Torpeur et tribulations dans le collimateur
Les oiseaux migrateurs ont déposé les ailes
Aux quatre coins du salon réservé
Saké, whisky, champagne et vodka, avant la téquila
Une banquise mollement s’effondre au fond des verres
Un continent s’abîme dans les yeux des ours polaires
Une pimprenelle échappe les droits de l’homme
Dans l’oreille complice d’un satellite chinois
Qui traque les dissidents au fond de leur boîte mail
Saké, whisky, champagne et vodka, avant le schnaps
Sur la plage déserte qui conduit à Tulum
Les squelettes des bêtes et des hommes anciens
Préparent déjà la fête des commis du marché
Sur les taux d’intérêt qui font grimper la misère
Une prairie sauvage émarge au protocole
Des fois que ses bestioles reviennent au foyer
Rizières et champs de blé, plantations de maïs
Narguent le pétrole sur la courbe des profits
Une coquille vide a touché le rivage
La montagne accouche d’une souris
Filochard, Croquignole et Ribouldingue
Visitent les beaux quartiers pour trouver des Rolex
Le mystère est entier à l’étal des bouchers
Un yacht s’est planté dans l’impasse sociale
Croyant garder le cap sur les paradis fiscaux
J’adore le bruit des pièces d’or en pluie sur le Parthénon
Le jingle du tiroir caisse sur la soupe populaire
Le couteau affuté qui tranche dans les salaires
Et le grand capital qui défait le genre humain
Sous le masque anonyme de la loi des marchés
Sous la mine de rigueur des pantins au pouvoir
Qu’on n’aille pas me dire que c’est de la politique
C’est là du bel ouvrage ahan de la faucheuse
Qui mène son troupeau à la fausse commune
Dans le fracas des blocs s’effondrant dans les mers
Dans l’intox et la frime aux feux des projecteurs
Elle a les dents jaunes et porte de vieilles dentelles
En tirant sa poussette aux relents de poubelle
Pierres précieuses, lingots, titres en bourse, devises
Elle racle le pavé en buvant au goulot les paillettes dorées
Encore rougies du sang des peuples humiliés
On aura beau fermer les volets, baisser le rideau des boutiques
Calfeutrer les portes et les fenêtres, elle sera toujours là
Avec son tic lui secouant les épaules, la mâchoire tendue
Du plateau des Glières à la moindre chaumière
Elle est le monde, le monde minuscule aux appétits énormes
Le grand monde, le beau monde, qui nous désole
Nabot raidi dans son costume trop petit
Pages