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[une photo - des histoires]
Jeu créatif : La règle est simple. Voici une photo, écrivez-nous l(es )'histoire(s) qu'elle vous inspire.
Il n'y a pas de vainqueur, pas de prix. Aucune contrainte.
à vous de jouer !

Commentaires

Portrait de Fantalune

Pim : y a beaucoup de bipèdes aujourd’hui.
Pam : oui, on a de la chance, c’est dommage qu’on n'a pas les petits avec nous, c’est toujours instructif l’étude des bipèdes.
Poum : oui surtout que nous sommes bien placés aux premières loges, même pas besoin de marcher pour les observer. Ils sont dociles quand même de venir en représentation juste devant notre rocher.
Pim : oui c’est une race vraiment facile à dresser. Je ne sais qui leur a montré une fois ce tour et depuis ils viennent le faire tous les jours devant nous.
Pam : j’ai entendu dire que ce n’était pas de l’intelligence d’apprendre des tours, c’est juste des réflexes conditionnés. On les appâte avec quelque chose pour leur apprendre à faire ce qu’on attend d’eux puis ils le répètent sans se tromper, enfin presque.
Poum : et tu sais toi avec quoi on les a appâtés pour venir s’exhiber devant nous ?
Pim: je sais qu’ils appellent ça de la pub, on leur montre plusieurs fois où ils doivent se rendre et ce qu’ils doivent faire et en quelques fois, ils sont dressés.
Pam : tu crois que c’est dur pour eux de se balader ici dans le zoo et de jeter des cacahuètes ou des graines ?
Poum : ça demande quand même quelques années d’apprentissage parce que si tu observes bien, les petis n’y arrivent pas facilement et parmi les grands, il y en a qui jettent des cacahuètes au tigres et des graines aux girafes.
Pim : ceque je trouve désolant, c’est qu’on les déguise, c’est dégradant je trouve de les affubler d’oripeaux comme ça plutôt que de les laisser se promener à poils comme nous, librement et naturellement.
Pam : tu l’as dit bouffi ! C’est justement ça qui distingue l’homme de l’animal, c’est cette aliénation permanente dont ils sont l’objets.
Poum : n’empêche que c’est bien agréable tous ces esclaves qui viennent nous nourrir, nous peigner et nous soigner.
Pim : allons, arrêtons de les regarder comme ça, ça va finir par les gêner, soyons des maîtres dignes et respectueux de nos humains. Qui aime les hommes aiment les bêtes !


Fantalune

Portrait de Vincent LAUGIER

Dans la forêt des pays de l’autre bout s’élèvent les pensées des mondes nature.
Pourrons-nous franchir ces distances imaginaires où l’ailleurs nous porte dans sa trajectoire lunatique ?
Sur le blockhaus perdu dans la verdure, trois ours nonchalants devisent, notre horizon en vue, celui des créateurs pousseurs de vies à coups de mots dans l’embellie créatrice d’un jour, sous l’inspiration d’une image patente qui nous appelle.
Et que font ces plantigrades plantés sur ce toit de béton ?
Ils couvent des visions :
Ils nous inventent, nous investissent, nous font vivre, et même écrire et lire.
Ils perçoivent nos tronches d’hallucinés du site, quémandeurs de rêves, chercheurs d’égarements, le temps d’une visite.
Alors, au-dessus de ce fortin désaffecté, ce trio poilu fort en télépathie, épri de sympathie pour notre curiosité, fait fonction et  enflamme nos perceptions de leur existence de bêtes en position assise. 
Qui peut dire les songes de leur tête ?
Ils sont tout aussi riches que les mystères qui traversent nos esprits d’accaparés, tous vigilants.
Ils sont nés pour plaire, ces habitants du lieu et faire vibrer en défoulement ce qui nous fait agir, plein de libertés ils sont !
Sont-ils des fées métamorphosées pour ne pas effrayer d’une beauté boréale nos vues embrouillées de routines ?
Ils  impriment nos rétines comme apparitions insolites entre glaises et  firmaments en un ton dégradé sur une contrée bucolique.
Et se déroule le passage mélancolique preneur des choses qui font nos vides dans le chaos.
Tout le taciturne et l’attristant nous découpent des ombres.
Seraient-ils ces anges veilleurs de notre quiétude, libérateurs au moment fatal du trop plein outrancier ?
Certainement !
 Où le délire tout aussi affectueux de notre obligeance à nous créer du réconfort.
 Un fleuve proche se méandre à loisir sous une lumière brumeuse, où l’eau coule à foison dans une teneur poissonneuse propre à gonfler les ventres de ces pêcheurs sur rives.
Et ces sœurs gourmandes sous l’incarnation animale se font des festins grisant, laissant les écailles des gisants asphyxiés.
 La profusion les comble comme la soif d’ici.
Elles nous aident maintenant !
Elles se goinfrent de nos vices.
  Ce paysage déserté par la guerre, anime nos cœurs et le mirage nous prend comme un coup de vent effeuillant  nos lourdeurs d’appesantis.
Et l’entre monde paraît à nos yeux cernés de tout ça.
C’est la phase d'abandon : faire clair dans son âme dans la rencontre est un bien être.
Se démurer pour se saisir, s’envoler dans l’instant dans sa rareté particulière face à un sort qui nous jette vif dans notre essence nourricière du beau.
Et nous sentons ce qui nous aspire, comme un sentiment que la fin fondue de nous est une fusion, et cette remarque est savante  pour qui veut faire de sa folie un accomplissement.
Cela s’effacera dans l’éveil.
Restera l’ineffable.
Et nous poursuivrons dans la confuse démarche notre pantelante farce !
Cela nous fera sourire, ce qui n’est pas mal pour celui qui connaît sa peur.


Portrait de Fox

Trois Ours



   

    Trois ours se tenaient méditant sur des fessiers géants, les bras ballants quand même d'avoir tellement marché. Arrivés par un bout de forêt, assis là comme de simples bouddhas, trois ours attendaient l'heure d'une réunion, celle là-même qu'ils devaient présider.

    Bientôt le coucher du soleil battrait l'heure du rappel. A leurs pieds, s'étalerait le peuple de la forêt tout entier.

    - "L'urgence est à son comble, se disait le premier, Dame nature qui nous a fait mander ne supportera pas de nous voir revenir sans de sérieux résultats..."

    De sérieux résultats... Il se mit à réfléchir aux différentes options qu'il pourrait avancer... et plongea d'emblée dans le plus grand désarroi. Il était le plus triste et le plus désabusé des trois messagers. Voilà bien des années qu'il travaillait pour cette paix qui, aujourd'hui semblait tellement s'éloigner. Il se remémora son voyage dans le Sud du monde, toute la partie basse et lui revint plus précisément le souvenir d'une réunion qu'il avait dû présider dans la savane cet été, au débat entre feuillus et ruminants qui s'y était joué, les uns accusant les autres d'en vouloir à leurs vies :

"si nous ne pouvons manger nous allons tous mourir entonnaient les éléphants" tandis que les branches dénudées répondaient que leur fin était proche si on continuait de les attaquer sans cesse et sans pitié...

    Le croiriez-vous, mais chacun était persuadé de la malveillance de l'autre jusqu'à ce qu'un jeune éléphant, torse bombé et trompe en avant bien levée, se mettent à parler à l'assemblée, désignant le coupable hors de leurs rangs à tous en la personne, dit-il, de l'homme, créature destructrice par excellence selon sa conviction.

"Combien de défenses les miens leur ont payé, combien d'arbres brûlés, abattus comme des blés ???"

    L'ours n'avait rien pu faire pour couper le courant de colère parti du jeune phacochère et qui, plus vite que l'éclair, avait parcouru la savane toute entière. Pour son rapport à la Grande prêtresse, il avait annoncé l'imminence d'une alliance montée contre l'humain, le danger de la haine qui menaçait d'exploser, le trop plein de ces années passées à subir frustrations, destructions, famines, tirs de fusils... bref, il avait annoncé le début d'une guerre sans pitié.

    Mais ce que l'ours de gauche ne savait pas, c'est que celui du milieu avait fait un rapport dont les argumentations étaient différentes, mais dont la conclusion restait identique. L'Occident bien dressé pendant toutes ces années menaçaient lui aussi, en effet, de se révolter contre son domestiquant si mal intentionné. Peuples des forêts, des foyers, des prairies et autres végétaux parlaient sans cesse de charniers, de morts en série après des vies parqués dans des enclos sordides, "des camps" selon le loup qui avait pris le rôle de leader pendant la réunion.
L'ours l'avait annoncé, l'heure de la révolte allait sonner, mais cela lui déplaisait moins qu'à son voisin de droite. Il portait dans ses gênes la lutte sans pitié menée par l'homme contre lui dans ces vastes contrées. Il savait son territoire menacé. Devant Dame nature, cependant, il reconnut que la guerre, de tous temps, n'avait  rien apporté.

   
    A l'Est le troisième ours avait lui aussi frissonné sous le coup des discours, mais c'était parce qu'il était arrivé déjà plein d'une colère bileuse. Lorsque la prêtresse le convoqua au rapport il entra, arrogant, sans même la saluer et lui annonça qu'il prenait la tête d'une fronde qui, bientôt, déferlerait sur le monde tout entier.
Mais pour l'heure, tourné vers le soleil, il pensait à la paix qui naîtrait de la guerre, à la fin de cet humain si vain, celui qui avait tué son frère...

L'ours brûlait d'une rage souterraine que sa maîtresse sentait bouillir sous son épais pelage.

    Souvent elle craignait de le perdre tout à fait, le troisième de ses messagers de paix. Elle savait d'ailleurs qu'à la nuit tombée, cet ours là aurait son rôle à jouer. Devant les trois ours, les délégués de chaque espèce arriveraient sérieusement remontés et lui se fera leur avocat. Si l'ours désabusé ne basculerait pas dans la haine, celui du milieu paraissait près de céder à l'appel du combat.

    La question, maintenant qu'elle les observait assis là pour dominer l'assemblée, lui sembla d'une importance capitale. Avait-elle bien fait de donner la conscience à toutes ces espèces ?  De leur donner droit de cité, en quelque sorte et, dans un soucis de démocratie pacifique, de leur donner le pouvoir d'influer sur tous les évènements. En somme de la contraindre à la guerre, elle qui n'aspirait qu'à la paix ???

    A bien regarder l'ours de gauche cependant, l'avenir de la paix lui semblait bien compromis.
Alors elle se mit à chanter les paroles d'un cantique qu'elle aimait plus que tout : "Il y a sûrement des pays qui valent le coup... Des enfants r'bondissant sur le ventre des éléphants... Des océans pour serrer la pince aux crabes géants..."   
Il y a sûrement, sûrement sûrement se répétait-elle sans empêcher cependant le doute de grandir sournoisement. Fallait-il tout arrêter ? Ou laisser l'histoire s'écrire méchamment maintenant qu'hommes, animaux et végétaux étaient sur un pied d'égalité ? Après tout, l'homme ne l'avait-il pas méritée, cette guerre, lui qui depuis tant d'année ne cessait de l'agresser ?


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