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Délaissement

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J'ai chuté de jamais si haut, j'avais
cru passer un caniveau, et n'ai pas vu le gouffre de ma tendresse, et
la chute continue comme un manque qui me nargue jour et nuit comme
une plaie qui se plaît à s'étendre, j'avais vu un haut drapeau qui
m'attendait comme un sommet à étreindre, j'ai mis mes pas sur un
sol qui s'est fendu, j'ai mis mon cœur dans des mains glissantes
soudainement...

Tant de temps d'illusions, de printemps
durables qui se font la malle par un tour du diable.

J'ai pris une ombre pour un abri et le
soleil est venu dur quand cet épouvantail doté de cruauté s'est
retiré dans sa tanière, sans manières ni principes me laissant dans
le précipice piteux des affections mal soignés, j'ai jeté ma peine
lourde sur des chemins qui me faisaient signe sans y retrouver le
goût d'une confiance perdue.

La vie me découpe de déconvenues,
heureusement j'aime les nuages qui m'escortent. Le ciel me couve même
quand j'ai la tête basse. Et la pluie me donne une respiration.
C'est des petits moments comme ça qui me décollent par instant.

Ma déconfite figure s'est montrée
dans des bars de monotonie, j'ai bu des herbes amères sans étancher
la perte. Je me suis attelé au travail pour faire oubli. Je
construit des mots avec des emphases pour me croire fier d'être ou
je suis.

Mais mes manigances ne changent pas
l'engeance qui me frappe.

Je porte la blessure qui m'exile du
monde. Peut-être qu'une résonance effroyable...

Et je peux pousser dix portes dans les
étoiles d'une ville, dans les rues qui courent dans le vent, et
savoir que derrière la poussière des pollutions, il y a des jardins
qui offrent des fraîcheurs soudaines au coin des rencontres
inattendues.

La nuit me tousse dessus, et mon corps
me fatigue.

Ne pas savoir vivre jette des ombres
maléfiques.

J'écoute des chansons pour tenir par
le son.

Et un vide glacial résonne dans ma
tête et les failles de ma vie m'accablent comme des étonnements. Je
glisse dans des sentiments pas lisses. Je m'abîme dans la découverte
vaste des effrois qui sont en moi.

Je ne me savais pas si fragile et déjà
près de la tombe.

Je peux crier pour faire mouvement et
faire dans le jour une tournure de vie.

Mais tu sais que ce n'est qu'une
ivresse d'un espoir qui ne tient pas debout.

Y'a qu'à tenir un jour de pluie et une
nuit noire pour faire face face avec le tourment une danse grise ou
noire histoire de faire la foire.

Appeler des amis et la beauté du
monde, lever sa carcasse sur la route pour aller quelque part.

Lire, écrire, voir et dire.

Espérer dans la fièvre des autres
choses.

Rencontrer des écrivains en
conférence, taire mes confidences pour que le silence étendue
puisse m'apaiser comme un calme de cimetière.

Percevoir dans une fatigue ce qui fait
confort en se retournant sur sa vie comme un adieu de la fin.

Deviner ce que la vie qui s'enfuit me
veut encore.

Déborder de créations pour que mon
âme me fasse signe et me dise :

« T'en fais pas, le monde est un
décor et ton souffle vient d'un ailleurs ! »

Je me fais joli avec des inventions
pour filer sur des trottoirs où trottinent des cabots.

Je bouge comme je peux dans le sillage
de mon vécu.

Être dans le désastre, comme une
habitude acquise.

J'ai pas fini de me définir.

La malice saura me faire rire.