La nuit déroule le chemin passé dans
un éclat amer d'une vieille pluie.
Hauteur des sentiments perdus, la glace
est dans mon dedans, la chaleur des cœurs n'est plus qu'une
enveloppe humide trempée de larmes jamais versées.
Je vois le sens du jour qui me dévisage
théâtralement dans ma carcasse.
Je suis là comme une momie.
J'ai des arpents d'intentions liquidées
d'un instant mélancolique, cette éternité lourde qui prend effet
dans l'immédiat.
Toute ma vision jaunie prend finesse
d'une épaisseur de souvenirs.
Des arbres vues me reviennent
diablement de nuits d'été ou je marchais dans les odeurs fortes des
plantes suaves.
Toutes ces allées et venues poussées
par l'ardeur de vivre et la tête prise d'accompagnements musicaux.
Et la fatigue de la jeunesse dure à
oublier et qui s’ensoleiller au bout d'une solitude d'écriture.
Et les trajets en bus plein d'un monde
trimbalé et ce philosophe vieux comme un lion des savanes.
Et mon espérance qui flottait dans un
rêve sans jamais se poser dans la réalité du monde mourant.
N'étais-je qu'une transparence de
peurs mêlés d'envols poétiques ?
Les gens en confusions se croient
simples comme des chiffonniers.
Ils sont âpres, étrangers à mon
être, à me vouloir dans l'ailleurs, dans la marée de goudrons ou
se bousculent les roulures, les bruits des voitures, et l'air poison
des essences.
J'ai eu mon temps dans le vent
magistral sur la jetée forte de rochers splendides de vagues
écumantes.
Debout comme un évadé assoiffé, je
recevais la manne blanche de la mer furie, libre et agitée et qui
jouissait sa vie hors des humains affairés.
L’après midi ennuyeuse me guidait
dans la forêt ou passait les promeneurs, le soleil et la sécheresse
de ne pas être.
Vagabond j'avais vu les paysages
nouveaux qui révèlent la tournure des constructions.
Aujourd'hui toute cette parure aussi
jolie soit-elle n'est rien face à la dureté d'un propos.
Je me souviens d'une fenêtre ouverte
sur un vergers frais comme un bonheur et enchanté la nuit par la
fierté des crapauds.
Des sourires et des bonjours ont mis
dans ma transhumance un bienfait passager qui marque la brume de mes
tourments d'un apaisement.
Mon identité est difficile à trouver
dans le déroulement et le chaos, les manques qui dimensionnent ma
quête.
Je découvre des choses dans l'ombre de
ma présence.
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