Bien sûr il y a les textes. Entre rires et douleurs, fragilités et combats. Et la voix, éraillée, qui toujours menace de se briser. "J'sais pas chanter", souffle-t-il dans un sourire. Bien sûr, la musique et les mots de Mano continuent de prendre au ventre, de saisir à la gorge. Entêtants. Bien sûr. Mais Rentrer au port , son dixième album, n'atteint pas le tragique de La Marmaille nue , ni l'enthousiasme sublime de Dehors . Sans surprise, il s'inscrit dans la continuité d'une discographie parfaitement cohérente depuis 1993 et les débuts du chanteur. Poétique, punk, un peu plus optimiste au fil des albums, et dont la rage survit au temps.
Ce dixième opus transportera donc les fans mais vaut surtout pour la leçon que l'on peut en tirer sur l'industrie musicale et la difficulté pour les artistes d'arriver jusqu'au public. Car Rentrer au port coïncide avec le retour de Mano au sein du giron Wagram, après le semi-échec de In the Garden , album autoproduit dont l'objectif était de "démontrer que l'on a besoin des boîtes de production". 130.000 euros d'emprunt, une hypothèque sur sa maison et seulement 30.000 exemplaires écoulés - "juste de quoi rembourser la banque dont je n'ai vraiment rien à foutre". Un nom, une oeuvre, un public fidèle : insuffisants. CQFD, Mano a prouvé que l'avenir de la musique ne pouvait se passer du business. "Les majors sont des commerçants, on n'attend pas d'eux qu'ils soient des anges, j'ai besoin d'eux pour arriver jusqu'aux gens. Je suis tributaire de toute une somme de métiers et ça ne me fait pas chier, je ne me sens pas arnaqué de ne toucher que tant de %. Je ne suis pas là pour tout ramasser." Rentrer au port donc, pour que les mots de Mano, maux et bonheurs, ne touchent pas seulement les shalalistes - du petit nom des fans de Mano Solo - puristes. De là à espérer que mode de production classique signifie passage en radio...
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