Quand
je suis triste je suis gris et j'essuie ce que la vie me donne même si
ça me glisse dessus comme une pâte molle aussi lourde qu'une boue de
pâturages.
Au temps du bonheur je filais bon train, guilleret comme
un étourdi, blanc d'espoir comme une lune pleine, j'avais du mordant et
des bonds. Le ciel me guidait à coup de nuages ivres de vents, je les
suivais jusqu'aux rivages des mers australes,
grimpant dans les vagues pour prendre éternité de la beauté de l'eau.
J'avais des idées fusées et des gestes dynamiques, tout un peuple
loufoque de voisins dérangés venait dans mon monde pour y goûter des
airs d'accordéons. Quand je vois le présent, il m'assomme comme mille
pommes polonaises, j'ai la grimace figée et le teint vert des déterrés,
je me suis échappé d'un passé pour courir le ruisseau, l'eau brille
c'est déjà ça pour faire bonne mine au coeur et me chante un air qui me
rappelle quelque chose de fort et d'espérant comme une anguille sortie
d'un couloir !
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