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J'ai attrapé la nuit pour m'en faire un manteau

Et les pluies en écharpe j'ai arpenté la ville

Ecartant d'un sourire les oiseaux écorchés

Qui tombaient de l'église

 

Sous mes pas alourdis brisant les coquillages

J'ai senti que la mer s'ouvrait à mes naufrages

 

C'est la lune qui peine derrière le remorqueur

C'est la grue qui se dresse à l'appel de la pierre

La benne qui déverse les invendus d'hier

Et le coeur à la traîne qui remorque sa peine

 

Une danseuse sur un fil au-dessus de la ville

 

Avec des jumelles on peut voir bien plus loin

Et le chagrin devient cette braise qui tient

Blottie dans une larme noire

 

Comme au coeur de la pierre

Du basalte très ancien

Un rêve vitupère

L'immense été indien

 

Des scories, des cailloux, des charbons dans la main

Des chardons qui sourient dans les prés calcinés

Des sacs lourds, de pacotilles, de verroteries, de coquilles sonores

Et une main qui décroche les raisins de l'orage

Pour s'en faire un collier

 

Plus pâle qu'une morte lassée de son voyage

Dans le néant obscur qui charrie des images

Elle

Dans ses genoux

Dans sa jupe

Ramassant les couleurs, les terres, rouges, jaunes, cyanosées, citrines

 

La laisse des jours et des nuits

La draille de nos fureurs enfantines

Le sentier creusé de fondrières marines

 

Rêver

Dormir

Parler la langue natale

Ouvrir les yeux, un jour...

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