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"Ils ne viennent pas" par Faipel

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Ils ne viennent pas.

Tout est servi, tout est prêt mais ils défilent lentement par groupes, ils défilent sans jamais oser franchir le

cordon de velours rouge qui coupe notre monde.
J'ai tout installé, tout rempli mais l'attente fige doucement le sang dans mes bras, l'impatience est devenue une raison, une raison d'être autre chose.
Une raison de ne plus être mais de devenir.
mon sang a doucement disparu puis ma peau s'est glacée lentement, elle s'est figée.
La sclérose qui envahit mon corps est profonde maintenant et je n'arrive bientôt plus à bouger mes bras.
on dirait du plastique.
Ils ne comprennent rien. ils me regardent à travers leur volonté avide de découvrir.
découvrir quoi? je suis une statue maintenant. une forme même pas de cire. une mannequin. tant pis pour moi? non tant pis pour eux.
Je ne voulais pas leur tourner le dos mais lui l'a voulu.
lui ne veut pas qu'on voit mon visage, lui m'aime et me le dit.
quand les portes se ferment et que les lumières se cachent, il apparait. le faisceau de sa lampe de poche ondule sur les murs chargés d'histoire, son trousseau de clés tinte contre son inutile matraque et je le sens arriver.
Il entre dans la pièce avec douceur, toujours avec une retenue très courtoise.

"Bonjour ma belle"

Qu'est ce que je peux répondre? il est laid.
pour ne pas le contrarier, je garde le silence.
puis ses pas s'approchent et il franchit la ligne de velours. lui le fait et je sens bientôt ses mains chaudes mais trop larges se poser sur mes épaules de bakélite.
Le contact semble le réchauffer plus qu'il ne m'apporte la moindre tiédeur.
Il sourit et puis délicatement me tourne vers lui. son sourire apparait.

"Bonjour ma belle"

Cette fois, sa voix est douce, plus confidentiel, c'est à moi seule qu'il s'adresse et c'est sur moi seule qu'il pose ses lèvres. juste un contact que je suppose humide sur le coin de ma bouche.

Il s'assiéra à sa place, il m'assiéra en face de lui.
Il mangera le contenu de son assiette, moi je n'y toucherai pas.
puis il me tiendra la main.

Je regrette de ne pas pouvoir fermer les yeux.

Je le hais.

Viendront-ils? j'en doute de jours en jours.