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Drapeau noir

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La lumière nous manque à l’entrée de l’hiver

Les mots les messages s’espacent dans le soir

Il reste une mémoire et un pré toujours vert

A l’heure où les loups viennent boire

Une flaque sans ressemblance au bout des forces

Une neige qui fond sous les bourrasques du sud

Une bougie réduite dans sa coque d’écorce

Et le malheur ancien que le bonheur exsude

Dans la caverne qui croule sous les nuages

La poussière ruisselle en crève-cœur

Les morts ont des sourires de passage

Et des phrases qu’ils connaissent par cœur

Le nouveau s’enfouit sous la cendre

Pour des braises futures qui nous carbonisent

Œuvre au noir escalier qu’il faut descendre

Pendant que les heures et les amis agonisent

Est-il temps de nager tout au fond de l’étang ?

Est-il temps d’aimer encore une heure un jour ?

Est-il temps de murmurer des mots d’amour ?

Entre l’adieu et le bonjour je sème du vent.

Quand le chemin se déploie sans ville à l’horizon

Sans port qui se jette par delà les voiliers

La voix même s’arrête au pied des framboisiers

Ecorchée dans la gorge dans le nœud des frissons.

Le bon Montaigne refusait le plaisir d’être triste

Il invitait la mort à le trouver en plein champ

La priait d’être douce pour son ultime visite

Et rêvait de mourir comme passe un passant

J’ai l’humeur qui boit aux vignes qui s’attristent

Et le vin sans partage ni banquet sans ivresse

Je regarde la vie sans comprendre qu’elle me blesse

A l’heure où le dernier clown a quitté la piste

Le drapeau noir s’est planté à l’orée du jardin

Apporté par le vent et les corbeaux d’hier

Mes bagages sont partis au fil de la rivière

Les rêves sont brisés dans les bras des pantins

L’âge nous fauche là où le code se brise

Dans ce corps de méprise qui s’éteint fatigué

Des vigies insolentes qui annonçaient la brise

Quand toujours se refusaient l’abri et le gué