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Éloigne toi des pores des corps morts.

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Éloigne toi des pores des corps morts.

-Salut.
-Salut.

Eva est assise sur les marches du grand escalier de la gare de Marseille, en bas, en haut, peu importe. Où qu'elle puisse se trouver , le mouvement demeure en elle, même indécise, elle n'a pas abdiqué, sa maison à elle est un escalier. Elle pense à tous ces gens qui dorment à l'horizon, leurs respirations mêlées au mistral trop froid en cette nuit de novembre qui la traverse de part en part. Trop froid quand on est si vieille, trop froid quand le corps lourd ne répond plus aux attentes de la vie, si froid quand le sang trop épais ne parvient plus que difficilement à atteindre les extrémités.

-Je peux m'asseoir à côté de de toi?
-Oui, bienvenue sur ma marche. Qu'est-ce que tu fais dehors par une nuit pareil gamin?
-J'attends un pote.
-Tu trembles, tu as froid?
-Pas vraiment.
-Je vois, c'est mieux ainsi, j'ai pas de couverture à t'offrir.

Encore un enfant dans le noir... Ils refusent les lumières artificielles des adultes, la chaleur de leurs pôeles sans flammes, les aliments insipides qui n'assouvissent jamais les besoins des chasses héroïques. Ils préfèrent l'obscurité, le froid, la solitude, ils attendent sans attendre vraiment qu'une autre lumière scintille, ils sont les enfants de la nouvelle lumière, Eva le sait, les enfants de l'ombre n'ont pas d'âge, ils n'ont jamais atteint l'autre rive seulement, la rive des délires, la rive où tous se figent, cimetière des chercheurs. Eva l'a déjà parcouru, elle aurait pu s'y faire prendre elle aussi. Elle y a vu des sépultures, mais elle à violé la règle, profané des tombes. Elle a soulevé les lourdes plaques de granite, creusé la Terre de ses mains nues. Elle a griffé le bois, les capitonnages. Une frénétique hystérie, les ombres des grisants s'emparèrent de son corps, mais trop tard. Elle avait vu dans la béance de leur torpeur.

-Je t'emmerde au moins?
-Pourquoi tu dis ça?
-Une habitude, j'emmerde tous les vieux, j'ai la gueule de celui qu'arrache les sacs à mains.
-Les vieux, ils te prennent pour la mort...
-T'es sympa toi, j'ai pas de faux sous ma capuche!
-La mort, ils savent qu'elle ressemble aux pic-pokets, elle prend tout! Mais doucement, elle commence par les vivants, puis la demeure, et quand elle s'empare des vêtements, ont croit que tout est finit, mais ça n'en finit pas de finir, il reste les lambeaux de chair, la mort est plus lente que les vautours, elle prend son temps. Encore plus long est le dépeçage des âmes.
-T'es arrachée mamie! Tu prends des trucs?
-Non, j'ai vue sur l'autre rive.
-T'as vu quoi?
-Ils y a des enfants, ils y enterrent aussi les enfants! On dit ici que les primitifs emportaient dans la tombe femmes et chevaux. Aujourd'hui c'est pire!!! Les cimetières de l'autre rive sont peuplés de corps d'enfants!
-Tu veux fumer? Ça risque pas de te détraquer plus.
-Tu me prends pour une vieille folle hein.
-Non. C'est pas courant les vieilles qui racontent des histoires d'horreur la nuit dehors. Les grand-mères, c'est fait pour lire des comptes de fées devant les cheminées.
-Ne te laisse jamais prendre sur l'autre rive gamin.
-T'inquiète grand mère, j'suis déjà pris.
-Non, je t'assure...
-T'es une drôle toi! Bon, faut que j'y aille, t'es sûr que ça va aller?
Oui mon ptit, ne t'en fais pas pour moi. .
-Tchao grand-mère!
-N'oublie pas les bateaux! Il en reste toujours pour s' éloigner des ports des mourants.

Le petit, s'il atteint l'autre rive, il s'en souviendra des bateaux. Dès qu'ils sont parlés, ils laissent une trace indélébile dans la mémoire. Eva ne se souvient plus vraiment qui lui avait conté ces navires. Une chose est sure, quoiqu'il arrive le chemin mène à l'autre rive, et pour ne pas finir gisant dans le grand cimetière, il vaut mieux pour l 'arrivant avoir au fond de lui inscrite cette parole, dite par un fou, par une catin, par un déchu, ou par un ange.
N'oublie pas les bateaux.

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