You are here

Promeneur érodé

Primary tabs

En dépôt sur la planète violette celle des déroutés, sans feu et lent du coeur, ce séducteur réduit va sa déchéance en tant pleurant que son parcours en devient salin et c'est avec cette tête mâchouillée, mélancolique accompli, que son corps se déverse dans la pesante cohue des passants, avec des gestes de balanciers. On dirait un arbre coupé qui s'abat.
La ville est pleine de ces rêveurs essuyés, essorés et desséchés dans la trame du réel ou tout se vide. Il va son âme dans la brume de la rue, le crachin vaguement acide des circulations poussiéreuses.
Placide, distant face à la foule au visage stoïque des matinaux asservies. Elle claque sa présence à chaque carrefour,où se bousculent quelques courroucés. Aux passages cloutés, elle file sa transhumance. Chacun trouve sa tâche dans des mouvements semblables. Les véhicules fournis de vides lancent leurs couleurs, vite ! Sur les pistes circulaires des tournis, la répétition machinale, obsédante et usante. Au rond point, on se dandine dans la grâce des échanges élaborés, la tiédeur conciliante et l'odeur dérangeante et rassurante du carbure qui se dissipe, un goût frivole agace les étourdis de cette respiration.
Dans le fragile se dévoilent des aspirations. On s'effraie de soi, on se lance comme un rien dans l'air, étonné, parfois de ne pas s'envoler dans le geste du souffle ! Ils font des grimaces pour se donner la fièvre des forces, la colère qu'engendrent les heurts.
Lui s'arrête au bout d'une ligne celle d'un chemin ferré où rien ne glisse. Dans cette périphérie des usines délabrées dans un coin scintillant, l'antre des amours sauvages. Il jette des regards d'évadés sur les vitres cassées. Prés d'elles grimpent vertement les fougères. Des songes le prennent mollement dans la fatigue du moment : ils sont mauves et champêtres, où filent des nuances jaunes dans le fond du ciel étiré. Le passé vif s'impose en ce lieu cloué. Le désert, l'abandon lui sied comme le vent présent dans le papillonnement des peupliers. Longtemps, il médite, statue embourbée de souvenir.
Il fermera ses pas tardifs au milieu des commerces lumineux ou éclatent de transparences les vitrines. Elles s'habillent de modes tranchantes, du luisant, du neuf aux semblances d'éternité.
Lui prit dans sa descente, passe, sage et atteint.
Il redémarre dans le glacis des vivants porté par la grippure de son coeur qui s'hélice dans sa carlingue molle et âpre. La ville le prend de plein fouet, animale de civilité.