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A l'arrache

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A l’arrache, comme on tire sur le cœur la corde du violon

Nouant les noirs sanglots au sang de nos ancêtres

Dans la file innombrable vouée à disparaître

En chemin, en chemise, et le reste en carton

Car nous déménageons à toute heure en tout lieu

Perdant le pantalon, la mémoire, habitudes

Pour gagner chancelant le miroir hébétude

Où l’enfant se refuse à l’étreinte du vieux

Le beau rire qui résonne au milieu du fatras

La parole qui étonne par l’oreille infinie

L’amour que l’on pardonne de n’être que folie

Le repos qui se donne avec ou sans les draps

A l’arrache, à la hache, dans la nuit montgolfière

A cheval sur les jours aux rives des ravins

Incertains, indociles, quand nos rêves en vain

Cherchent le point du jour sur les pentes d’hier

Car là nous demeurons à toute heure en tout lieu

Gagnant même perdant le ticket au guichet

Pour un tour de manège, pour un simple hochet

Que des yeux simples pourraient prendre pour dieu

L’embellie d’une nuit où l’eau mouille au rivage

La joie qui se refuse et se donne par surprise

L’aventure un matin dans la faveur des brises

Le trésor découvert avec ou sans naufrage

A l’arrache, comme on tire sur le cœur la corde de la voile

Nouant les pertes et les fracas au silence des absents

Dans le couloir remué de mille mots d’avents

En chemin, en chemise, et le reste aux étoiles

Car nous nous embarquons à toute heure en tout lieu

Sans même nous mouvoir au milieu des grands arbres

Des vertes frondaisons et des statues de marbre

La tête en déraison et le cœur capricieux

L’espoir comme une fiole enfermant le mystère

Un livre ou une pierre marquant le paysage

L’herbier de nos printemps incrusté dans la page

La misère sereine impose de se taire…

 

 

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