Homéopathie : parcours de mon initiation
L’homéopathie a-t-elle un fondement scientifique ? Je n’ai nulle ambition de faire un article qui se prend la tête mais plutôt le récit d’un parcours vécu à la rencontre de cette médecine.
Il y a 20 ans, plutôt que d’assister aux disputes des partisans et des ennemis de l’homéopathie, j’ai décidé de l’étudier et de me forger ma propre opinion. Suis-je partie sans a priori ? Je ne peux le jurer. Peut-être un certain scepticisme de départ mais mêlé à une grande envie d’y trouver une réalité scientifique qui me ferait apprécier une médecine sans effets secondaires.
Je me suis donc rendue chez un homéopathe connu de ma région pour en discuter avec lui et me faire renseigner une bibliographie pour démarrer mon enseignement. J’ai donc acheté les 5 bouquins qui, disait-il, contribueraient le mieux à me faire comprendre les fondements de l’homéopathie.
A vrai dire en terme de fondements de cette médecine, je n’ai retrouvé que le credo de son fondateur Hahnemann (1755-1843). En effet tous ces livres se répétaient l’un l’autre et répétaient mot à mot les théories du fondateur sans que rien ne soit prouvé ni soumis à la moindre expérimentation sérieuse. Les rares expérimentations me montraient quantités de failles criantes dans une méthodologie non rigoureuse pour ne pas dire douteuse. Un dictionnaire de remèdes par milliers accordait à ceux-ci des vertus sans que jamais personne n’explique comment on avait trouvé ou comment on avait déduit toutes les vertus accordées à ces remèdes. Excusez-moi de la comparaison mais un peu comme le bouquin de Rika Zaraï qui est une compilation de remèdes qui relèvent de la croyance à laquelle nous devons adhérer sans poser de questions et sans se demander « mais comment sait-elle cela, elle ? »
Je ne me suis pas découragée, me disant que la suite de mes lectures allait apporter des explications aux mécanismes et aux fondements de cette médecine. Je n’ai trouvé nulle part la mindre trace d’expérimentation ou d’explications quant à la découverte des remèdes étalés par milliers au fil des pages de ces répertoires de produits. Absolument pas découragée, j’ai voulu interroger les pontes de la profession et je me suis inscrite à un cours qui se donnait pendant 3 week-end dans la capitale afin d’y poser toutes mes questions. Je n’y ai retrouvé qu’un autre credo qu’on demandait à mon esprit scientifique et cartésien d’admettre : nul besoin d’expérimentation classique qui serait impossible puisque cette médecine a un fondement différent de la médecine classique. On ne peut dès lors exiger d’elle qu’elle fasse ses preuves avec la même méthodologie que la médecine allopathe.
Quand je demandais pourquoi l’orateur choisissait un tel remède plutôt qu’un autre, il me disait s’en référer au recueil d’Hahnemann et m’exhortait à ne pas m’arrêter à cette difficulté, que je comprendrais et affinerais mes choix au fur et à mesure que je pratiquerais l’homéopathie !
A l’exposé sur les dilutions, j’étais très intriguée de savoir en fonction de quoi, le praticien choisissait une dilution à 4X plutôt qu’une à 40X ou une à 100 X, il me fut répondu qu’on sentait très vite ces choses là en pratiquant, que les petites dilutions étaient choisies plutôt dans les cas aigus et les grandes dans les cas chroniques. J’ai demandé alors une bibliographie où je pourrais trouver l’origine et l’explication quant aux différents effets bénéfiques selon des dilutions différentes, toujours la même réponse : je cherchais trop à raisonner en allopathe et il était impossible d’expérimenter des produits dont les actions étaient différentes selon le physique, le psychisme, l’environnement, les antécédents du patient. Oui mais dis-je, le premier qui a écrit qu’il fallait utiliser telle dilution ou tel produit, sur quoi s’est-il basé pour le savoir ? Pour peu, on m’aurait traitée de pisse-vinaigre, on s’est borné à me dire que je n’avais qu’à acheter les livres des auteurs qui nous donnaient les cours et que je comprendrais. Quand on a parlé de l’innocuité totale de l’homéopathie, j’ai demandé comment il se faisait que la dilution avait gardé l’effet bénéfique du produit et non l’effet toxique : on me dit que c’était comme ça, il fallait l’admettre. On m’a aussi demandé de ne plus interrompre le cours sinon on n’arriverait pas au bout et les autres ne pourraient pas en profiter.
Oui, mais profiter de quoi ? Comprendre quoi ?
Le coup de grâce dans la recherche d’un fondement scientifique me fut donné par une affaire qui fit grand bruit à l’époque : la découverte de « la mémoire de l’eau » qu’un savant de renommée mondiale Benveniste venait de « prouver » par une expérimentation scientifique. Il s’avéra ensuite qu’il s’agissait d’une escroquerie financée par les labos d’homéopathie et jamais l’expérience ne fut reproductible même si par la suite quelques défenseurs ont tenté de prouver la même chose mais sans déboucher sur rien de tangible.
L’expérimentation basée sur une méthodologie irréprochable et reproductible avait entre temps largement montré que les effets bénéfiques de l’homéopathie étaient superposables à l’effet placebo avec même un certain avantage au placebo.
Pour moi, la question de l’opportunité de prescrire ou non de tels traitements se posait encore : si ces médicaments sont inoffensifs et soulagent pourquoi ne pas les employer en effet ? Je m’étais abonnée à une revue homéopathique et je recevais les publicités pour les nouveaux produits. Quelle ne fut pas ma surprise de constater au fil du temps que les produits qui, nous disait-on devaient être prescrits en fonction de l’individu, selon son physique, son psychisme, les facteurs extérieurs, le climat etc étaient de plus en plus commercialisés sous la forme de multiproduits ( tout en un ) prenant les noms Analgésique°, Anti-grippe°, Homéobronchite° ou autre Anti-arthosehomeo. Ils étaient composés d’un cocktail de produits basiques mélangés alors que la théorie nous expliquait à quel point chaque traitement devait être différent selon l’individu avec des dilutions adaptées au fil du temps selon l’évolution de la symptomatologie. Si maintenant on commercialise des produits bons pour tout et pour tout le monde, il y avait de quoi ébranler ma confiance, pour ne pas dire à ce stade augmenter ma méfiance. D’autant plus que mes lectures me montraient que cette médecine n’avait pas évolué depuis que le brave Hahnemann l’avait couchée sur papier dans les années dix-huit cents. Voilà bien la seule "science" statique qui a trouvé LA vérité absolue il y a deux siècles alors que toutes les autres sciences se remettent en question, corrige les erreurs du passé au gré des nouvelles découvertes et des nouvelles expérimentations faisant leurs preuves.
En attendant, mes essais sur le terrain me confirmèrent que je n’obtenais aucun résultats supérieurs au placebo dans les maladies bénignes et aucun résultat dans la plupart des cas. J’arrêtais là ma pratique de cette médecine dite naturelle fort coûteuse pour le patient ( mais fort avantageuse pour les finances de l’état puisqu’en Belgique on ne peut rembourser que les médicaments qui ont fait leurs preuves scientifiquement démontrées et ce de façon reproductible). Autre chose qui m’enleva mes illusions sur cette médecine, c’est que bon nombre d’ordonnances magistrales d’homéopathie que j’ai vu passer chez des patients qui me demandent mon avis sur telle prescription contenaient de la cortisone ou des extraits thyroïdiens ou autre produit actif mêlé à une profusion de produits dits naturels !
Les écologistes ( belges en tout cas) voudraient faire reconnaître cette médecine comme étant naturelle, naturelle synonyme d’écologique cela va de soi. Mais que veux dire naturelle : qui ne nécessite pas une démarche scientifique rigoureuse ? Mais si nous acceptons ce credo que peu importe une expérimentation impossible donc inexistante, si nous acceptons le fait qu’une médecine non traditionnelle n’ait pas à faire ses preuves en se basant sur une expérimentation traditionnelle, alors nous devons reconnaître le bien-fondé des marabouts, des iridologues, des réflexologues, des crudivores, de ceux qui soignent par les couleurs, par l’analyse des lignes plantaires, par l’étude du marc de café, par l’urine à avaler tous les matins et j’en passe. Parce que toutes ces techniques ont aussi soulagé bon nombre de personnes convaincues comme soulage le placebo.
Une des raisons des écologistes à vouloir faire reconnaître les médecines douces est d’empêcher les charlatans de pratiquer. Oui mais où va-t-on mettre les limites des médecines dites douces pour leur entrée aux facultés. Le vaudou et les marabouts, ça marche aussi !
Mais où est alors la limite si cela soulage ? Oui en effet, ce que je cherche, c’est à soulager mon patient et si tel patient est soulagé de son rhume pour lequel la science n’a encore trouvé aucun traitement, pourquoi pas aller chez le marabout ? Il y a cependant au moins deux limites et elles sont de taille : toutes ces techniques de pseudo-sciences peuvent retarder un traitement efficace et ainsi précipiter une maladie au-delà du curable. Les exemples sont malheureusement légion. L’autre limite, c’est que n’importe quel charlatan peut profiter de l’étiquette médecine douce et naturelle pour faire tout et n’importe quoi aux dépens de la crédulité et de la non-connaissance de l’autre et pour un prix surfait. Toutes ces médecines parallèles ont été exploitées par des sectes dont presque toutes ont un volet médical à leurs théories en tout genre. Oui allez-vous dire, mais elles ne sont pas de l’homéopathie ! Non, mais les fondements de l’homéopathie sont les mêmes que les fondements de toutes ces médecines « naturelles » et cela est mon avis après étude approfondie. Je ne prétends pas avoir raison, puisque nous sommes dans le domaine du credo, chacun fait ce qu’il croit être bon et s’il en tire profit pour sa santé, c’est très bien et non critiquable. Le psychisme jouant un grand rôle dans la guérison j’encourage donc un patient adepte d’homéopathie à continuer ses granules sucrés pour autant que j’aie évalué qu’il ne se prive pas d’un autre traitement indispensable.
Je pourrais conclure par une boutade, j’applique la même méthode que les homéopathes : je crois sans avoir à le prouver que cette médecine n’a aucun fondement scientifique.
Ceci dit, il y a aussi des critiques à faire à l’allopathie mais ceci est une autre histoire…
Fantalune
Commentaires
excellent article!!!
ven, 27/08/2010 - 09:49 — faipelYep !
ven, 27/08/2010 - 17:33 — LinsayPages