Je suis né dans une Afrique, un balbutiement, une chaleur. J'aime la
poussière que soulèvent le vent et les déplacements. Je vais dans le
dédale de rues en pisés. Je vais pister les consciences perdues dans les
travers des conquêtes. Je vais rouler mon âme dans un lac desséché. Je
vais chercher ce qui traîne dans mes questions et me relie au monde
comme des cordes dans des ports d'attaches.
Je suis un navire d'Afrique, bien frappé de soleils et de rouilles et d'aventures humaines enthousiasmantes.
Ma tête a une flotte de beauté à dire le monde dans l'éclatement de la lumière.
La lumière est frappante, étourdissante pour l'oubli d'une cruauté...
J'ai des mémoires bousculées et des pas qui déroulent dans des chemins longs et divers.
Je veux voir des pays qui m'ont connu et des couchants qui m'ont salué et pris dans leur couleur de fin du jour.
Des musiques m'escortent tels des lutins astraux. Je veux prendre le
vent comme il vient. Et que le sable soit bienvenue dans ma demeure. Que
ma peur soit tendre à vivre. Les couleurs sont pastels dans des
lumières crues, les coeurs sont effacés dans l'assoiffement des affamés.
La danse se fait de tout. La parole navigue mille fois dans des contrées stupéfiantes.
Rarement l'espoir prend pied. La nuit est une roche folle d'insectes.
Les ports ont des pointes de lumières, les ports éclairent des
marchandises qui filent ici et là dans des échanges troubles. Les grues
ont des gesticulations.
Les gens sont maudits, les gens sont petits. Ils ont des arrangements drôles !
Ils sont manipulés et joués dans des candeurs politiques. La poésie devrait lancer des flammes de paix.
Les coeurs naissent dans des confusions.
Mes questions sont des traces de vies. Je vais dans le rythme de la mer
qui parle à beaucoup. Je vais dans un couloir lumineux que j’espère
solitaire. Une solitude qui souffle sa beauté.
Du monde me trouvera. Je n'ai pas de drapeau.
Je suis un navire d'Afrique qui finit dans une belle dérive.
Je suis farci par le monde des affaires.
Je suis vivant de m'évader.
Je suis étendu comme un mystère qui se cherche...
Je suis fait de peuplades sonnantes et d'héritages d'ombres.
J'écoute ce que la vie fait de moi...
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