Au milieu des bêtes et des arbres mordus par l’automne
Dans le feu sans fumée qui consume les feuilles
Juste pour les déposer
En tapis rouge sur le sol
Le cri
D’un rapace qui chasse
Très haut dans l’azur
Le soleil tremble
Juste une vision de l’esprit égaré dans l’air rare
Juste un trouble de la vision
Une vue de l’esprit
Qui va sans caillou, sans chaussure, sans bâton de marche
Je ne suis qu’une bête qui ahane à penser
Qu’un âne qui ânonne analphabète
L’alpha de la bête qui se prend pour un homme, et gars qui ne connaît son féminin
Faute d’atteindre à l’humain, à l’humus commun
Monade qui oublia son origine nomade
Dans le sottisier où croulent les paroles comme flatulences d’après banquet
Le soleil tremble
Ni de peur, ni de joie,
Il halète, dans son halo qui n’est qu’un défaut de ma vision
Comme l’esprit qui vagabonde et qui s’invente des sentiments
Tête coupée, coupe tétée goulûment à peine les vendanges entamées
Je ne suis qu’un dieu déraciné, enté dans la chair livide
J’ai dû m’égarer dans le sillage des méharées
J’ai pris racine, mes pensées se prennent pour des fleurs, mes discours pour des fleuves
Il ne suffit pas de jongler avec les mots
Ces mots qui sont déjà l’autre monde, englouti, rêvé, impossible, réel
Rivaux de la musique, rivaux déclassés, bernique !
Jadis, Ô mes frères de parole muette, Jadis
De hautes traditions guidaient nos paroles !
Le soleil tremble
Est-ce ma vision ?
J’entre en aveugle dans cette maison qui prend l’eau, dans cet esquif qui m’échappe,
Et le chemin se dérobe, suis-je au bord d’une falaise ? Ou bien ai-je mis le pied sur un chemin de parélie ?
On rit ici, on pleure plus loin, on parle, on parle, on parle et l’on se tait
Je parle en aveugle dans le concert assourdissant des paroles muettes, et pourtant je guette.
Je suis né d’un peu de pluie et de poussière, j’ai grandi avec la complicité des mères
Et je suis venu plus démuni frapper à la porte des pères qui m’ont appelé frère !
Ainsi sans horizon, sans dieu, sans pantalon, je me suis cru l’alpha et l’oméga de toute la création !
Un homme, et gars qui ne connaît son féminin faute d’atteindre à l’humain, l’humus commun.
Toujours proche des enfants, mal façonnés, rebelles par la mèche ou le regard, des filles qui sont restées sauvages, je marche en aveugle sur cette route bancale et semée d’embûches dont les oracles ont déjà inscrit le terme au jour de ma naissance, billevesées !
Ceint de cette couronne de mort j’apprends la vie, je prends la vie comme elle se donne
C'est-à-dire que je désapprends et m’étonne d’avoir encore la curiosité de vous.
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