Il ne suffira pas que je m’éteigne, il faudra encore qu’ils m’affaissent, sans arme ni abysse. Il paraîtra loin le temps des âmes pures et émerveillées, tant et si peu que les heures défilent, les eaux tremblantes, larmes incessantes ne cesseront de creuser les sillons impériaux de mon cœur abîmé. Il n’est pas tant de rêves qu’il ne soit trop tard, apeurée alors, j’irai tourbillonnant parmi les algues d’aurore, du milieu de ces terres arides, impassibles et risquées. La pluie aura cessé… le silence vocifère…
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Les chants auront retenti et les armes se seront tues. Nous exultions afin de les convaincre, de peu qu’il faille sans parfaire, de loin qu’il faille s’en défaire. Les aubes déchaînées, aussi mauves que nos étreintes, seront incrustées dans la pierre de leurs âmes sans fin. Vertiges vertigineux, les marches seront à descendre, couteau édenté, reflet gris bleuté, à partir d’ici tout s’éteint. Je n’avancerai plus, l’horizon enchanté de nos sphères assassines, ne restons pas là, debout couchés en cet abîme. Il ne faut plus… Avancer…Sans battre en retraite, il ne faut plus respirer sans être mort. L’orgueil penché sur le néant, contemplant la tête d’un enfant salé, le puit épuisé de n’avoir que trop pensé. Tour à tour en absents, les rêves mal propres et odorants ne résisteront pas à leurs nerfs envahissants. Tumulte doré et amer, noir debout et blanc rêvé, il n’en faut pas un de plus, brisant le cercle épouvanté.
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Méduses cruciales et glauques, les recoins lugubres de vulgarités, fuyant les néons malicieux et les sourdines malfamées. De peur et sorti de terre, je vacille en lames douce, tranchant par là même celles qui me retenaient en leurs glues de cauchemars. Peu ‘importe le chemin, la porte n’est que poussière, songe de fumée noire, pestilences assourdissantes. Les rues sont trop droites pour être honnêtes, j’entends leurs cadences clinquebalantes, sans y naître pourtant totalement, trop y regarder, on ne s’y entend plus. Lasse de ne pas m’y retrouver, j’accuse le sang qui coule de mes yeux, et réchauffé en mon sein, j’en bois la liqueur, saveur d’horreur, assénée de remontrances assonantes. Les ères n’y changeront rien, je vogue ainsi sans escale, et stagne aux pyralides de soleil, imposantes et par dessus mon esprit habité.
Rien de tout ne m’émeut. Permission refusée.
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Sans être capable du moindre geste, les champs au loin resplendirent, gélatines tombant du ciel, glacée, en pluie éparpillée, lourde de parfums mélancoliques. Peu d’entre nous savent qu’il est trop tard. C’est sans importance. La puanteur brune s’est abattue sans crier garde, sur nos étendards merveilleux, abrupte et légère, assise tranquille au bout du plongeoir. Lancinantes et affligeantes, nos immobiles lenteurs ont éprouvés nos vaines amertumes, les ruines se dressent et sans maudire d’aucun que nous sommes, l’espace enfle et empeste l’absente absinthe. Les abris abandonnent et les courbes renoncent, s’écartant de la flamme, les voix rauques ânonnent, sans nulle autre rigueur, imposture délicate, les distances de lunes aux rayons dévers, regrettant les discours et les papillons brûlant, l’eau s’accorde à ne plus être ce que l’on attendait de la source. Tournoyant et ricanant, le diable s’est assis, la queue entre les jambes et s’est mis à prier. En riant à en pleurer.
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Larges et imposants, entourés de rêves et d’encens, les paradis ne répondent plus aux suppliques, ils s’étiolent en abandonnant aux heures leurs leurres azurés. Aux grandes voiles noires, le vent fait la cour, en s’emportant, phrases et marges, auront sans défense, créent l’arche de l’obscur, lance de la nuit. Les flammes auront la part belle, aux larmes vrombissantes et éclatantes, peu de tort, peu de mort, mais là, des rives si peu allumées. La lave ne sera épuisée que lorsque les oiseaux d’aurore auront crié leur haine aux face de l’Ether. Pierre par pierre, lézardées, muselées, il faudra devenir rimes et attendre les sommeils sans en avoir l’air. Brindille de mer, éclatée de rêve, au plus loin de nos regards, elle attendra encore la main levée en signal, posée sur la terre, chancelante d’amertume, passant le temps à chuchoter des mots indicibles, des sons invincibles.
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Il est temps que les mots soient tus, incohérente logique, il est temps que l’immobile se mue. Apprécie la gloire et la férocité du ténèbre impossible, sur les chemins des trésors, arachnides possessives, intrusifs, les dieux se taisent et méditent. Dehors l’or gronde, sourdine inexpressive, tempête ravageuse, les blés se couchent et se lassent de n’être pliés que par si peu. Lentement l’ombre sombre et décline encore lorsque soudain survient l’aurore, frappés en plein corps, les hommes survolent les fins sillons de rêves, dans la moiteur d’un jour sans fin, dessein d’automne d’octobre, passagers sans ciel, à en perdre la vue, l’esprit encerclant les petitesses des écumes infernales. Bousculés d’informe, les soleils répondent qu’ils innocentent les abîmes, aussi perfides soient-ils. Il est l’heure, l’enfant s’éveille, son regard frôle la courbe lunatique du monde qui s’amoncèle. S’étirant à pleines âmes, il s’élance dans le matin, clairvoyant et en plein vol, avec pour seul refrain, l’envie d’agripper les immenses bleus parfums.
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