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c'était un matin de petit lait

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C’était un matin de petit lait et de troupeau
De bouillie au bout des doigts agiles
De seins nus sous la poussière d’argile
De rires murmurés dans le creux de la peau
Un matin qui claquait sous la langue
Au rythme du pilon sur les feuilles de manioc
A suivre les sillons tracés à coups de socs
Quand le fleuve remue la pirogue qui tangue

C’était un matin tout chaviré d’odeurs
De silence suspendu à l’arbre des palabres
D’animaux endormis quand le soleil se cabre
Au bout de l’horizon aux premières lueurs
Un matin de collier et de bracelets tressés
D’ocre rouge ou bien jaune sur le torse d’ébène
De lances pour chasser dans l’océan des plaines
En suivant les anciens et leur pas cadencé

C’était un matin de cases brunes et de bois sec
D’enfants nus dans les eaux limoneuses
De jeune fille assise sur la berge rêveuse
De montagnes au loin de bois rouge et de tek
Un matin d’avoisinants se saluant de la main
De gazelle aperçue dans la brume qui monte
Avant que la chaleur n’entraîne à d’autres contes
Par la voix des anciens aux yeux de parchemin

C’était un matin de sècheresse limpide
De silence effrayant avant la mise aux fers
La marche jusqu’au rivage qui précède l’enfer
De la cale des navires ouverte sur le vide
Des yeux privés de larmes par la terreur qui noue
Les esprits et les ventres allongés dans le noir
Dans les travées puantes transformées en dortoirs
La gorge et le thorax au niveau des genoux

C’est un matin aujourd’hui qui nous marque
De la honte ignoble de la traite des hommes
Plus maltraités encore que les bêtes de somme
Par les riches planteurs et les fouets qui claquent
Un matin aux yeux tristes à la langue coupée
A chanter dos courbé dans les champs de coton
Le chant des oubliés marchandise des colons
Béni par les églises et toutes les royautés

C’était un matin c’est le nôtre aujourd’hui
Les pistes empruntées par les pieds nus des enfants
Rougissent dans le soleil et dans les bains de sang
Dans le ciel sans nuage pour apporter la pluie
Un matin dans les ors de la France à fric
Qui voudrait oublier l’esclavage aboli
La marseillaise chantée par l’esclave d’Haïti
Sous les balles des armées de la république