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Le rouge devient noir

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La lune était pleine la nuit où il
est tombé, et pourquoi pas ?

La lune est libre de ces facéties de
farceuses.

Le ciel était chaud comme une tiédeur
de ventre.

L'été lui devait bien ça.

Lui devenait doucement froid.

Il était né un jour triste comme un
cri solitaire.

Je l'ai connu un temps, un temps
maussade et violent comme la terre en supporte.

J'avais quatorze ans, une tignasse
d'araignée, lui était beau comme un gosse farouche, puissant
d'être grand dynamité d'intentions et de tentations, partis dans le
monde comme une sauterelle dévorante dans un beau champs de blé
dans le soleil qui réchauffe toutes les morts à venir et donne
l'illusion d'une éternité.

Il roulait dans une golf rouge et dans
des ronflements de moteur, il est mort à vingt ans comme un soldat
de la banlieue, dans la guerre civile des trafics illicites.

La portière ouverte et la tête en
sang, tant de rouge autour de lui lui allait bien lui qui portait
beau dans la cité et voulait être visible à mille lieux d'ici dans
le maquis de la revanche où il se donnait des airs résolus pour
prendre la ville à coups d'argents et d'arnaque, il voulait la
séduire comme une femme folle pleine d'atouts. Il était habillé
d'une arrogance qui faisait dans sa face une carapace ferme de fierté
sur la douleur d'en découdre avec tous les coups reçus. L'été il
est mort abattu par une bande rivale aussi violente que lui aussi
ivre de vivre durement.

Il est parti dans la détonation d'un
revolver, et une somme de malentendus. Et la mort aussi froide
soit-elle ne cache pas la senteur des genêts même avec des traces
de poudres les armes se taisent vite une fois leur tâche accomplie.

Il est né hargneux mal mécanisé pour
la politesse, toujours partant pour arriver au bout d'une affaire
louche, dur comme un natif du béton, il a fondu comme du goudron
dans la chaleur d'un coup de feu.

Je l'ai connu, d'abord par sa
réputation, un gagnant qui fait mille salaires de minable dans un
quart d'heure de prière et toujours fonçant dans sa voiture rouge
comme une urgence de circuler dans les routes du coin à trouver des
nanas conciliantes qui fleurissent au bord de ces capitaines de
fracas qui remplissent les mémoires des délaissées dont la
jeunesse s'exalte d'exploits crapuleux.

Je l'ai vu quelques semaines, des
grands mois à voir sa force virulente jeter sa désinvolture sur la
vie jamais assez grande pour ses yeux d'enfants. C'était un homme
fou comme la ville en crache dans ses bâtisses pisseuses qui refoule
du peuple miséricordieux loin des centres confisqués.

Il avait une connaissance et des façons
d'arbitres patibulaires, un sourire de loup, c'est cela le plus
impressionnant, ce sourire à la découpe, rutilant comme une lame et
ce contraste avec ses yeux toujours doux.

J'étais amoureuse comme la plupart des
copines qui filaient dans les chemins des bâtiments d'ici ou l'ennui
dessine parfois des espérances d' Espagne. J'avais quatorze ans et
un cœur qui s'ouvre.

Il était respectueux comme un animal
qui sait respirer et inspirer la crainte, il jouait des peurs avec
une insolence d'iroquois. Il fut riche en peu de temps et beaucoup
d'effusions.

Il est tombé comme une mouche frappée.

Il avait des ruses de serpents, un
savoir faire d'apache et mille manigances de ses mains de bricoleurs.

Il parlait vite en peu de mots et le
rire chargé au fond de sa gorge. L'enfance en lui n'était pas morte
mais amplifiée qu'il soit devenu un gangster. Il n'avait pas changé
dans son cœur. Il avait mis juste du sérieux dans des jeux
d'enfants tant de fois répétés dans les cours de récrés entre
deux punitions.

Il avait durci à l'ombre des effrois,
des interdits et dans un trop plein de solitudes.

Dans les balcons les linges séchés
dans une beauté de drapeau, flotte comme des pavillons d'ici où la
pauvreté est colorée dans l'été.

Il n'y a que les armes qui sont trop
noires pour ne pas donner un cafard terrible à vivre ici.

Et j'ai crié ma solitude dans une
conscience déchirée.