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D'infinis paysages

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D’infinis paysages

S’en vont au fil de l’eau,

Infinis passages remués au vent de berges,

Troublés par les nuages

Qui laissent perdre des brassées de soleil, d’étoiles, de cristaux.

Le vent les griffe et les mets sur le dos, incapables de bouger, restant là en lambeaux au milieu des déchets.

Affiches déchirées par les intempéries, poésie murmurée à la porte des brasseries, cahier d’écolier à l’encre qui pâlit.

Au bord du quai : un bordereau, un bon de commande, une carte d’embarquement pour des îles qui n’ont pas eu encore le temps de surgir de nos têtes.

L’avenir nous hante autant que le passé, il faut bien composer avec ces pointillés qui pointent des archipels sur la carte accrochée au plus noir de la cave.

 

Dans le reflet des flots en attente toujours,

 

Dans les brumes des départs sans cesse différés,

 

Dans les tiroirs profonds où l’encre s’est renversée,

 

Ils dérivent et se figent comme visage longuement caressé.

 

La rivière, qui ne fut d’abord qu’une berge, les connaît pour les avoir promis.

 

L’homme nu, sur la berge, les devine par ce regard perdu qui inventa le sien.

 

La femme nue, dans la rivière, les rassemble au flou de ses cheveux.

 

Lorsque la vue se trouble et que l’espace se double, la blessure qui nous fonde, l’incomplet qui nous marque, abordent aux anciens mondes qui furent notre infini.

 

Infinis paysages des corps

Qui font et défont la grammaire des gestes,

Dans le clair-obscur

Où se perdent les illusions d’aimer,

Où la terre elle-même se défait de son vêtement unique,

     Se dévêt de sa géographie,

Pour reprendre à la nuit l’or égaré des terres inconnues.

 

La voile claque au-dessus des cités, la barre oscille au gré des mauvais songes, l’étrave rêve de fendre les palais pour les livrer au néant qui les ronge.

 

Là-haut sur la dunette

Le monde fini

                        Découvre l’infini

           Derrière une fenêtre,

Posé sur une table,

Lettre ou dessin,

   Qu’un rêveur arraché à sa rêverie,

                                     A dû abandonner pour suivre …

 

Effleurant de la main la coque endormie, la carène engloutie dans son rêve de nuit, j’entends le bois gémir de retrouver la passe au-delà du lagon. Les étoiles murmurent dans le vent en charpie. Ce n’est que du feuillage qu’on écarte au passage, le frisson qui saisit juste avant l’orage. Tous les rêves convoqués et la belle endormie dont le genou plié découvre, infinis paysages, le pertuis oublié des voyages sans fin. Et c’est le ciel qui s’ouvre quand les yeux nous sourient et cueillent la hampe du désir et l’amarrent à la conque. La houle immémoriale se lève et nous emporte hors du monde et du temps pour des noces passagères que le rivage seul gardera en mémoire.

 

 

 

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