Il est des peuples si vieux qu’ils ne se connaissent plus
Comme graine isolée arrachée à l’épi
Chacun portant ses pas dans le vent qu’il maudit
Pendant que des enfants s’inventent des tribus
Il est des peuples qui s’ignorent soumis
Qui ne savent plus la force dans leurs mains
Qui ne veulent plus croire que matin est demain
Et qui s’effraient des jeunes insoumis
Il est des peuples endormis si profonds
Qu’ils s’ignorent rêvant de lendemains qui chantent
Qu’ils dénoncent le mendiant et les ombres errantes
Le jeune qui met le feu aux poubelles des bas fonds
Il est des peuples qui frémissent au large
Au lointain exotique les dispensant d’agir
Qui attendent la vie comme on s’attend au pire
Sans rien savoir des jeunes qui paraphent aux marges
Il est des peuples qui s’éveillent ennemis
Qui ferment les volets sur le malheur voisin
Qui ne veulent plus croire aux colères des anciens
Et laissent la jeunesse trafiquer dans la nuit
Il est des peuples qui ont donné le pouvoir
Au procureur chargé de justicier leurs peurs
Abdiquant tout espoir et tout rêve de bonheur
Pendant que les enfants font la fête dans le noir
Il est des peuples enfin qui vont se réveiller
Avec la gueule de bois et le cœur à l’envers
Quand les fils aux abois diront merde à leur père
Emportant dans leur voix la vie ensoleillée
Il est des peuples qui vont se réveiller enfants
Sans histoire ni mémoire ni drapeau déchiré
Soufflant dans les yeux noirs la lumière désirée
Par les jours insipides et le soir qui descend
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