
Je viens de Bogota en déchirant les écrans de cinéma,
Je traverse les rues en me mélangeant aux couleurs de la nuit
Pour partir où bon me semblera vers un autre pays,
Là où la liberté d’être en paix ne mettra pas en péril ma vie,
Je ne suis pas sûr de le trouver car sans papier je suis en sursit.
Je viens d’un ventre où je me suis fabriqué
Avec pour seul regret l’idée de l’avoir abandonné,
Je viens d’une racine qui m’a élevé au grain du malaise
Avec des poignets en fer pour m’attacher à une chaise.
Les feux des passages cloutés se mettent à clignoter,
Les semelles de mes chaussures se mettent à exploser,
Dès que je commence à vouloir les utiliser pour aller
De l’autre côté en se laissant déborder d’incivilité
La marée humaine qui a toujours peur de me regarder,
J’avance et j’éclate les pleurs qui se mettent à me bombarder.
Je viens d’un territoire où je me suis inventé
Un monde meilleur avec l’idée de le prêter
À celui qui derrière moi voudra bien y goutter
Mais devant le malheur j’ai décidé de le quitter.
Je viens du Chili, en mobylette avec l’essence du désir
Pour gagner de l’argent et m’offrir le moindre plaisir,
Je me suis trompé d’adresse car il se cache dans vos vitrines
Que de la déprime déguisée en paysage à l’encre marine,
En mauvais carton prêt à se plier pour finir en toit
Et entre toi et moi c’est en dessous ce soir où je dormirai.
Je viens d’une mer de sang qui a cessée de couler
Car les pieds dedans j’ai bien faillit m’y noyer,
Je tousse de rire en sortant la tête de ma bouée
Dirigé par un canard qui se met à se dégonfler.
Les grutiers déplacent des murs pour élevés des caisses
Le long des arbres où y vivent des voisins coriaces,
Des oiseaux pinailleurs qui se tirent ailleurs pour se déclarer
La guerre et gagner ce territoire qu’on leur a supprimé
Et laisser respirer les cimetières où dorment des déchets,
Vestiges de la consommation qui nous servira d‘identité
D’ici quelques années en espérant ne pas nous faire détester.
Je viens d’une prière qui avait pour volonté de me sauver,
Elle m’a mit dans le premier pétrolier qui s’est mis à couler,
Avant d’entrer au port et vu le nombre que l’on était
À être calé c’était à prévoir qu’elle tenterait de me tuer.
Rocco Souffraulit, le 04/03/2011
Pages