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Nuit dérangeante

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Que dis-tu là vil anglican poudreux, l'argenterie est partie avec un voleur nuitamment ?
Qu'as-tu fait domestique d'exil dans ce manoir breton où le ressac fait office de folle horloge ?
A quel vent marin s'est embarqué ce margoulin ouvreur de portes et de coffres et de quel sommeil te targues-tu pour te navrer de gestes pitoyables ?
L'ignominie s'est abattue sur la maisonnée comme des feuilles d’automne mouillées sur un banc de bois rendue caduque, nous voici idiot de vivre ici, en peine de souvenirs hérités du centenaire ancêtre qui blanchissait solidement sous les poutres de cette demeure.
Et les tableaux, ceux des tempêtes colossales pourquoi ne les as-t-il point emportés, sûrement malheureux as-tu connu le mal de mer et ces effrayantes répercussions sur tes sensations!
Et ses traces de pas font de ce fractionneur un géant, encore un natif de la pampa et que la terre de granit attire pour connaître autre chose que les contrées infinies de nature peuplées de bêtes libres, où est-tu un artisan autoformé de la basse banlieue inculte comme un financier et rapide comme une hirondelle qui se fait des printemps à la moindre occasion dans des vacances laborieuses sur ces côtes orageuses?
O créateur d’outrage, tu ne t’es pas non plus pris aux commodes chevaleresques, pourquoi donc ?
As-tu vu le fantôme brumeux blêmir avec une mimique absolument froide d’écossais à jeun !
Ce nauséeux vif du quatre heure du matin et qui se fond dans la pièce comme un brouillard singulier et qu’on dit de la famille, peut-être pas de son vivant de chair et d’os mais depuis tant de décennies dans sa manifestation réussie de présence blanche et fumeuse !
Un fabriquant d’outillage et qui courtisa bien plus d’un an la belle Henriette une nièce d’un temps lointain venue ici pour parfaire son apprentissage avec des yeux noisettes coquins à l’extrême qui plût beaucoup à un chevalier insomniaque, dépensier et royaliste tout autant que dépravé, qui eut le bon goût de mettre fin au tourment du tonnelier un jour où le vin mauvais guida l’épée de l’aristocrate dans le ventre épais du maître d’art.
Nous sûmes par ouïe dire dans ce pays où la langue fut bavarde sur ce vécu que l’idylle dura étonnamment entre ses deux tourtereaux marqués du sang de ce bravache.
Lui qui coula son sang dans la prairie environnante, s’attarde des nuits de lune par la suite dans la pièce au vestibule où la princesse de son cœur rangeait ses lettres du temps où elle passait, pour signaler au couchant local que le lieu est habité par un vieux mort récalcitrant.
Et n’as-tu point trembler au bruit de pas continus qui résonnent parfois du grenier absent ?
Qui sait peut-être verras-tu dés cette nuit le spectre aux beaux yeux mais au restant glaçant de mort achevé de la première propriétaire des couverts dont tu t’es emparé en ignare manifeste, ceux qui l’ont vu une fois disent qu’en de nombreuses nuits des cauchemars d’effrois s’emparent d’eux et depuis ils ne désemplissent pas les cabinets des psy en tous genres, où les méthodes néofreudiennes les étonnent assez pour faire oublier un instant leur vision de terreurs nocturnes au grand dam de Michel Onfray qui tonne sur les ondes tout le mal qu’il pense de l’inventeur de la psychanalyse.
Mais peut-être est-ce une apparition qui s’est volatilisée avec la vaisselle, peut-être même cette lugubre et possessive maîtresse ?
Marie La Deouart, elle-même qui se plaît à noircir les nuits de sa silhouette, tel un faux phare naufrageur, dont on dit qu’elle fut une organisatrice et bénéficiaire, mais cela tu le sais mon bon Erwan !
Mes os craquent ! Il fait soleil !
Faut que je disparaisse, mon bon serviteur !