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A celui qui ne voit que "des pays de merde"...

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S'emporter face à tant de bêtise, d'ignorance, de violence...Conseiller la mesure et la réflexion, la lecture...autant pisser dans un violon directement. Mais quand même. A ceux qui ne voient pas que "des pays de merde", et bien je pourrai alors partager les dernières pages de l'ouvrage de G. Didi-Huberman (et Niki Giannari) Passer, quoi qu'il en coûte

" Des enfants, Niki Giannari écrit que "têtus, [ils] se donnent émus à  la vie". Ce sont eux surtout qui "réapparaissent / comme l'accomplisssement d'une prophétie oubliée". Ce sont donc eux, les principaux "contrevenants", les "indisciplinés" par excellence, qui savent, traverser l'histoire. On dirait que, plus ils sont petits, plus ils sont tenaces. Ils savent, souvent mieux que leurs parents, faire le mur, c'est-à-dire passer par-dessus les murs qu'on oppose à leur désir d'avancer dans la vie. Ce sont donc bien des enfants qui hantent l'Europe, et non de simples fantômes venus d'ailleurs ou d'autrefois. L'histoire particulière et tragique qui s'est jouée à Idomeni au printemps 2016 apparaît bien, dès lors comme le symptôme d'une Europe malade de sa propre généalogie. Comme cette histoire forme également un phénomène d'ampleur mondiale, on pourrait élargir la perspective en disant que c'est l'humanité tout entière qui se trouve hantée, interrogée dans son rapport même à la violence inouïe que génère l'universelle "lutte des places".
C'est alors qu'il faudrait se souvenir un peu mieux d'où nous venons tous.  nous nous sommes autobaptisés Homo sapiens : encore faut-il réfléchir d'où nous tenons cette évolution décisive qui aurait fait de nous des animaux "sages" autant qu'"intelligents" (ces deux sens étant réunis dans le même adjectif sapiens). Comme l'a bien rappelé Hervé Le Bras dans son ouvrage L'Âge des migrations, "les paléontologues estiment que l'Homo sapiens doit sa survie puis son succès à sa capacité à migrer, qui lui a permis de répondre aux glaciations et aux canicules des derniers cent mille ans. Parti sans doute de son berceau africain, il a progressivement peuplé la planète. En cours de route, il a rencontré d'autres hominidés, les Néandertaliens et les hommes de Denisova, notamment. On sait maintenant qu'ils ont eu des contacts puisqu'on retrouve de l'ADN de ces deux espèces dans le génome humain. Vraisemblablement, ces apports génétiques ont permis à l'Homo sapiens d'acquérir une résistance à des pathologies meurtrières rencontrées lors de sa progression ainsi qu'à des conditions environnementales particulières comme la haute altitude. Les Néandertaliens et les Denisoviens plus sédentaires n'ont sans doute pas pu faire face aux changements  climatiques ni aux épidémies. Retranchés dans des périmètres de plus en plus étroits ( le sud de l'Espagne pour les Néandertaliens, l'Altaï pour les Denisoviens), ils se sont éteints. Sur les 185 espèces de primates subsistantes, seul l'homme à un comportement migrateur".
Homo sapiens n'est autre, pour finir, qu'un remarquable Homo migrans. Vouloir l'oublier - le refouler , le haïr -, c'est simplement s'enfermer dans les remparts de la crétinisation. Mieux vaut entendre la leçon de "ceux qui savent encore être en mouvement". "

Passer, quoi qu'il en coûte
Un essai, en écho au documentaire
Des spectres hantent l'Europe, de Niki Giannari et Maria Kourkouta