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D'une île vers la ville

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Des rochers en arêtes, des vagues fantasques ; Elle aime ça, le tout est gris modelé de pierres sombres issues de laves refroidies. Des cieux couverts, foncés presque noirs et la mer couleur algue s’ouvre blanche d’un souffle d’écumes.
Elle observe de toute sa jeunesse le coloris uni de l’île volcanique qui la berce. Elle se prend au jeu des éléments et jette des mouvements de tête dans cette fête de fureurs.
Et de ça, elle sculpte et peint dans son antre rustique tout ce que restitue sa sensibilité de voyageuse, goûteuse au regard plein dans l’abri charpenté de sa tanière.
Là, elle sort vêtue de chaud et de rouge. Une belle écharpe lui donne l’air d’un oiseau, le bec en moins.
Elle chemine dans le brouillard sur le sentiers côtiers, solitaire, d’un pas sec, rythmée par la musique venteuse qui siffle symphonique dans les anfractuosités étranges du lieu qu’elle est seule peut-être à entendre…
Elle ne s’habitue pas à ces sons loufoques, lancinants et ça lui plaît !
Ainsi, elle arrive vite et heureuse à la capitainerie du singe fou au port d’Ossemort.
Ici un barbu roux aux allures verglacés nommé Louis, les yeux exorbités lui donne sans un mot l’habituel arrivage du paquet new-yorkais : C’est la correspondance de son amoureux terrestre, Léon.
Elle sort de son manteau épais un sac matelassé où elle range ce plaisant colis près de son livre favori : Le grimoire des crâneries dans l’ordre des mousquetaires étriqués. Œuvre rare de Juliette d’Août .C’est un pavé semblable à un accordéon à la couverture betterave forte comme une armure. Son contenu est secret, son poids aussi.
Mille fois parcouru, autant délaissé, elle y pique des émotions qui la laisse rêveuse, enchantée et débile, la nuit devant le feu dévorant de la cheminée qui l’éclaire dans son abandon.
Elle se prend alors d’impatience pour faire lecture des écrits de son amant bavard et y trouve là aussi matière à s’exalter.
Un jour, où il brumait toujours, elle reçut de cette grande main pourvoyeuse de lettre près du quai, de cet être taciturne et un peu brusque qui fait office parfois d’agent postier, une enveloppe timbrée de San Franscico, ville tremblante où vit une vieille tante éloignée de ne sais-t-elle plus de quelle famille et encore verte toutefois et qui se prénomme Agathe et dont elle se souvient encore qu’elle possède un accent marqué qui ne cesse de l’étonner quand elle y pense.
Cet envoi l’informe que cette parente à quelque titre oubliée l’invite pour une résidence artistique. Quelques mécènes épris de nature morte se sont amourachés de ses créations anciennes qui encombrent élégamment le grand jardin de cette dame couverte de dentelles et qui raconte inlassablement ses prouesses marginales entre deux réceptions dans son salon huppé d’antan à l’heure du thé et du whisky confondu dans des fumées exotiques.
Cela rend Maureen toute sautillante : Cette idée d’aborder le continent grouillant.
Il y a belles lurettes qu’elle n’a vu cette relation et cela lui arrive de songer par instant d’un pied- à- terre ancré dans le milieu du monde ; Terre ferme où se regroupent des gens, la plupart en quête d’affaire.
Pimpante, elle est partante pour la demeure de cette gentille demeurée. Elle a hâte de s’y perdre, une semaine durant, le temps de trouver le manque de son île, le sel de la terre.

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