
Ne pas rêver c’est peut-être ce chien que nous avons tous croisés,
Mortifié enchainé par une laisse pour lui ôter une part de liberté
Auquel nous aurions coupés les pattes pour l’empêcher d’avancer
Pour progresser en risquant de s’évader entre les mailles du filet.
Ne pas rêver c’est un calcul élémentaire, composé de chiffres erronés,
Que l’on additionnerait pour un total aussi instable qu’est parfait
Ce sol carrelé par les frontières sur lequel s’effritent les promesses,
Bouquets d’Œillets éphémères passés comme une caresse passagère
Sur le cul d’un paltoquet, aux abois, à l'arrêt, aux aguets, soudain perroquet.
Ne pas rêver c’est comme une forte douleur placée au niveau du pied,
Une forte chaleur empêchant de se toucher pour se soulager de peur
De se gratter jusqu’à s’en déchirer la chair et se mettre à saigner
Des vipères que la mort tenterait d’apprivoiser pour nous embrasser.
Ne pas rêver c’est comme ce moulin s’étant arrêté de tourner un jour
Où le grain d’un blanc polaire s’est transformé en lingot d’or,
Un moulin aux rouages avec ses problèmes dentaires et les boulons
Rouillés, prêts à lâcher prise, depuis qu’il sait qu’une usine pour
Le remplacer finira par se monter en condamnant son utilisation.
Ne pas rêver c’est comme de crever la gueule ouverte devant
Cette gentille fille à qui l’on promet de l’aimer pendant longtemps
Et qu’on finit par rejeter tellement c’est compliqué de faire semblant,
Tellement il est si simple de faire ses valises pour prendre le vent.
Ne pas rêver c’est comme une douce angoisse de la part d’une paroisse
Se demandant si pour le dernier à passer sera toujours là le vin de messe,
Si la croix ne finira pas par tomber tellement le mensonge l’abime,
Tellement sa cime montrant son enzyme fait un détour par ces abîmes,
Donjons où dorment des dragons et squelettes que réfute la conscience.
Ne pas rêver c’est comme de continuer d’exister en faisant croire
Que nous sommes présents alors que de vivre devient cet empire,
Portes fuselées ouvrant dans une salle où le seul respect est de mentir,
Où seul le mensonge se balade en détenant la clef de la sincérité.
Ne pas rêver c’est comme de se coucher dans un matelas de carmélite
Nous punissant d’être ce qu’on en fait en transpirant de l’eau bénite.
Alors je rêve d’accrocher à une corde ce beau linge et, chose qui démange,
Lui demander d’aller voir ailleurs se faire foutre et même si ça le dérange
De me laisser imaginer de ne pas m’être trompé en descendant du singe.
Ludovic Auboeuf, le 02/12/2011.
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