You are here

Rupture

Primary tabs

Je lui ai fait un bras d’honneur et je suis parti, comme ça, furibard. Je me suis dit : « c’est fait et vlà ! ». Crac, à toute jambe, sans me retourner, la tête bouillante d’activité, je fonce dans la rue, au milieu de la route ou les automobilistes ont vu bien pire et m’évite majestueusement. Je me déplace presque aussi vite que mes pensées et fuir m’occupe pleinement, c’est mon destin ce coup-ci. D’habitude je négocie, m’accroche, compose, blablate, là foutre que non !
Une sorte d’éclair lucide et acide m’a traversé et j’ai tout laissé tomber du haut de ma rancœur, de mon envie, de ma flamme. Assez du bricolage des affaires foireuses, des projets sans envergures ni vivacité. Il me faut du sport maintenant, une chose qui bouge, qui crache, qui se ramasse et bondit pour aller loin très loin, un truc qui ouvre la vie et je file avec tous ça qui circule dans le corps et m’emporte du dedans dans une glissade fantastique et lyrique, démentielle de forces.
La seule chose qui était pénible c’était qu’elle avait mis trop de produits sur son visage et comme je l’avais embrassée, je portais sur moi ses effluves, mélanges savants de citronnelles diaboliques et de patchouli entêtant. Dans ma cavale urbaine, je tâchais de me rappeler l’emplacement d’une fontaine ou j’aurai pu plonger pour effacer de ma face cette outrageante marque. Plus que trois kilomètres, tiens bon me dis- je!
En attendant, ma mémoire mise en effervescence par ses parfums me frappait des visions de sa rencontre : Elle avait, alors un habit clownesque, une veste à carreaux noir et vert foncé, très cyprès sur un grand tricot jaune criard serré dans un pantalon velours de braise et elle tenait négligemment une corde traînante qui faisait office de laisse pour un chien plus coyote que caniche.
J’ai ôté mon blouson tellement il faisait chaud, en fusion j’étais physique et émotionnelle. Je m’étais assis sur la marge du bassin, écoutant sa roucoulade, reprenant mon souffle un instant, puis je jetais ma caboche dans le liquide limpide, ressortissant tout dégoulinant et javellisé.
Il y eu le grand silence cette fois, le repos soudain, l’apaisement total. L’eau en coulant avait tout emportée, fatigue et passé. J’étais vide et heureux.