Il est où le soleil quand il n’est pas sur ma tête ?
Et les océans que deviennent-ils quand elle tourne la planète ?
J’ai beau changer de strapontin le vent m’échappe où je m’arrête
Le Pont-Euxin, la Méditerranée, la mer Egée, la crête
Tout est si loin depuis ma fenêtre !
Je pose alors les montagnes à l’horizon de mon indifférence
J’étale les mers et les océans à l’infini de mon impatience
J’ameute les tempêtes
Et le vol circulaire des mouettes
Et j’occulte l’alouette
L’orfraie et la chouette
Je voudrais être ici et là-bas et me perdre de vue
Par les déserts salés et les dunes inconnues
Mais je ne suis qu’une ombre accrochée à sa lunette
Qu’un tout petit bonhomme poussant sa brouette
Dans le jardin aux humeurs lunatiques
Bambou ici, hortensia là, jungle, pampa, plateau basaltique
Mousson et sècheresse, marais et savane brûlée, laves chaotiques
Perché sur mes deux pieds, debout au strapontin, je ne vois pas plus loin
Il y a pourtant des fleuves qui naissent des montagnes et se jettent aux confins
Il y a pourtant des villes qui s’accroissent compliquées au débouché des routes
Il y a pourtant des failles, des canyons, des gouffres, des tombants, des redoutes
Et des observatoires munis de télescope tout en haut des Andes
Sur la pointe des pieds ma fatigue est humaine
Je voudrais participer et soulager la peine
Et je guette le moindre phénomène atmosphérique
Réalisant tout à coup combien je suis périphérique
Colonisé par les mots du colon
Décérébré par la télévision
Hanté par des révolutions
Comptable de leurs trahisons
Je suis périphérique par ma culture
Je suis périphérique par ma voiture
Je suis périphérique par ma parlure
Je suis périphérique par mon voisin
Je suis périphérique par l’enfant qui naît
Je suis périphérique par la femme qui me regarde
Je suis périphérique par l’homme qui m’ignore et par celui qui parle
Je suis périphérique par mes frères humains, mes dissemblables, mes si semblables
Je suis périphérique par la nature qui suit son cours et les bêtes qui traquent
Je suis périphérique par les mots dont je ne suis pas maître
Je suis périphérique par la beauté qui m’échappe
Je suis périphérique par la violence à vivre
Je suis périphérique
Et dire qu’en naissant j’étais au centre
Je regardais le soleil au-dessus de ma tête
Se levant pour moi et se couchant de même
L’eau m’indiquait le chemin d’en haut et d’en bas
Les fruits poussaient à l’arbre pour ma main à ma bouche
Les filles m’étaient promises au soleil de la rue
Les musiques jouaient pour moi et ma mélancolie
Les histoires racontaient l’histoire de ma vie
Tout rimant à l’unisson de ma vie, de la vie
Mon voisin pensait de même, stupeur, et le voisin de mon voisin
Et l’étranger de mon voisin qui me regardait dans le miroir !
Plus haut était le strapontin et plus proche était le centre
L’élection du plus egocentrique se faisait dans l’élision des autres égaux
Je suis périphérique traversé par des ondes, des mots, des images, des sons
A la périphérie les peuples affamés, les jardins ouvriers, les immigrés
A la périphérie la mauvaise herbe, les terrains vagues, les camps nomades
A la périphérie la vie de bric et de broc, le temps que l’on bricole
A la périphérie le petit matin autour du café noir, le verre d’eau
A la périphérie la peur du lendemain, l’émotion de la rosée
A la périphérie la paire de souliers usés, la sacoche de lettres oubliées
A la périphérie la main qui gratte le crâne, le nez que l’on mouche
A la périphérie l’écolier, le vieil homme, l’adulte en colère, la femme qui a tout vu
A la périphérie la guerre, la violence, la fraternité, la liberté, la révolte
A la périphérie la vie, l’herbe nouvelle, le bus qui rouille, l’écran allumé
A la périphérie le temps, la nuit, le silence, les semences rebelles
A la périphérie les pierres qui se souviennent, la mer qui asphyxie
Et les hommes qui marchent, qui tournent en silence pour le respect du droit d’asile
Ma boîte à musique tourne encore, petite mécanique qui capte les échos
A la périphérie j’entends encore des voix, des chants, comme un lointain futur
J’entends la violence à vivre, la violence de l’espoir affrontant le Centre
Commentaires
dérive et dérivons
mar, 15/03/2011 - 20:57 — FoxPages