
J’ai souffert autant dans mon passé qu’il y a eu de nombreux hivers
Noyés par la mer tâchée de ciel et chahuté par les entrailles de la terre.
Comme un vulgaire chalutier sombrant dans une île de cocotiers
J’ai autant ramé qu’il y a de ports amarrés sur les brèches côtières,
Autant de chaloupées d’un regard se faisant une hôtesse de l’air.
L'écorché n'est pas celui qui le montre mais l’autre qui en a souffert
Et j'ai assez souffert pour vous dire que ce serait trop long de le décrire.
J’ai souffert autant qu’il y a de pierres, se prenant pour des punaises,
Pour sécher dans le vent les larmes de mon malaise contre une falaise.
J’en ai autant pleuré qu’il y a du en pleuvoir contre les flancs escarpés
Des montagnes pour les voir grandir en accouchant des belles vallées
Sous le regard d’un soleil sacré parcourant d’une fille sa peau sucrée.
L'écorché n'est pas celui qui le montre mais l’autre qui en a souffert
Et j'ai assez souffert pour vous dire que ce serait trop long de le décrire.
J’ai souffert autant qu’il y a de cités minières ayant fermées leurs portes
Pour que leurs retraités fantômes redonnent la vie à leurs allées mortes.
J’en ai autant soupé qu’il y a de millénaires ayant gardés les mystères
Éclairant les étoiles ou de rêves ouvrant à l’homme la voie de la réalité,
Autant de chiens urinant contre les lampadaires pour marquer leur territoire.
L'écorché n'est pas celui qui le montre mais l’autre qui en a souffert
Et j'ai assez souffert pour vous dire que ce serait trop long de le décrire.
J’ai souffert autant que dans le temps seront l’humilité, l’humanité,
Les deux mamelles pour nourrir et faire grandir les vers de notre société.
Je me suis fané autant qu’il y a de fleurs poussant dans un chant de liberté
Pour apporter dans le cœur de quoi le remplir avant de le foutre en l’air,
De quoi se dire qu’il y a toujours eu du bonheur même dans la colère.
L'écorché n'est pas celui qui le montre mais l’autre qui en a souffert
Et j'ai assez souffert pour vous dire que ce serait trop long de le décrire.
Ludovic Auboeuf, le 11/06/2011.
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