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C'était un matin

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C’était un matin de loutre et de vent frais
Un matin d’herbe auprès de la rivière
D’enfants nus dans les gerbes d’eau claire
De viande boucanée posée là sur les claies
Un matin à embrasser la terre les mains planes
A saluer la lumière et le feu de branchage
A écouter au loin le chant lourd de l’orage
Confiant en l’avenir et dans l’aigle qui plane

C’était un matin de bouleau et d’herbes folles
Un matin de plumes et de totems
De pollens fertiles et d’abeilles qui essaiment
De crinières tressées chevaux qui caracolent
Un matin nomade poussé sur les terres rouges
A pêcher le saumon et traquer le castor
Avec la terre entière comme unique trésor
Confiant dans l’univers et les hommes qui bougent

C’était un matin à prendre tout son temps
Les femmes qui riaient au bord de la rivière
Les enfants qui riaient offerts à la lumière
La vie comme un campement au printemps
Un matin commencé par le chant dans les mains
Dans le cri qui s’envole le cheval qui hennit
Et les femmes qui s’affolent au bruit de l’ennemi
Qui veut voler la terre par la mort des Indiens

C’était un matin éventré et violé
Les perches calcinées et les peaux en lambeaux
Les femmes massacrées sur le bord du ruisseau
Et l’orphelin hurlant dans le camp dévasté
Un matin de deuil et de longue mémoire
Dans le jour embaumé par le vent de la plaine
Lointaine remembrance des fusils de la haine
De l’homme blanc allumant des feux noirs

C’était un matin ressemblant à la nuit
A la cale putride qui nous fit traverser
Les espaces humides de la mer salée
Pour porter la misère jusques au cœur des fruits
Qu’on cueillait au matin la paupière baissée
Pour remercier la terre libre sans raison
Et vivre seulement au fil de ces saisons
Qui renouent l’avenir à la trame du passé

C’est un matin qui nous ressemble aujourd’hui
Dans les cris et la peur venus du plus profond
Le libre le vivace et le bel horizon
Est mort ce matin là sans que vienne la pluie
Pour arroser le cœur et la plaine sans fin
Où même la douleur est devenue sans voix
Massacre des bisons et des hommes sans toit
Au bord de la rivière qui remue ses parfums