Laissé par terre, aussi froid que le sol en béton trempé, il ne bouge plus.
Nu sous le regard des gens qui ne s'arrêtent pas,
aussi nu que l'arbre et le sol, blessé à terre.
Ouvert en son milieu, comme débraillé,
dépouillé du corps qui l'avait porté, abandonné
comme une vieille peau, usé.
Il ne bouge plus. Je m'arrête sans m'approcher,
il pourrait me mordre de toute sa nudité.
Je le regarde sans savoir ce qu'il fait là, sans savoir ce qui lui est arrivé.
Où sont ses jambes, où sont ses pieds ? Partis sans lui pour une autre virée.
Pantalon noir allongé contre l'arbre muet, je te regarde.
Alors je t'invente une vie, une histoire d'amour ou de bagarre,
dans la nuit bleue, dans la nuit noire.
Tu te relèves et vient me voir, je me raconte ta vie et tes espoirs,
et tes rêves et tes voyages.
Mais de tes déboires, de ton naufrage,
là, sur le sol mouillé, tu ne dis rien.
Moi non plus.
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