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Le festin des rois

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L’hôte à son hôte l’invitant à ôter son manteau

Trébucha dès l’entrée en butant sur le seuil

Le hall d’entrée était sombre comme un jour de deuil

La joie s’était cachée derrière les porte-manteaux

Une fleur orpheline, une cape, une ombre à la vitre

Le ciel déjà enclin à tourner, dans le vent, à l’orage

Elle était si jeune, on ne meurt pas à son âge

Une partition inachevée s’attardait au pupitre

« Vous vivez au désert, même la pierre est noire

Et le soleil si rare qu’on se croirait en enfer ! »

L’hôte fermant la porte et le loquet de fer

Invita de la main à franchir le couloir.

Il était une fois, mais pas deux ou bien trois,

Deux hommes qui n’avaient rien de rien en commun

L’un gardait la chambre, l’autre les chemins

L’un tout de travers, l’autre dans son bon droit.

La même heure, en ce lieu, les avait réunis

Autour de ce rien même, cette absence, cette mort

Ce tombeau d’évidence où se brisent les remords

Et installe les chaises pour faire le tour du lit.

« On dirait qu’elle sourit ou que sa main se lève

Au-devant d’un ami, d’un oiseau, d’une sœur

Les doigts clos à demi pour garder la douceur

De peur qu’elle ne s’enfuit dans la brume du rêve »

Il fait jour, il fait nuit, les années passent, il fait froid

Ils ne savent plus s’ils veillent au milieu des cadavres

Des bouteilles et de l’or, des heures qui les navrent

L’un tout de travers, l’autre dans son bon droit.

« Je ne faisais que passer » murmure l’hôte à son hôte

« Je ne pensais pas passer toute ma vie en ce lieu

Et vous ne dîtes rien, vous me laissez sans feu

Pourtant ce manteau vous vouliez que je l’ôte ? »

La porte s’est ouverte, elle n’était pas fermée

La vie s’est échappée dans un rai de lumière

Un peu de rien, fumée, à peine quelques poussières

Et le parfum fané d’une fleur embaumée.

Ils sont si vieux soudain roulant des yeux perdus

Il leur manque des mots, des papiers, des musiques

Il ne leur manque rien dans le présent mythique

Qui les tient responsables de toutes les sommes dues.

Au moindre vent la porte bat, la neige puis la pluie

Le soleil et les feuilles, se déposent sur le sol

Le toit s’est écroulé, les planchers se gondolent

Mais ils ne bougent pas de leur chaise près du lit.

L’hôte se tient à gauche, encombré dans sa chair

Son hôte se tient à droite raide dans son costume

Pendant que la bougie lentement se consume

Et que le lit désert retourne à la poussière.

Dans le rien qui les unit et les sépare tout autant

Un tourbillon ancien ramène les visages

Des enfants, des femmes, des foules au rivage

Que la mort à jamais emporta dans le vent.

 

 

 

 

 

 

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