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Tu marches dans la rue

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Tu marches dans la rue sans sac à dos sans bagage
Tu regardes ces gens qui fument devant les garages
Les bars les tabacs les ministères et les halls déserts
Tu n’as pas de chemin tout tracé et tu erres
Le moindre épouvantail au vitrail te file la migraine
Tu méprises tout autant l’argent la mitraille et la haine
Tu évites les églises et les genoux pliés aux retables
Tu manges avec grand bruit les deux coudes sur la table
Tu marches dans la rue sans cortège et sans bruit
Tu t’endors trop souvent sur les chants d’aujourd’hui
Quoi rien de nouveau dans l’air tremblé d’automne !
Quoi pas de mystère ni de tonnerre qui t’étonne !
Tu regardes les foules qui se pressent au devant
Des violences aveugles qui se croient au printemps
Tu aimes le romarin les chemins l’olivier
Tu te prétends marin et même charpentier
Tu marches dans les rues les deux mains dans les poches
Les autres t’indiffèrent et tu parles à la roche
Au vent qui te caresse et à l’eau qui te glace
Au pas qui te rapproche dans le jour qui s’efface
Les fumées et les cris te semblent des chimères
Comme les cris jadis qui sortaient de ta mère
Tu aimes l’eau de source l’herbe folle et les nuits
Les femmes qui perlent rousses et qui toujours s’enfuient
Tu marches dans les rues comme au milieu des tombes
Déclamant du Baudelaire sur un ton d’outre-monde
Tu regardes les murs pour y chercher ta route
Comme on trace sur le sable des gués et des redoutes
Tu n’as rien dans les mains tu n’as rien à offrir
Et la belle des jours te donne ses sourires
Et ses seins qui t’accueillent au bord de n’être rien
Quand son sexe te cueille et brûle ton chagrin
Tu marches dans les rues qui semèrent le vent
Devant les parvenus et tous les vieux enfants
Qui rêvaient de la lune et des terres célestes
En s’arrangeant de l’une et en lâchant du lest
Et tu regardes les hommes qui font droit leur colère
Comme des enfants songes qui vivent au désert
Ignorant que tes marches appartiennent au passé
Aux temps recomposés et aux marches usées
Tu marches dans les rues enfin libre et content
Une femme sereine est là bas qui t’attend
Le bruit des autres est écume que tu sèmes
Dans les murmures enfouis d’indicibles je t’aime
Le temps est au voyage et tu es voyageur
Tu es né sans domicile toujours un peu ailleurs
Alors les bruits du monde les empires qui vacillent
Ne sont qu’enfantillages de vieillards qui babillent
Tu marches dans les rues dans tes bottes de sept lieues
Tu regardes les mômes qui sortent des banlieues
Tu n’aimes que la bruyère qui pousse dans les montagnes
Et l’herbe de la tanière où s’endort ta compagne
Sans regard pour ces villes où jadis tu grandis
Sans penser au poème dans la vie qu’on maudit
Pour un coin de verdure et un brin de serpolet
Tu te ferais lapin pour lutiner sans regret
Tu marches dans les rues un livre dans la main
Attendant l’inconnu l’ineffable le chemin
Ecartant l’importun l’accident les malheurs
Comme autant de klaxons qui heurtent ton bonheur
Pendant que l’employé écrase son mégot
Pendant que le patron amasse son magot
Pendant que le policier matraque le gréviste
Pendant que tu t’endors écarté de la liste

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