Foncer dans le brouillard, sur la route qui se tire à grands traits pleins de lignes blanches traçantes sur une masse noire et tout autour, la forêt et sa masse de verdures, peuple de silhouettes grandioses. Ça fait du bien.
Le décor m’aspire et j’y jette ma courtoisie, mon engouement de vivre.
Le moteur chaud pousse sa mélopée, c’est le matin, un temps de départ, conduite machinale, l’esprit vif de vacances, le bonheur de partir, le voyage est un temps à saisir plein de l’arrivée prochaine sur les côtes, direction maritime, envolée dans l’iode nos idioties.
A mes côtés ma tendre femme qui me parle, elle me dit surtout : « tu sais, tu vois », tique de langage qui me fait savant, je n’ai pas sa subtilité à percevoir tout ce qu’elle me décrit.
Elle fait un descriptif impressionnant d’une maison qu’elle trouve originale.
Je la suis, surpris de son beau regard sur le monde
Dans cette voiture bleue à l’habitacle agréable le radiateur réconforte nos corps assoupis dans leurs langueurs, je l’appelle Alexandrine, elle m’appelle Koutorov, ça nous amuse.
La visibilité réduite couvre l’instant de fantômes, de créatures fortes de nature
Les pays du nord nous attirent, un goût de leur nature, une sensibilité à leurs mythes.
J’aime ces bruits établis d’une bonne circulation, le bon déroulement de la vitesse, le frottement de l’air et ces défilés de paysages. Un ailleurs se dessine dans le fond des couleurs qui vont et viennent à nos yeux.
Elle est rousse, je suis blond et grandement étirés que nous sommes, nous avons des traits scandinaves pour peu qu’on nous prête quelques origines.
D’Alsace je suis, de Normandie elle est.
Et nous fuyons ensemble la routine, je parle au ciel quand je marche sur des trottoirs, elle fait d’un crayon des paniers sur la liste des courses, elle fait sa chinoise, je me fais Arlequin.
Elle apprend à vivre aux objets, elle les met en scène pour que ça plaise à un public, petit ou pas, c’est son métier le regard artistique.
Je donne de l’ordre à des mots, je traduis des textes, des conférences parfois des livres pour que naissent des images, des représentations et qu’un monde coule dans le diapason des mots.
Le silence incomplet contient des douceurs qui m’enchantent, c’est peut-être pour ça que je parle peu. Je dis souvent « c’est pas grave », mot de passe qu’elle comprend bien.
Et nous allons trouver de l’inconnu, déjà pris du merveilleux du départ.
Nous voyons d’un bon œil les voiliers frémissant à l’horizon, souvenir de la dernière échappée dans le fatras de nos vies.
Cette fois-ci mer froide, lacs à pertes de vues et noyades délicieuses du quotidien dans la saveur des solitudes recherchées dans le partage de nos démences.
Et le temps se perd doucement dans ces rêveries du temps d’avenir.
Le voyage nous porte vers les délices
Commentaires
Jusqu'où mène la route...
mar, 02/11/2010 - 13:55 — FoxPages