A cette heure de la saison qui ne voit le soleil qu’au travers des barreaux
Quand les brumes diaphanes entre les troncs flottés remontent au carreau
Le cœur s’égare sur des sentiers qui mènent d’un bord à l’autre des eaux
Les fées sont de sortie et les sorcières secouent vainement des lambeaux
On croise dans le silence des arbres cathédrales les ombres musiciennes
Qui vont le cœur léger de n’avoir pour tout corps qu’une rumeur ancienne
Petits livres d’histoires oubliées, traités de nostalgie pour des âmes sereines
Grimoires enluminés dont les feuilles se tournent d’une main souveraine
Ecartant le passé, les peaux, les papyrus, les encres et les songes
Dont les clés sont perdues
Le vent courbe les arbres et le doute s’étend du voisin au passant
De la foule qui marche à l’homme solitaire, à la femme, à l’enfant
Et c’est toujours hier que l’avenir s’écrit pour chasser les puissants
Chacun suivant derrière et personne devant, tous derrière et rien devant
L’automne charrie ses tombereaux de feuilles et de couleurs broyées
Les fées sont en charpie et les ogres ont grossi les rangs des financiers
La rue bat le pavé d’un monde déjà rendu aux mémoires oubliées
Qui peuplent les prisons, les écoles, les usines, les cités et les universités
Ecartant l’étranger, le pauvre, l’humilié, les cancres et les songes
Dont les clés sont perdues
En ce jour qui ressemble à s’y méprendre à la terre des Cimmériens
Qui jamais ne connut la lumière la chaleur du soleil Olympien
Ombre parmi les ombres parcourant sans repos les champs élyséens
La foule de part en part traverse les palais sans changer rien à rien
Et c’est toujours demain que les combats du passé nous reviennent
Avec leur incertain, leur courage inconscient dressé contre la haine
Leur histoire confisquée par quelque Président qui entre seul en scène
Pour régner au désert entouré de larbins d’hypocrites et de hyènes
Ecartant tout un peuple, les droits, les libertés, la justice et les songes
Dont les clés sont perdues
A cette heure de la saison qui s’incline de la cime des arbres à l’horizon
Jusqu’à l’abreuvoir taillé dans le basalte contre le mur de la maison
Quand sur toutes les ondes, les mousses, les obscures frondaisons
La voix humaine à peine s’élève sans personne là sur le perron
La nuit fait son travail labourant les amours et les patiences d’or
Brisant les barricades, épuisant la colère au plus profond des corps
Qui ignorent que l’argent par la main du pouvoir dans un pacte de mort
A déjà liquidé la salle des pas perdus, la gare et le grand hall d’aéroport
Ecartant le public, le commun, la poste, l’internet et les songes
Dont les clés sont vendues
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