Je suis

Je suis un bord de rue

sur le fil d'un rasoir ;

Je suis la marche du trottoir

qui ondule du cul.

 

Je suis l'oiseau qui piaille

de faim, de froid et d'espoir ;

Je suis toute la gouaille

du peuple des grands Soirs.

 

Je suis vagabond -

voyageur de la tête ;

Je suis le furibond -

pauvre futur squelette.

 

Je suis contre ce monde

en colère d'esthète  ;

Je suis contre ce monde

et ses envies de fêtes.

 

Je suis dans l'inutile

le dessin d'un ailleurs ;

Je ne suis ni flotille

ni coeur de tirailleurs.

 

Je suis contre ce monde

où je vais sans chaussette

Je suis mon pas qui gronde

en colère obsolette.

 

Je suis tout près de vous

quand j'en suis le plus loin ;

Je suis tout contre vous

quand je suis dans un train.

 

C'est en partant que demain on revient

et c'est en partance que moi je me sens bien.

 

Je suis un bord de rue,

un fleuve plat et calme,

qui d'un grand coup de crue

peut vous briser les rames.

 

Je suis mon pas qui pousse

toujours plus loin mes rimes ;

Je suis une jeune pousse

guettant son premier crime.

 

 

Commentaires

dérive

Comme on joue à saute-ruisseau, comme on se tient sur le bord du trottoir, comme on passe d'un trottoir à l'autre, de mots en mots, de pierre en pierre, de passage, ici et déjà là-bas... grand plaisir à suivre ces ruptures, ces brisures, à la rime, à la vie...

pentrick