, à l'écoute de nombreux autres morceaux de l'album, on a plutôt l'impression que c'est l'inverse pour vous. Comment vient l'inspiration de ces textes ?

Il y a des moments où je suis en train d'abdiquer, de penser justement qu'il n'y a rien à dire. Mais je m'énerve contre ces périodes de déprime. Je me dis qu'il vaut mieux se bastonner plutôt que d'abandonner. Vient le besoin de dire que tout est naze pour se convaincre du contraire. C'est ma mauvaise foi. Cet album est un voyage intime. Cela part d'une déprime amoureuse que j'ai vécue. Au départ on se dit que tout est perdu, que l'on ne revivra jamais ça. Puis, on fait une nouvelle rencontre, et l'on se dit que rien n'est perdu. Depuis toujours, mes disques parlent du moment où il faut se battre contre l'adversité. Plus il y a de murs, plus il faut les défoncer. Je refuse le nihilisme, mais je l'exprime pour mieux repartir. Ici, je commence avec l'expectative qui fait suite à une rupture, puis je me déplace vers la renaissance de l'amour. C'est de la psychanalyse en chanson.




Cette idée de voyage se retrouve à plusieurs moments du disque, quand vous faites référence à Saint-Christophe ou à l'idée de campement. Cet album est aussi un déplacement géographique ?


Cette année a été celle du voyage pour moi. J'ai accompagné Zingaro (troupe de théâtre équestre basée à Aubervilliers, ndlr) dans leur tournée. Je suis amoureux d'une voltigeuse de leur troupe. Cela m'a permis de vivre dans la machine humaine et très poétique qu'est Zingaro. Le campement a quelque chose de très émouvant, comme une tribu, les gens vivent en permanence entre eux, avec leur joie et leur peine. N'importe quel gamin rêverait de vivre dans cet espace, avec ces chevaux magnifiques, cette liberté, ce plaisir de vivre, un esprit que l'on retrouve aussi dans leur camp de base à Aubervilliers. J'avais l'impression de vivre dans un film. Donc cette année a été à la fois un voyage avec eux, mais aussi vers eux, dans cette histoire. Même chez eux, à deux kilomètres de Paris, on a l'impression d'être ailleurs. C'est un monde dans lequel je renais, et cela a influencé le disque.


Sur 'Les Enfants des autres', vous traitez avec mélancolie du fait d'élever un enfant qui n'est pas de soi. C'est quelque chose qui vous touche particulièrement ?

C'est très dur de passer du temps avec un enfant, et de le voir disparaître au moment de la rupture avec sa mère. On ne rompt pas avec le gamin dans ces cas-là, il n'est pas lié à ça. C'est un déchirement pour soi et pour lui. Vivre quatre ans avec un enfant pousse à l'aimer comme son propre fils. C'est forcé quand on éduque quelqu'un de 5 ans, dans mon cas, et qui vit tous les jours avec soi, on l'élève, il y a une transmission. C'est comme une paternité : un grand partage, et une chance. Mais le problème, c'est de ne pas avoir de droits sur cette chance. Du jour au lendemain, on sait pourquoi la femme n'est plus là, mais ce n'est pas une rupture justifiée avec l'enfant. J'ai souffert de ça comme d'une séparation que l'on ne comprend pas. Soudain, on n'est plus responsable, plus concerné. On ne peut souhaiter cela à personne. Le besoin d'en parler, de se débarrasser de ce problème, vient du manque d'issue. La seule alternative reste la création. L'expression d'une souffrance, cela permet aussi de faire réfléchir d'autres personnes concernées, même si je ne changerai pas les rapports humains.




Depuis l'album précédent, vous êtes revenu à des arrangements proches de vos trois premiers opus. Il y a donc peu de morceaux avec une section rythmique. Pourquoi ?


Ce qui a marqué les trois premiers albums, dont les chansons proviennent de la même période temporelle, reste d'avoir privilégié l'écoute des paroles, et la musique accompagnant les vers. C'est pour ça qu'il n'y avait pas de batterie. Le rythme est une prison pour le sens des textes. Les mots ne correspondent pas toujours au dynamisme d'une batterie. C'est pareil avec la basse, quelqu'un qui joue sur les temps n'est pas forcément intéressant. Sur cet album, on a certes invité François, le contrebassiste de Loïc Lantoine mais pour son identité musicale, sa façon de travailler son instrument. La section rythmique ne me manque pas, en écoutant le disque à la fin, je ne me dis pas : "Ah tiens il n'y a pas la formation habituelle." Sur 'Dehors' et 'Les Animals' se posait la question de la scène. On était dix musiciens, et au début ça me plaisait, mais le problème vient des nombreux réglages. Là, à quatre, on peut changer la liste des morceaux d'un soir à l'autre. Les répétitions augmentent en temps quand il y a beaucoup de musiciens. 

Il y a beaucoup de piano sur l'album. Comment vient une couleur dominante de tel ou tel instrument ? 


Sur 'In the Garden', on s'était dit que c'était un album de Régis Gizavo, parce qu'il y avait beaucoup d'accordéon. Mais c'est parce qu'on adore ce qu'il fait, qu'on l'écoute beaucoup et de ce fait, on le met en avant. Là, on s'est calmés sur l'accordéon, il est moins prédominant dans le mix. Mais on ne s'est pas dit : "On va mettre plus de piano, de guitare, de chant." Ca vient comme ça. On n'a pas maquetté l'album auparavant. Deux tiers des chansons ont été conçues dans le studio. Souvent, c'est quand je raconte les choses qui me contrarient ou dont j'ai envie de parler que se crée l'ambiance. Je mets souvent le bourdon à notre pianiste, Fabrice, en lui parlant de mes ressentis. Il est sensible, et doit exprimer ça, donc il se met devant le clavier et plaque des accords. Ça commence comme une conversation qui démarre. On lance le débat. Souvent la musique rejoint ce que je pense, et le texte peut découler : avec la musique en tête, je sais ce dont j'ai envie de parler. Plus que jamais, l'album vient d'une symbiose en studio, parce qu'on est tous amis, donc la musique continue quelque chose qui se passe humainement, et qui rend la composition plus facile. On vit une histoire commune, c'est ce qu'il y a de bon à prendre dans ce métier. Je serais très aigri sans ce travail artistique très ludique, et valorisant. La musique me sauve, elle m'a rendu plus sociable. Même dans ma vie de tous les jours. Quand on fait de la musique en groupe, la première des choses est de se sociabiliser avec ses musiciens. Avant j'étais agressif, hargneux, et le travail avec les musiciens m'a changé, vivre le rapport au public m'a changé, et les deux m'ont fait prendre l'Autre beaucoup plus en considération. 


Comment se passent les rencontres avec les musiciens ?

La démarche se fait plutôt à l'instinct, sur un plan humain. Je fais partie d'une génération qui a appris la musique en autodidacte. Bien sûr, je travaille avec des personnes qui ont une vraie culture musicale et qui connaissent la théorie, mais qui ne sont pas emprisonnées par ça. En jazz, il arrive de tomber sur des musiciens fermés d'esprit, qui ne veulent pas jouer autre chose que leur musique. En classique, certains interprètes sortis de conservatoire jouent de leur instrument en virtuose, mais lorsque je leur parle d'agrémenter un morceau en improvisant, ils sont pétrifiés par le poids de leurs influences. Ils pensent qu'ils ne dépasseront jamais Mozart et cela bride leur imagination. J'ai besoin de créativité, et il m'arrive de travailler avec des personnes qui seront peut être moins virtuoses que d'autres mais avec qui je pourrai avoir un vrai dialogue, donner des indications et qui seront sur la même longueur d'onde. Les gens qui ont la musique comme métier ne me passionnent pas. Ce qui va me séduire, c'est la façon dont la musique fait partie de leur vie.




Vous allez défendre 'Rentrer au port' sur scène à l'Olympia le 12 novembre, et en tournée. Comment vous appréhendez ces nouveaux concerts ?


Nous allons bien sûr interpréter les nouvelles chansons, sans doute adopter un nouvel état d'esprit, vivre la chose différemment. Mais beaucoup d'idées que j'avais pour ce nouveau spectacle, notamment des décors, ou un dispositif pour peindre en chantant avec un écran ne me sont pas accessibles financièrement. Aujourd'hui, j'aimerais ne plus être un "juke-box" et simplement faire mes chansons, mais je ne peux pas absolument révolutionner mes scènes, installer des ambiances. Des idées artistiques sont freinées par des contraintes budgétaires. J'en arrive à me dire qu'il faudrait arrêter de tourner. Je suis plutôt sensible au discours sur la décroissance, et même pour ma mégalo : avant je voulais parler au plus large public possible, ce qui s'avère assez vain. Ce que j'espère arriver à faire, c'est créer mon cabaret, pour vivre la musique chez moi. Les gens qui veulent écouter viennent, font la démarche. Qu'enfin on recrée un événement. Avec un cabaret, j'aurai le droit de râler. En concert, les gens s'attendent à des choses, qu'ils n'ont pas forcément. Des spectateurs m'ont envoyé des mails pour protester contre mes discours anti-Sarkozy pendant les concerts. Ce n'est pas ce qu'ils attendaient. Ce que je pense, ce que je vis, ça ne les intéressait pas. Ils voulaient juste la playlist, de préférence les morceaux qu'ils connaissaient pour pouvoir chanter à tue-tête.




Vous allez reformer les Frères Misère, un projet punk militant que vous aviez monté au milieu des années 1990. Est-ce que vous pensez que plus d'une dizaine d'années plus tard la société actuelle a besoin d'une révolte musicale aussi urgente et radicale ?


Cela va se passer avec des nouveaux musiciens, Bayrem Benamor, Daniel Jamet, David des Maximum Kouette et Hervé des Karpatt, et on est en train de composer des nouveaux morceaux. Evidemment, le sarkozysme me donne envie de remonter les Frères Misère. A l'époque, c'était la chiraquie molle et l'avènement du FN dans le sud de la France qui m'avait donné envie de mettre les pieds dans le plat. La situation actuelle donne aussi envie de faire du rock. Ca sera un peu moins politisé que la première formule, même s'il y aura des chansons d'actualité. Au départ, c'était la vocation, d'être contre Chirac et Le Pen. Mais être anti-Sarkozy ça ne m'intéresse pas. C'est un piège. On dit "la dictature, c'est ferme ta gueule, la démocratie, c'est cause toujours." On peut dire tout ce qu'on veut et tout le monde s'en fout. Et encore plus en parlant de Sarkozy. Si je veux parler de la situation, il faut que je parle du libéralisme. En face, il y a une communication béton. Le risque en s'opposant frontalement, c'est d'être utilisé, qu'ils disent : "Encore des réticents, des bornés." C'est facile de s'engager quand on est chanteur. Il suffit de parler. Dire : "Le Pen, gros con", c'est assez vain. Je le dis à qui ? A la première époque, on pouvait être naïf. Mais aujourd'hui, l'adversaire est plus fort, plus pernicieux et mieux implanté partout, il faut être plus intelligent.

Propos recueillis par Thomas Chouanière pour Evene.fr - Septembre 2009

LE POINT.FR

Bien sûr il y a les textes. Entre rires et douleurs, fragilités et combats. Et la voix, éraillée, qui toujours menace de se briser. "J'sais pas chanter", souffle-t-il dans un sourire. Bien sûr, la musique et les mots de Mano continuent de prendre au ventre, de saisir à la gorge. Entêtants. Bien sûr. Mais Rentrer au port , son dixième album, n'atteint pas le tragique de La Marmaille nue , ni l'enthousiasme sublime de Dehors . Sans surprise, il s'inscrit dans la continuité d'une discographie parfaitement cohérente depuis 1993 et les débuts du chanteur. Poétique, punk, un peu plus optimiste au fil des albums, et dont la rage survit au temps.

Ce dixième opus transportera donc les fans mais vaut surtout pour la leçon que l'on peut en tirer sur l'industrie musicale et la difficulté pour les artistes d'arriver jusqu'au public. Car Rentrer au port coïncide avec le retour de Mano au sein du giron Wagram, après le semi-échec de In the Garden , album autoproduit dont l'objectif était de "démontrer que l'on a besoin des boîtes de production". 130.000 euros d'emprunt, une hypothèque sur sa maison et seulement 30.000 exemplaires écoulés - "juste de quoi rembourser la banque dont je n'ai vraiment rien à foutre". Un nom, une oeuvre, un public fidèle : insuffisants. CQFD, Mano a prouvé que l'avenir de la musique ne pouvait se passer du business. "Les majors sont des commerçants, on n'attend pas d'eux qu'ils soient des anges, j'ai besoin d'eux pour arriver jusqu'aux gens. Je suis tributaire de toute une somme de métiers et ça ne me fait pas chier, je ne me sens pas arnaqué de ne toucher que tant de %. Je ne suis pas là pour tout ramasser." Rentrer au port donc, pour que les mots de Mano, maux et bonheurs, ne touchent pas seulement les shalalistes - du petit nom des fans de Mano Solo - puristes. De là à espérer que mode de production classique signifie passage en radio...

MUSIC SORRY-COM

Chronique de Rentrer Au Port sur Music-story.fr

http://www.music-story.com/mano-solo/rentrer-au-port/critique

Si l’on compte maladroitement sur nos doigts, cela fait bien dix albums (tous genres confondus, mais qui se souvient des très politiques et tziganes Frères Misères, a contrario d’albums en public où le chanteur transportait ses chansons vers un ailleurs insoupçonné ?) que Mano Solo trace un chemin escarpé dans la toute marge de la chanson francophone.

Passé les élans d’auto-production de son précédent effort In The Garden (2007), Emmanuel Cabut n’en a pas moins conservé la cellule agissante : l’ancien Mano Negra et guitariste David Jamet, Fabrice Gratien et la constellation de médailles d’or de concours ornant sa trompette, et Régis Givazo, accordéoniste extraordinaire et malgache (d’I Muvrini à Cesaria Evora, une absolue constance dans la pertinence) entourent donc affectueusement le chanteur, et participent souvent aux mises en musiques de ses chants les plus désespérés, donc les plus beaux.

Car Solo nous offre, comme à l’accoutumée, et en treize (porte-bonheur ?) chansons un discours irraisonné, jaillissant, non convenu, et excessif. Forcément excessif. Son corps est désormais sec (comme il le chante lui-même), mais son verbe fleurit encore impétueusement. Naturellement, face à ces musiques arrachées au temps qui passe, le serpent se mord la queue : Mano Solo est-il, avant tout, chanteur, malade, ou l’un parce que l’autre ?

Et comment recevoir des chansons qui n’existent que par la vertu (sic) d’une saleté rongeante ? Mano Solo ne répond pas à ces questions : il est hors concours, pour ainsi dire. Humainement, c’est une nouvelle émouvante. Artistiquement, cet opus démontre, et c’est heureux, qu’il y a une inspiration après le sida. Une inspiration en forme de perpétuelle valse-hésitation entre note bleue et piano du pauvre, et ses déchirements toniques, comme un Boudu rouspétant qu'on l'ait extrait du bouillon.

Parfois, Mano craque : du Picon-bière de Pigalle à un Barbés madrilène, en passant par un Pont d'Austerlitz au vertige si tentant, et des Grands Boulevards qu'on dévale sans la canne à pommeau de Montand, la topographie urbaine de Solo sent plus souvent qu'à son tour l'arnaque sentimentale, l'abandon et les néons grillés. Alors, le chanteur, avec sa voix râpeuse du tréfonds des côtes flottantes, crache souvent.

Ainsi, les tous premiers vers de « J’avance », en ouverture, résonnent comme une revendication pleine de morgue : « J’avance, et c’est tout qui recommence… ». Manifestement, le fils du dessinateur Cabu remet donc ça, et c’est heureux.

Christian Larrède
Sur le site Musicstory

MUSICATU.COM

"Rentrer au port" - Mano Solo
Avec ce septième album studio, l'artiste prouve qu'il reste l'une des voix et des plumes les plus fines de la chanson française.

Ecorché vif et chanteur réaliste dépeignant l'urgence du quotidien, Mano Solo s'affirme depuis une quinzaine d'années comme l'un des fils spirituels de Jacques Brel ou encore de Jacques Higelin. Au fil des albums, il a su créer un univers baigné par la nostalgie du son du piano et de l'accordéon tout en gardant un oeil bien avisé sur l'actualité. Après un opus totalement auto-produit, "In The Garden", en 2007, le chanteur revient avec une septième production, sous la houlette du label indépendant Wagram Music. Un album recoupant ses thèmes de prédilection résonnant parfois comme un cri du coeur et du corps.

Rebelle, Mano Solo propose un album incandescent, à l'image du chien entouré de flammes de sa pochette, réalisée par ses soins. Toujours dans l'urgence, c'est un artiste avec la rage du désespoir que l'auditeur retrouve sur "La rouille", tableau de sa propre descente aux enfers. Poète accompagné de sa fidèle bande de musiciens, il laisse par ailleurs une porte ouverte à l'espoir avec "J'avance" ou sur le déchirant "Rentrer au port", qui donne son nom à l'album, où il dresse le bilan d'une vie chahutée par des flots incessants. A l'écoute de cette dizaine de titres brûlants et caressés par le braise du souvenir, on ne peut que souhaiter une chose : que Mano Solo puisse encore trouver longtemps la force et l'envie de raviver la flamme, encore et encore, et qu'elle ne s'éteigne jamais...

http://www.enmusique.fr/goto/28380

RADIOFRANCE

SUR LE SITE RADIOFRANCE
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chansons/f...

Le prince noir, le pirate de charme de la chanson française nous présente un album qui, sans tomber dans l'eau de rose, est somme toute assez optimiste, en tout cas résolument tourné vers le futur. Ce qui ne l'empêche pas de faire son terreau d'histoires d'amour qui foirent, d'interrogations sur la "civilisation" qui ne brident pas les instincts barbares des hommes, où d'aborder un thème peu fréquemment abordé: en cette ère d'union libre quel droit un homme a-t-il quand sa compagne le quitte, et quel droit sur l'enfant de sa compagne conserve-t-il, s'il l'a élevé ?
Mano Solo ne s'est pas converti au "guili-guili" mais quand même un parfum de serénité plane sur l'album...Au passage il vitriolise tout ce qui bouge, on ne le changera pas.

RFIMUSIC.COM

Deux ans après In The Garden, Mano Solo "rentre au port". Fort d’une très belle unité musicale, cet album développe ses thèmes habituels, où le chagrin, indissociable de l’espoir, honore la vie.
L’accordéon lancinant du Malgache Régis Gizavo rugit ses lamentations, se déchire, tisse ses contrepoints autour de la voix, cri de l’âme, de Mano Solo ; la guitare de Daniel Jamet, rocailleuse, scande ses gimmicks, rigolos-dramatiques, quand le piano de Fabrice Gratien développe ses arpèges puis, bastringue, s’excite.

Depuis In The Garden (paru en 2007), ce trio de musiciens constitue le socle sonore et infiniment musical, d’où s’envolent les mots du poète Mano Solo. Une symbiose, sur laquelle le chant se sculpte, pâte de rythmes et de rimes, qui reconstruit son langage. Qu’ils tournoient à trois pieds sur une valse arrachée ou chaloupent sur les skanks reggae, le verbe et l’art de Mano Solo restent fondamentalement punk, révolte incandescente qui jamais ne s’éteint.

D’une autobiographie le cœur à vif (Des années entières, Tu m’as vu), la maladie en hôte permanent, aux amours déchirées, de l’absence douloureuse (Partir ailleurs) à l’enfance immuable (Les enfants des autres), de la quiétude (Chaque matin) à l’onirisme (Les chevaux d’Aubervilliers, Pantin), Mano Solo lance ses coups de cœur et de gueule, accès de rage auréolés de tendresse, qui nous égratignent et nous provoquent.

Dans sa colère, se lit pourtant l’apaisement d’un homme qui "rentre au port", ou l’optimisme de celui qui défonce les portes de l’aventures : "J’avance, je me déchire la panse, et je mange des expériences, et je chie toutes les souffrances" (J’avance). Un peu comme si, depuis seize ans et ses débuts, Mano Solo chantait la mort en permanence, pour mieux célébrer l’existence.

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Mano Solo avance et embarque une nouvelle fois son auditeur sur les trottoirs cradingues d’une vie toujours plus déchirante. Rentrer au port est une invitation malhonnête pour un voyage qui laissera encore quelques douloureux souvenirs. De chanson française, ou de poèmes désabusés, l’auditeur ne sait plus trop ce dont il en retourne. Happé par le flot des mots, il écoute, presque religieusement. Gêné face à ce grand déballage de sentiments mis à nu. Entre dégoût et rage, Mano déblaie la boue dans nos cœurs et malmène l’esprit. Comme à son habitude, il se permet tout. Il déboule et s’impose, chamboule notre confort païen dans lequel on se complaît. Mieux, il nous le crache au visage. Excessif ?

Excréments, purin, fractures, haine, bile, venin, Mano ne nous épargne rien dans sa description acerbe du monde qu’il traverse. En marge d’une scène qu’il conspue, le « guerrier se déchire la panse et s’offre en cadeau ». Ce don de soi fait frémir, tant « son corps est à sec ».

L’accordéon de Régis Givazo, déjà fascinant en live, sublime le propos désespéré sans l’alourdir. Un univers nauséabond (ou pas) où l’amour n’a presque plus raison d’être (« l’amour, c’est pas pour moi, c’est un truc pour les gens qui pleurent »).

Les gens, justement. Seuls à même de faire revenir au port, un artiste impayable et incomparable : « un homme en guerre, des armes plein les bras, en guerre contre Dieu ». Tendez donc l’oreille à cette galette malade, infectée par la verve impétueuse d’un homme qui n’a pas fini de botter des culs.

Noesis.

TELERAMA

Chanson
3 CLEFS

C'est le mystère Mano Solo : voilà quinze ans, bon an, mal an, qu'il fait à peu près le même disque. Que sa voix de brasier balance avec une régularité presque métronomique entre la rage et l'apaisement ; que ses musiques se teintent de tangos ardents, de valses guincheuses et de mélodies tsiganes ; que ses textes se promènent dans le décor de villes plutôt amies, où la banlieue a détrôné Paris. Et chaque fois, il insuffle à son chant tellement d'intensité qu'il parvient à nous emporter.

Ce huitième album studio, arraché et arrachant, gorgé des sons chauds de l'accordéon de Régis Gizavo, décoche encore ses uppercuts émotionnels. Quand il chante en douceur les enfants des autres, ou l'amour renouvelé au matin, il est tout bonnement désarmant. D'ailleurs, une chose a quand même changé dans ses mots, et pas la moindre : en 1993, il s'écriait « la vie, c'est pas du gâteau » ; aujourd'hui, il remet les points sur les i : « J'ai pitié pour tous ceux qui croient que ma vie n'est pas un cadeau. »

Valérie Lehoux

Telerama n° 3120 - 31 octobre 2009
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Podcast Telerama: Les critiques reunis autour des albums de San Severino, Mano Solo et Hugues Aufray

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Nouvel album Rentrer au Port
Avec son dixième album baptisé "Rentrer au port", en comptant bien évidement "les Frères Misères" et les lives, Mano Solo a le besoin, après avoir assez navigué sur les routes, de se poser quelque part pour mieux se reconstruire.

th-mano-solo-rentrer-au-port.jpgCela fait quatre années, qu'avec l'accordéoniste Régis Gizavo, le guitariste Daniel Jamet et Fabrice Gratien à la trompette et au piano, que Mano Solo a réussi à construire une formation à la complicité assez rare. Pendant des journées entières, ces quatre-là s'amusent, jouent et improvisent. Cela s'entend puisque les chansons de l'album "Rentrer au Port", vivantes et qui respirent la joie d'être réunit, sont empreintes d'une joyeuse alchimie qui existe entre eux.

Les mots qui composent chaques chansons de l'album, ont été piochés dans la poésie personnelle du chanteur, elles reflètent son état d'esprit avec la phrase qui va la mieux résumer son humeur du moment.

Mano Solo a écrit la moitié de "Rentrer au Port" en même temps que le quatuor jouaient. Lumineuse et entêtante comme une aube nouvelle, d'ailleurs le titre Chaque matin est arrivée comme ça, en à peine dix minutes, le dernier jour de studio. A l'inverse, l'histoire des Enfants païens qui deviennent des hommes en guerre est d'abord née comme un slam d'une dizaine de minutes, résultat d'une séance endiablée d'une écriture quasi automatique comme le pratiquaient à l'époque les surréalistes. Pour la chanson, il n'en a gardé que la flamme et la substance.

Avec "Rentrer au Port", Mano Solo nous transporte directement dans son univers dur et si fragile, mais tellement attachant puisque le rire y suit aussitôt les larmes, le malheur d'un amour déçu fait place à un bonheur plus grand quand éclate de nouveau la passion pour une autre personne.

Entre la magnifique chanson La Rouille porté par la guitare de Daniel Jamet et Les Chevaux d'Aubervilliers, titre autrement plus anamouré et enjouée, il y a, entre les lignes, l'histoire d'un cœur blessé qui se remet à battre.

Quand Mano raconte sa vie, tous le monde peut s'y retrouver comme sur Les Enfants des autres que l'on croit les siens, ou l'envie de Partir ailleurs qui taraude et enfin les élans amoureux de Chaque matin que chaque personnes ressent. D'ailleurs Ça scintille, la chanson qui finie l'album tout en gravité, ne dit pas le contraire.

"Rentrer au port" mérite d'être écouté en profondeur, car avec les chansons de Mano Solo, rester en marge revient à ne pas capter l'âme, l'ésprit et la joie de résistance qui se dégagent des mélodies et des mots.

http://www.zikeo.com/francaise/1352-mano-solo-rentrer-au-port/

Rentrons au port - Happening International-Shalaliste le 12 novembre

Je me fais relais d'une information née de la communauté shalaliste :
Nous organisons le 12 novembre avant le futur concert mythique de Mano Solo à l'Olympia, un happening shalaliste géantissime pour fêter la sortie de l'album et faire du tapage sur les boulevards de Paris.

Imaginons des centaines, des milliers (et tant pis si nous ne sommes qu'une dizaine) de marins, en cirés et pull à rayures, portant fièrement un bâteau jaune et rouge au couleur de l'album, fiers comme des poux, arborant un sourire de soleil.

Nous serons la promotion vivante de l'album pendant quelques heures, et surtout ce sera une belle rencontre shalaliste digne des aventures mémorables (les plus vieux confirmeront) des bouziers ou de la bille.

+ d'infos le forum, rubrique Fan Club de Mano, pour les questions logistiques. Tout participant est le bienvenu, du simple figurant au constructeur de bâteau!

RDV 18h30 Place de l'Opéra, à la grande sortie centrale du métro

SYL NUVAANU EN PREMIERE PARTIE À L'OLYMPIA LE 12 NOV 09

VIDÉOS

LE CONCERT EN DIRECT!

 

INTERNATIONALE SHALALA 2

HTTP://WWW.LIVESTREAM.COM/INTERNATIONALESHALALA2

ICI C'EST LE CANAL DES ANIMATIONS ET AUTRES TRAVAUX GRAPHIQUES

PROGRAMME CANAL SHALALA1

SMOKE CITY
LA PREMIERE PARTIE D'UNE LONGUE EMMISSION AVEC ALAIN LEPREST, LOIC LANTOINE, FANTASIO, FRANCK WILLIAMS ET BIEN D'AUTRES, INVITÉS DE MANO. INÉDIT!

CLIPS
- CLIP DES ENDURANTS
- MANO SOLO AUX BOUFFES DU NORD AVEC TÊTES RAIDES
- CLIP FRERES MISERE: JE N'AI PAS
- CLIP AIMER D'AMOUR
- CLIP C'EST EN VAIN
- CLIP LE REPAS
- CLIP NE SENS TU RIEN VENIR

ARTWORK
- MANO PEINT LE MUR DE "DEHORS" DANS LA RUE WATTS
- VOLVER, ANIMATION
- ZOPCHIER, ANIMATION POUR LES TÊTES RAIDES AUX BOUFFES DU NORD
- BLANC, PEINTURE SUR VITRE
- UNE GRENADINE SOUS LA MITRAILLE, ANIMATION DE "LA MARCHE"
- OUILLLE!, ANIMATION ZOPINOS

REPORTAGES, EMMISSIONS DE TÉLÉ
- MAKING OFF IN THE GARDEN
- MANO COUPE DU MONDE SUR CANAL+
- MANO À NULLE PART AILLEURS
- MANO AU PRINTEMPS DES POETES
- FRERES MISERES À NULLE PART AILLEURS
- ERIC LAREINE INVITÉ DE MANO À NPA
- INTERVIEW RACHID DJAIDANI
- MANO SUR TRACKS
- FR3 CIRQUE D'HIVERS
- MANO À CE SOIR OU JAMAIS
- LA FRICHE ARTISTIQUE DE LYON

- DEPART POUR CLIP BARBES CLICHY AVEC BALBINO
- CHARS À VOILE DANS LE DESERT
- JOURNÉE DE TOURNAGE DESERT
- RETRAITE TEMPÊTE DE SABLE
- LE RETOUR À PARIS

K.O SOCIAL
- DISCOURS PATRICK PELLOUX
- C'EST QUOI UN K.O SOCIAL?
- REGIS JOUE AU KO DU SENTIER DES HALLES
- DESERT REBEL AU SENTIER
- MELL AU SENTIER

syl Nuvaanu

Sylnuvaanu Du son dans les feuilles 2009
envoyé par Dusonetdesfeuilles. -

PETIT APPERCU DE LA PREMIERE PARTIE À L'OLYMPIA 2009

LE LIVRET DE L'ALBUM

CA SCINTILLE

CHAQUE MATIN

DES ANNÉES ENTIERES

J'AVANCE

LA ROUILLE

LE BUS ME REVILLE

LES CHEVAUX D'AUBERVILLIER

LES ENFANTS DES AUTRES

LES ENFANTS PAÏENS

PANTIN

PARTIR AILLEURS

RENTRER AU PORT

TU M'AS VU