La lune souveraine des sentiers de nuit claironne sa lumière palie dans les taillis sauvages. Au fond de cette vallée, une rivière au son frappant guide le promeneur égaré ; il y trouve une fraîche senteur enveloppante. Les ombres se disputent en confusion les silhouettes des pins printaniers. Craquent ici et là les brindilles et les branches perdues sous les pattes d’animaux alertes. Prendre l’air dans cette colline domaniale donne du frisson. Le vent secoue de caresses prenantes les feuilles. Elles frétillent allègres et captives.
Tout à trac, il s’agit de garder son sang-froid, l’heure sombre du soir est venue. La peur tenue à distance s’efface d’une volupté : celle de se fondre foncièrement dans ce paysage connu de jour et qui joue maintenant de sa puissance nocturne. Et sa force cueillie, d’un bon pas de marche vous allége soudainement, vous flottez dans l’élan de l’effort qui vous emporte. Et le ciel étoilé vous chavire de sensations charmantes, une présence bienveillante s’immisce d’un souffle et vous voilà, sous la voûte scintillante ; comme observé et escorté d’une dimension qui vous dépasse, une conscience aimante de la nature.
Vous glissez dans la métamorphose de ce monde, dynamique, serein, et plein de ressources nouvelles pour se rendre au bonheur d’un sommeil voluptueux dans une maison repue entourée de rochers. Dans votre songe s’achève la journée dans le repos d’un fauteuil accueillant. Vous vous souvenez des chiens noirs croisés l’un après l’autre au tournant d’un chemin caillouteux. Votre étonnement devant leurs joyeux aboiements, alors que vous restez immobile face à leur corpulence vous marque encore. Leur liberté franche vous arrête un instant, puis vous reprenez, rassuré votre randonnée dans cette contrée d’arbres foisonnants. Bien plus loin votre propre chien poussé par sa faim devance votre trajectoire, il a couru de grandes distances vous entourant de sa danse au gré de ses envies ; la nuit accélère sa course, le blanc animal est fier de ses exploits, il a poursuivi des écureuils se désaltérant, parvenant même à tuer l’un d’eux, un corps rabougri gît dans l’eau. Maintenant, il vous quitte pour retrouver au plus tôt sa niche chérie.
Et vous voici près d’arriver, descendant sur une ligne sinueuse, qui vous est familière, bientôt, votre tête pleine de campagnes va disparaître dans une chambre calme dans les plis d’un oreiller profond.
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